Politique

Le PS francophone belge en campagne au Maroc

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5470 Le 11/03/2019 | Partager
L’ancien Premier ministre Elio Di Rupo achève une visite de 3 jours
Il se dit «surpris par les pas de géant réalisés par Rabat»
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Elio Di Rupo, ancien Premier ministre belge et président du Parti socialiste francophone: «La situation actuelle en Algérie inquiète tous les responsables politiques» (Ph. AFP)

Entre 700 et 800.000 personnes d’origine marocaine vivent en Belgique sur une population de 11,5 millions d’habitants. C’est un important réservoir de voix aux élections. Officiellement, la visite de trois jours au Maroc de l’ancien Premier ministre belge et président du Parti socialiste francophone (PS) depuis 20 ans, Elio Di Rupo, «vise à renforcer les liens et découvrir la réalité car il y a de très nombreux clichés qui vous envahissent si vous ne prenez pas le temps de visiter, d’écouter et de dialoguer».

Ces clichés peuvent empêcher d’avoir des relations saines entre les deux pays, fait remarquer l’ancien pensionnaire du «16, Rue de la loi» (siège de la Primature à Bruxelles). Di Rupo avait aussi les yeux rivés vers les prochaines échéances électorales de mai. Les milliers de MRE de Belgique peuvent constituer un vivier potentiel d’électeurs. «Oui, nous sommes déjà en campagne»,  concède l’ancien Premier ministre belge. 

Durant son séjour, le numéro un du PS francophone en Belgique a multiplié des tête-à-tête avec des responsables marocains: le ministre des Affaires étrangères, le président de la Chambre des représentants, le ministre de la Santé et son homologue des MRE et des Affaires de la migration, le 1er secrétaire de l’USFP. Samedi dans la matinée, il s’est entretenu avec le président de la CGEM, Salaheddine Mezouar, après avoir visité la veille une PME belge installée dans la zone aéronautique et un centre de formation près de l’aéroport Mohammed V.

Dans une rencontre restreinte avec la presse vendredi 8 mars à Casablanca, Elio di Rupo, concède ouvertement «être en campagne». Quand on est un homme politique, la campagne électorale commence dès le lendemain de l’élection, assume le patron du PS francophone belge. Après trois jours, sa sensation, dit-il, «est que le Maroc est dans l’ère moderne et a fait des pas de géant dans bien des domaines, économiques, d’investissements de mobilité». Il se dit «impressionné par la qualité de l’analyse politique de leur pays et de la situation internationale de ses interlocuteurs. Frappé aussi par le succès de la stratégie africaine de Rabat. La relation avec l’UE? Elle est bonne, mais pourrait être meilleure plus du fait de Bruxelles.

La situation actuelle en Algérie? Personne ne sait où va ce pays de plus de 40 millions d’habitants, doté d’immenses ressources. Oui, tous les responsables sont préoccupés par cette incertitude. Mais pour autant, les chancelleries européennes restent silencieuses. De Berlin à Paris, les dirigeants sont tétanisés par le retour des islamistes au pouvoir et la déstabilisation d’un grand pays au Maghreb. 

Le décalage d’image du Maroc en Belgique avec ce qu’elle est réellement tient au fait que très peu de responsables politiques belges prennent la peine de venir découvrir la réalité. Du coup, ils restent dans les vieux clichés, fait remarquer Di Rupo. Côté marocain, il y a probablement aussi de gros efforts à faire sur la vraie image du pays. 

Election après élection, les partis de gauche et les socio-démocrates en Europe sont balayés. La Belgique francophone (la situation est différente en Flandre où l’équivalent du PS est très affaibli) reste une exception. Pour combien de temps? Les élections de mai prochain donneront une première indication. Pour l’instant, le PS francophone belge est crédité de 25% dans les sondages, c’est le taux le plus élevé en Europe. Elio Di Rupo a une explication à cette résilience: «Nos sommes identifiés par la population comme le parti de la sécurité sociale». On doit combattre le modèle qui nous a été imposé par la mondialisation.

Si la gauche recule sur le Vieux Continent, l’ancien Premier ministre belge y voit une explication: elle a commis l’erreur de vouloir mimer la droite. Dans les années 80 et 90, les leaders politiques se sont laissés griser par le tout libéral et la mondialisation. Cela a créé une situation qui a échappé aux partis socialistes et socio-démocrates dont la mission première est de maintenir une sérénité sociale pour les populations. 

La sécurité sociale ne devrait pas être une variable d’ajustement pour  la compétitivité internationale. En gros, ces formations se devaient d’être des remparts face à toute tentative d’élagage des mécanismes de la sécurité sociale. Elles ne l’ont pas toujours été, concède Elio Di Rupo. Du coup, les populations en sont arrivées à se poser la question de l’utilité de ces partis. Il faut qu’il y ait des forces politiques qui préservent la solidarité: les pensions, les allocations vieillesse, l’allocation chômage, etc. Le programme du PS est déjà tracé.

Tout, sauf les nationalistes flamands

Les élections en Belgique sont fondées sur le scrutin proportionnel intégral. Pour former un gouvernement au niveau fédéral ou régional, il faut s’associer dans une coalition. Après les législatives de mai, «on fera tout pour ne pas gouverner avec la NVA», le parti des nationalistes flamands. C’est une question qu’il faut surtout poser aux autres formations politiques néerlandophones, assure Elio Di Rupo. Si ces dernières refusent de s’associer à la NVA, il n’y a pas de NVA au gouvernement fédéral. Que fait-on des voix du peuple exprimées à travers la NVA? Tout récemment, mon parti est arrivé premier au scrutin régional, mais il a été évité au gouvernement wallon. J’aimerais aussi gouverner au nom du peuple, mais la coalition s’est faite sans le PS.

A.S.

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