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    Tribune

    «Les Ultras», nouveau mode d’expression contestataire

    Par Abderrahim BOURKIA | Edition N°:5467 Le 06/03/2019 | Partager

    Abderrahim Bourkia est journaliste et sociologue, membre du Centre marocain des sciences sociales CM2S. Il est également chercheur associé au Laboratoire méditerranéen de sociologie LAMES Aix-Marseille (Ph. A.B.)  

    Un «supporterisme ultras» engagé et contestataire se développe au Maroc. Longtemps occulté pour des raisons que l’on ignore, une autre réalité commence à émerger dans les stades. Toute à l’opposé de la figure du «hooligan», incarnation du supporterisme à la britannique. Compte tenu des enjeux et défis auxquels fait face notre pays, il n’est pas surprenant que la question du lien entre ce phénomène et le politique suscite l’attention depuis le chant «fi bladi dalmouni».

    Un chant qui fédère tous les supporters, et nombreux sont celles et ceux qui se reconnaissent dans chaque couplet. Autrefois impensables, des actions concertées entre supporters de différentes équipes sont aujourd’hui possibles. Ces groupes ultras se disent porteurs d’une même cause.

    Ainsi, nous avons remarqué une solidarité bien manifestée à l’égard de la gestion du supporterisme par les instances sportives et politiques. Et en particulier, contre les mesures, jugées répressives, les lois et règlements censés endiguer les dérives des activités des Ultras.

    Processus identitaire chez de nombreux jeunes

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    Le terrain de football en tant qu’espace s’est transformé en un lieu d’expression libre, de socialisation et de sociabilité par excellence et bien ancré dans une logique identitaire (Ph. Bziouat)

    L’importance que représentent les groupes ultras réside dans le processus identitaire chez de nombreux jeunes Marocains qui se définissent en tant que supporters et qui ne trouvent pas leur place au sein d’une société qui ne les reconnaît même pas, et dont ils se sentent plutôt exclus.

    Personne n’ignore la difficulté d’intégration pour un jeune Marocain, surtout s’il est issu d’un milieu social modeste, et qui n’a pas eu accès à l’école, ou a été déscolarisé très tôt et n’a pas eu la chance d’accéder à des espaces dédiés aux sports et aux loisirs.

    Les Ultras lui offrent une opportunité d’être encadré, sans discrimination sociale, économique, culturelle ou politique et qui permet à n’importe qui de devenir «quelqu’un» et retrouver ainsi son estime de soi. Cela étant, le terrain de football en tant qu’espace s’est transformé en un lieu d’expression libre, de socialisation et de sociabilité par excellence et bien ancré dans une logique identitaire.

    Ces groupes de supporters se présentent comme un support d’identité à la fois individuelle et collective. C’est d’ailleurs cette identité qui nous permet de définir ce qui nous importe et ce qui ne nous importe pas, délimitant ainsi le périmètre et l’espace des distinctions qualitatives au sein duquel nous vivons et effectuons nos choix.

    Le «nous» face aux «autres»

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    Les supporters incarnent le sentiment profond d’appartenance à un milieu social modeste corrélé à des identités individuelles qui viennent souder l’identité collective représentée par le groupe (Ph. L’Economiste)

    Les supporters incarnent le sentiment profond d’appartenance à un milieu social modeste corrélé à des identités individuelles qui viennent souder l’identité collective représentée par le groupe. Chaque supporter s’approprie l’identité de son groupe et y contribue individuellement dans les activités et les actions collectives. Ce processus d’identification est élaboré par rapport aux autres groupes rivaux.

    Le «nous» face aux «autres» qui est construit dans et par la relation, ainsi que l’importance d’un miroir affectif d’autrui dans la formation de l’identité, la personnalité et l’action collective fait que les groupes, à l’image des «Ultras», sont définis par l’existence de relations intimes d’association et de coopération ainsi que par un sentiment d’unité marquant une opposition à l’égard des «autres» en l’occurrence les groupes rivaux, les pouvoirs publics ou la société dans ses multiples aspects: organisation politique, socioéconomique, etc.

    Cette fusion des individus dans une identité collective s’explique aussi par une forte solidarité, qui se traduit par une vive sympathie et une reconnaissance mutuelle. Sans oublier son corollaire: l’hostilité aux groupes adverses. Jean-Paul Sartre parle de la «praxis individuelle commune» et du fait qu’un groupe se constitue toujours par opposition à un autre, fondé sur la fusion des individus dans le tout commun.

    Une alternative d’encadrement set d’appartenance

    En l’absence d’espaces d’expression et d’encadrement, les membres des groupes se définissant comme supporters, saisissent les rares occasions qui s’offrent à eux pour se faire entendre. Le stade se présente ainsi comme un lieu où tous les membres se rencontrent pour s’exprimer, se donner en spectacle, chercher à être identifiés et à être reconnus et parfois même s’indigner et contester une réalité sociale contestable selon eux.  Le football n’est donc pas seulement un sport populaire, c’est aussi et surtout un point de vue sur la vie.

    Par Abderrahim BOURKIA

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