Culture

Festival national du film: Enfin le débat tant attendu

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5465 Le 04/03/2019 | Partager
La 20e édition du 1er au 9 mars
13 longs métrages fiction et 2 films documentaires sont en compétition
Grandes rencontres des professionnels autour des enjeux du secteur

C'est vendredi 1er mars qu'a été donné le coup d’envoi de la 20e édition du Festival national du film de Tanger qui se poursuit jusqu'au 9 mars. Cette année, cette édition se caractérise par un événement de taille: l’organisation de rencontres entre professionnels du cinéma pour débattre des principaux défis que rencontre un cinéaste lors de l’élaboration de son projet.

Depuis plusieurs années, cette manifestation cinématographique nationale qui a lieu à Tanger a brillé par son ronronnement, aucune innovation ou initiative à même d’impulser un sang nouveau au 7e art marocain, sans parler de la qualité des productions filmiques vilipendée de toutes parts.

Pendant trois jours, producteurs, réalisateurs, distributeurs, consultants, directeurs de festivals, du Maroc et de l’étranger, sont réunis cette année dans une même salle pour échanger leurs expériences et partager le capital que chacun d’eux a accumulé en matière de cinéma, pour tout le bien des jeunes cinéastes marocains. Lesquels ont toujours été confrontés à des questionnements brûlants, depuis la conception du projet sous forme d’un scénario, jusqu’à sa réalisation et sa distribution.

Les responsables du CCM se seraient inspirés en la matière du Festival international du film de Marrakech, qui, avec ses Ateliers de l’Atlas, a conçu une manière de faire rencontrer des réalisateurs émergents de la région d’Afrique et du Moyen-Orient et des professionnels, pour aider les premiers dans la préparation de leur premier, deuxième, voire troisième long métrage.

«C’est une très bonne initiative. Nous, cinéastes, avons toujours réclamé ce genre de rencontres à Tanger pour accompagner notamment les jeunes cinéastes marocains, mais pas uniquement», estime Saâd Chraibi, réalisateur de plusieurs métrages, dont «Les 3 M histoire inachevée», en compétion officielle pendant cette édition.

Parmi les questionnements soulevés durant ces trois jours de débat et d’échange, savoir comment un réalisateur, un scénariste et un producteur doivent communiquer sur leurs projets du premier stade du développement à la sortie en salle. Et à chaque étape, comment rédiger un document, voire plusieurs, pour un lectorat différent. Et comment présenter un projet, une ligne éditoriale et sa société à tout moment de la vie d’un film.

Une autre étape importante pour toute création cinématographique, sur laquelle se concentre le débat: comment réussir à créer un réseau pour développer son projet et avoir le financement nécessaire pour sa production et sa réalisation? Une question d’autant plus cruciale que nombre de projets, bien qu’artistiquement bien travaillés, butent sur le problème de financement.

Certes, le CCM est là pour les aider via l’avance sur recettes, avant et post-production (une soixantaine de millions de dirhams sont distribués chaque année), mais les sommes allouées pour nombre de projets seraient en deçà du budget estimé pour leur réalisation.

Un exemple parmi d’autres, le projet de long métrage fiction appelé «Anwal» de son scénariste et réalisateur Mohamed Nadrani. C’est l’histoire de la vie d’Abdelkrim El Khattabi et de son combat contre les armées espagnoles.

Le projet a bien obtenu une avance sur recette pour sa réalisation et sa production, soit 4,85 millions de DH, somme non négligeable, mais qui reste encore loin des estimations établies par le producteur, soit 1,5 million d’euros (180 millions de DH).

Le projet peine à trouver d’autres financements. Le concepteur de ce projet est invité, en tant que réalisateur et producteur, à participer à ces rencontres professionnelles de Tanger, et il compte en tirer le meilleur profit : trouver des accompagnateurs sensibles aux arguments qu’il a développés dans un écrit préparé pour cette occasion. Il espère notamment avoir la promesse financière pour ce projet de la part de l’Egyptienne Meriem Deghedi, productrice et distributrice de films, invitée à intervenir dans ces rencontres.

«N’oublions pas qu’Abdelkrim El Khattabi a vécu longtemps, entre 1947 jusqu’à sa mort en 1963 en Egypte, il y est encore enterré et sa sépulture n’a jamais été rapatriée. Cet argument pourra jouer en sa faveur, mais pas uniquement. Les professionnels présents vont examiner à la loupe chaque projet, évaluer son sérieux, et le fait d’obtenir une avance pour sa production du CCM est un gage pour qu’il soit accompagné financièrement», juge Nadrani.

En tout cas, il va tenter sa chance, et envoyer son projet et son argumentaire aux spécialistes comme on envoie une bouteille à la mer. Il espère aussi renforcer son réseau en obtenant une promesse de Sarah El Ouazzani, une distributrice marocaine installée dans ce pays, invitée aussi à ces rencontres.

Le documentaire aussi au programme des rencontres

Études de cas documentaire, c’est l’un des thèmes programmés par ces rencontres des professionnels: comme la production du documentaire au Maroc a beaucoup progressé ces dix dernières années, les spécialistes de ce genre cinématographique ont à analyser ce progrès avec une étude de cas autour de 3 projets de documentaire marocain: un film achevé (Camera Women de Karima Zoubir), et deux films en cours de production (Ali Essafi et Ouahib Mortada). Et cela en collaboration avec l’association DocMa.

Films sélectionnés

Des 29 films visionnés par la commission de sélection (présidée par le critique de cinéma Omar Bel-khemmar), 13 longs métrages fiction et 2 films documentaires sont en compétition lors de cette 20e édition du Festival national du film. Le jury de la compétition long métrage est présidé par la réalisatrice marocaine Farida Belyazid.

Longs métrages en compétition

• «Achoura» de Talal Selhami
• «Hala Madrid, Visca Barça» de Abdelilah El Jaouhary
• «Indigo» de Selma Bargach
• «Jamal Afina» de Yassine Marco Marroccu
• «La guérisseuse» de Mohamed Zineddaine
• «Les 3 M histoire inachevée» de Saâd Chraibi
• «Les coups du destin»
de Mohamed Lyounsi
• «Les saisons de la soif» de Hamid Zoughi
• «Nadira» de Kamal Kamal
• «Sofia» de Meryem Benm’Barek
• «Ultime révolte» de Jillali Ferhati
• «Une année chez les Français» de Abdelfattah Arrom
• «Une urgence ordinaire»
de Mohcine Besri
• «Vie côtoyant la mort» de Lahcen Majid (Long métrage documentaire)
• «We could be heros» de Hind Bensari (Long métrage documentaire)

Jaouad MDIDECH

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