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    Médias

    Les grands chantiers du Conseil national de la presse

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5464 Le 01/03/2019 | Partager
    Statut professionnel: décret et archives chez le gouvernement
    Bientôt la charte de déontologie
    Le président du régulateur invité de l’UPF-Maroc
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    C’est désormais une tradition pour la section marocaine de l’UPF. L’association invite chaque mois un invité pour échanger avec lui sur une actualité brûlante (Ph. Fadwa Al Nasser)

    C’est en quelque sorte l’un des premiers face-à-face entre le Conseil national de la presse et ses électeurs, des journalistes principalement. Son président, Youness Moujahid, et trois autres membres se sont prêtés, le 26 février à Casablanca, à l’exercice des questions-réponses initié par l’Union de la presse francophone, section Maroc, dans le cadre de son tea time mensuel au Four Seasons Hotel Casablanca.

    Carte de presse, aide publique, déontologie, règlement intérieur et budget du Conseil national de la presse ont nourri les interrogations de l’assistance.

    Le nouveau régime juridique du secteur lègue au Conseil national de la presse une partie des prérogatives du ministère de la Communication: l’octroi de la carte de presse. Pour l’heure, le régulateur se penche sur les demandes de la carte professionnelle. L’on compte plus de 3.000 journalistes, selon les chiffres officiels. L’un des premiers écueils est l’absence de ce décret sans lequel le Conseil national de la presse ne peut livrer de carte professionnelle.

    L’adoption de ce texte réglementaire a été programmée au Conseil de gouvernement du jeudi 28 février. Il a fallu au passage négocier avec l’Office national des chemins de fer pour prolonger le délai d’octroi des cartes de train aux journalistes  bénéficiaires. Car ce titre de transport ne peut être accordé sans carte de presse.

    En attendant le futur décret gouvernemental, l’instruction des dossiers est toujours en cours. L’une des difficultés est liée à ces demandeurs de la carte professionnelle qui concentrent toutes les fonctions au sein d’un support d’information: directeur de publication, rédacteur, photographe.

    «Cette situation est caractéristique de la presse électronique. Nous temporisons pour l’instant, le temps d’y voir plus clair», précise le président du Conseil. Les appels à l’assainissement de la profession est une demande récurrente au sein du secteur, assure l’invité de l’UPF-Maroc.

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    Photo souvenir du président et des membres du Conseil national de la presse avec les membres de l’UPF-Maroc et d’autres journalistes
    (Ph. Fadwa Al Nasser)

    Date butoir & négociations avec les Finances

    Mais qui dit carte de presse dit aussi archives ministérielles. Leur transfert ne s’est pas encore fait en attendant l’installation du Conseil dans son siège. Il est censé accueillir les données, les classer et les préserver. L’expertise d’Archives du Maroc pourrait être salutaire pour préserver ce patrimoine documentaire.

    A part la carte de presse, le Conseil travaille sur un règlement intérieur qui doit être approuvé par voie réglementaire. Il y a aussi la charte de déontologie. La loi n°90-13 prévoit sa «publication au Bulletin officiel dans un délai n’excédant pas six mois». Ce délai compte à partir de l’installation du Conseil, soit le 5 octobre 2018.

    L’instance doit aussi disposer de fonds pour assurer ses missions: indemnités de ses 21 membres, frais de fonctionnement, une dizaine de permanents... «Des négociations sont en cours avec le ministère des Finances. Le Conseil a besoin d’un budget annuel de plus de 40 millions de DH. Nous avons soumis cette demande sur la base d’un budget prévisionnel détaillé», précise son président, Youness Moujahid. La loi de 2016 donne droit à d’autres ressources financières: cotisations annuelles des entreprises d’édition, subventions des collectivités locales et des établissements publics, dons et legs qui ne portent pas atteinte à l’indépendance du Conseil... 

    Cette exigence morale se justifie en partie par ses missions de régulateur. A l’instar de la charte de déontologie, le rapport annuel sur l’état de la presse doit être publié au Bulletin officiel. Ce document porte sur «les indicateurs relatifs au respect de la liberté de la presse, à ses violations, à la situation de la presse et des journalistes...», précise la loi régissant le Conseil.  

    Le dossier de l’aide publique est certainement le plus délicat. Syndicaliste à la base, le président de l’instance doit ménager la chèvre et le chou. Tout en insistant sur l’impartialité de sa fonction, Youness Moujahid estime que «la subvention doit intégrer une rubrique spéciale pour les journalistes». De 2005 à 2016, l’Etat a versé 659 millions de DH aux entreprises de presse. Le nombre de titres bénéficiaires est passé de 41 à 87 durant cette même période.

    Le rapport 2016-2017 de la Cour des comptes dresse un bilan peu reluisant du contrat-programme signé entre le gouvernement et les éditeurs. Le secteur est appelé à revoir son modèle économique. Pour la profession, c’est certainement le grand défi de ce 21e siècle.

                                                                                  

    Témoignage d’un syndicaliste devenu président

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    Youness Moujahid, le président du Conseil national de la presse lors du tea time organisé mercredi dernier à Casablanca par l’UPF-Maroc (Ph. Fadwa Al Nasser)

    Youness Moujahid est un ancien journaliste d’Al Ittihad Al Ichtiraki. Invité par l’UPF Maroc, il a tenu au préalable à faire replonger son auditoire dans les origines du Conseil national de la presse qu’il préside depuis 2018. L’orateur évoque ainsi «un projet collectif» et «un modèle institutionnel unique» en son genre. Ses prémices sont intimement liées au statut du journaliste en vigueur à la fin des années 1980.

    «Le statut du reporter n’était pas clair. Soit c’est un militant du parti, soit c’est un fonctionnaire. Il y avait donc une séparation artificielle dans le statut de la profession», estime la présidence du Conseil. L’enjeu est de taille (et le reste encore) puisque la carte de presse «était accordée à des adhérents de syndicats, de partis politiques ainsi qu’à des correspondants occasionnels», poursuit notre confrère.

    C’est l’époque aussi où les relations entre les départements de l’information et de la sécurité intérieure ont été cristallisées par un seul ministère, celui de l’Intérieur. «Ce dernier a fait de la résistance lorsqu’il a eu écho du projet de création du syndicat des journalistes», rapporte Moujahid.

    L’Etat «va créer des clubs de journalistes dans les provinces pour contrer» les ambitions du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM). Ses membres contre-attaquent en créant les premières sections du syndicat à Rabat, en 1989, et à Casablanca, en 1990. Editeurs et journalistes étaient regroupés sous la même bannière, le SNPM.

    Le témoignage de Moujahid démontre l’intérêt stratégique de la carte de presse dans ce jeu de pouvoir. Les acteurs de cette intrigue politico-médiatique ont changé depuis de rôle. L’histoire est en marche. La Constitution de 2011 «garantit le droit d’accès à l’information, la liberté d’opinion et d’expression, la protection des sources, le pluralisme...».

    Selon l’article 28, «les pouvoirs publics favorisent l’organisation du secteur de la presse de manière indépendante et sur des bases démocratiques». Un nouveau code de la presse et de l’édition est publié mi-août 2016 au Bulletin officiel. S’ensuivent, deux mois plus tard, la loi créant le Conseil national de la presse et celle modifiant le statut des journalistes professionnels.

    Faiçal FAQUIHI

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