Economie

Le Maroc sur la bonne trajectoire

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5451 Le 12/02/2019 | Partager
Les déficits jumeaux devraient se réduire à moyen terme
Seul bémol, les inégalités sociales perdurent
Les conclusions du dernier rapport de la BAD

Le Maroc est sur une bonne trajectoire. Le constat est dressé par la dernière livraison de la Banque africaine de développement. Un rapport présenté au dernier sommet de l’Union africaine qui s’est déroulé les 10 et 11 février à Addis-Abeba (Ethiopie) avec la participation du chef du gouvernement. Pour l’institution bancaire,  «l’économie marocaine demeure résiliente».

La croissance du PIB réel reste positive, mais connaît une décélération, pour s’établir à 3,1% en 2018 contre 4,1% en 2017. Ceci, en lien avec une pluviométrie moins abondante en 2018 qu’en 2017. Le déficit budgétaire, estimé à 3,9% en 2018 contre 3,7% en 2017 devrait baisser graduellement, sous l’effet de la consolidation budgétaire et des réformes fiscales, avec à la clé la maîtrise des dépenses publiques. Et une mobilisation accrue pour accroître les recettes.

Aussi, les perspectives économiques à moyen terme restent favorables même s’il faut s’attendre à une décélération de la croissance du PIB réel. Il devrait s’établir à 2,9% en 2019, avant un rebond à 4% à partir de 2020. «Le ralentissement attendu cette année serait attribuable au léger recul de la valeur ajoutée du secteur primaire».

Selon la BAD, la bonne orientation des fondamentaux résulte pour l’essentiel des réformes réalisées par le pays. La dernière tient à l’introduction en 2018, par Bank Al-Maghrib, du régime de taux de change flottant contrôlé dans une plage de ± 2,5%, contre ± 0,3% auparavant.

Une réforme qui a été perçue comme un signe positif par les investisseurs et une étape vers une grande flexibilité du régime de change. Lors des huit premiers mois de l’année 2018, le cours du dirham s’est apprécié de 1,9% contre l’euro et s’est déprécié de 0,9% face au dollar américain. Dans ce contexte, l’endettement du Maroc reste soutenable et devrait baisser à moyen terme.

A la condition toutefois de contenir le déficit du compte courant dans des proportions raisonnables. Ce dernier est  estimé à 3,8% du PIB en 2018, marquant ainsi une légère augmentation par rapport à 2017, due essentiellement à une hausse des achats de pétrole et de biens d’équipement. Mais il reste quelque peu compensé par les recettes touristiques et les transferts des MRE.

Le stock d’infrastructures structurantes a été accru grâce à un taux d’investissement porté en moyenne à 34% sur la décennie 2008-2018, contre 29,8% en 2007.

Néanmoins, la croissance n’a pas été suffisamment inclusive, et recule vis-à-vis du stade de pays émergents. Dans l’agriculture, principale source de revenus en zone rurale, les gains de productivité sont encore faibles. L’impact de la stratégie agricole se fait toujours attendre. Sous le poids de l’aléa climatique et du manque de convergence des politiques publiques, notamment en ce qui concerne la valorisation et la distribution des produits agricoles.

En revanche, des avancées ont été enregistrées dans le domaine de la diversification de l’économie vers les métiers de l’automobile, de l’aéronautique et l’électronique. Ces efforts devraient déboucher sur une extension de l’agro-industrie et des services, et stimuler le transfert de technologies et la création d’emplois. Leur succès dépendra, entre autres, de la mise en adéquation des politiques de développement du capital humain avec les besoins des différents secteurs productifs.

L’agriculture, qui contribue de manière substantielle à la lutte contre la pauvreté rurale, doit  se recentrer sur des activités à faible empreinte carbone et utilisatrices de technologies et d’innovations. Ceci s’impose notamment à cause de la contrainte posée par la question de l’eau.

L’amélioration de l’environnement des affaires doit être poursuivie pour créer des opportunités réelles de promotion du secteur privé, même si les autorités parviennent à créer des pôles d’excellence avec des zones économiques spéciales. L’ouverture vers l’Afrique subsaharienne offre aussi de nouvelles opportunités aux entreprises marocaines.

Les projets structurants

Pas moins de 500 millions de dollars ont été apportés par la BAD au titre du financement du plan Maroc Vert. Cet appui a permis de lever 9 milliards de DH d’investissements privés, soit près de 950 millions de dollars,  avec la création de 3.300 nouveaux emplois. Cette opération a permis la reconversion, en irrigation localisée, de 366.000 hectares. A noter que l’intervention dans ce secteur est capitale puisque l’agriculture emploie, à elle seule, plus de 75% de la population active en milieu rural.
La banque a également apporté son soutien financier au Programme d’appui au développement inclusif et durable des filières agricoles. Un plan ciblant le renforcement de la compétitivité du secteur à travers la promotion des chaînes de valeur. Les résultats attendus sont multiples: création de plus de 50.000 emplois pour les jeunes et les femmes, amélioration du climat des affaires ainsi que la gestion durable des ressources naturelles avec une économie d’environ 990 millions de m3 à l’horizon 2020.
L’économie d’eau constitue le 3e grand projet structurant. L’appui de la BAD a aussi permis la modernisation de l’irrigation sur près de 45.000 hectares grâce à la mise en place de systèmes économes en eau visant les cultures à haute valeur ajoutée.

                                                                         

Les défis à relever pour l’Afrique

Plusieurs risques pèsent sur les prévisions macroéconomiques pour l’Afrique. A commencer par la  nouvelle escalade des tensions commerciales entre les Etats-Unis et ses principaux partenaires. Ces tensions, ainsi que le renforcement du dollar américain, ont augmenté la volatilité des prix des matières premières et exercent des pressions sur les devises des pays émergents. Si la demande mondiale venait à ralentir, les prix des matières premières pourraient diminuer, ce qui réduirait la croissance du PIB et affecterait les soldes commercial et budgétaire pour les exportateurs. L’autre risque réside dans les coûts des financements extérieurs. Leurs taux pourraient croître si les intérêts dans les pays développés augmentaient plus vite que prévu. Un autre frein majeur du ralentissement de la croissance tient à l’instabilité politique et aux problèmes de sécurité. La résilience face aux chocs extérieurs serait fonction de l’amélioration des fondamentaux.

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Les projections de l’équipe des Perspectives économiques pour l’Afrique restent optimistes. La consolidation des fondamentaux devrait se poursuivre en 2019 et 2020  

A.G.

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