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    Tribune

    Réinventons le modèle du marché et de la répartition

    Par M’Fadel EL HALAISSI | Edition N°:5440 Le 28/01/2019 | Partager

    Administrateur de nombre de sociétés dugroupe d’Othman Benjelloun, Finances.com, assumant aujourd’hui la chargede Directeur général délégué de BMCEBank of Africa M’Fadel El Halaissi vient de prendre en charge l’un des domainesles plus difficiles: le recouvrement en période de crise. Il propose ici un nouveaupacte ou un nouveau modèle financier. Il poursuit sa réflexion sur le « financementsage », commencé en 2009 (leconomiste.com). El Halaissi a gardé de ses premièresarmes professionnelles dans la rechercheen France, le goût de la réflexion académiqueproductrice de systèmes etconcepts. Ensuite il a fait toute sa carrièremarocaine au sein de la BMCE, devenueBMCE Bank of Africa, pour marquer ses ambitions continentales.(Ph. L’Economiste)

    Le moteur de l’économie de marché est la consommation. Or le plus grand nombre de consommateurs est en bas de la pyramide sociale. Or c’est eux qui consomment le moins. Les crises deviennent alors cycliques, dès que l’intérêt individuel est en opposition avec l’intérêt collectif et que la course au profit entre en opposition avec le pouvoir d’achat des consommateurs! Les distorsions individuelles, sociales, régionales et nationales sont inévitables et irréversibles, mais dangereuses.

    Les inégalités sont les conséquences des lois de l’économie de marché. Pourtant le système fonctionnerait mieux si les richesses sont mieux réparties en faveur de la couche sociale, majoritaire et donc capable de booster la consommation. La croissance économique auto entretenue, qui en découlerait, serait très favorable à toute la collectivité.

    Aujourd’hui plus que jamais, les règles de l’économie du marché doivent être réinventées. Il importe de privilégier l’intérêt collectif sur l’intérêt individuel, tout en préservant le socle fondamental qui est le respect de la propriété privée, et la liberté des prix des biens et des services.

    Formuler des objectifs humains et collectifs

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    Image symbolique du triomphe capitaliste: en 1989, les Berlinois de l’Est abandonnent le système communiste. Mais voilà que celui-ci tombe en panne. «Ne suivons pas ceux qui estiment qu’une guerre est nécessaire, pour détruire les hommes et les biens et relancer ainsi le marché; trouvons d’autres solutions» (Ph. Larousse)

    Le «laisser faire, laisser aller»,  la «main invisible»  régulant les dysfonctionnements du marché sont révolus. Y croire encore aujourd’hui  à l’aune de la mondialisation de l’économie, c’est croire au Père Noël.

    Le système économique libéral a besoin d’une conscience collective de ses limites, de ses contradictions. Il doit humaniser les rapports entre les acteurs économiques en atténuant la quête sans limites de profits, de compétitivité,  du contrôle de l’instinct  humain  relatif à l’insatiabilité de la consommation, et à celle de l’accumulation des richesses.

    Bref, toute une nouvelle société à imaginer avec d’autres valeurs d’équité dans une économie du marché, libérale certes, mais bien encadrée pour éviter les dérapages. Une économie visant l’intérêt collectif. Il convient de réformer le système économique de manière à rendre les lois de l’économie de marché moins fragiles face à ses propres contradictions.

    Le principe de base consiste en la recherche de cet équilibre entre la rémunération du capital/ travail, garantissant une croissance continue et pérenne (voir encadré).

    Le cas spécial de la finance

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    Pourquoi les lois du marché  sont-elles incapables de réguler le système économique capitaliste et ce en dépit de  conditions favorables à leur  fonctionnement?
    C’est l’une des contradictions internes fondamentales du capitalisme. Le ver est dans le fruit, l’économie de marché est suicidaire. Le phénomène des «Gilets jaunes» en France concentre les nouvelles données socio-économiques: lutte pour la répartition, appétit de consommation, rejet de la technocratie façon XIXe et XXe siècle, puissance de la communication… (Ph. Afp Hans LUCAS)

    L’environnement de l’économie de marché a profondément évolué notamment dans le secteur bancaire et financier.

    Jadis, les modes de financement du capital étaient rares, donc chers. Ce qui justifiait  sa forte rémunération au détriment du travail. Mais aujourd’hui, le système financier offre des choix multiples  et variés pour le financement du capital. Les offres inventives foisonnent au point que des crises surgissent, comme celle de 2008.

    Le modèle du capitalisme du 19e et du 20e siècle est révolu. La survie de l’économie de marché dépend maintenant des rapports de forces pour du partage du surplus économique  entre les travailleurs  et les détenteurs de capitaux.

    Le mouvement des Gilets Jaunes en France, est un exemple de cette confrontation, où la loi du marché penchera normalement en faveur de la masse, donc des travailleurs. La relance de l’économie passe nécessairement par la consommation, celle–ci nécessite une amélioration du pouvoir d’achat, qui dépend de l’équilibre dans la répartition des revenus  entre le capital et le travail.

    Comment faire? Culture de responsabilité

    Les mesures nécessaires à la transition structurelle sont nombreuses, selon le niveau du développement  des économies de chaque pays, nous citons à titre d’exemple.
    - Plafonnement de la rémunération du capital, avec limitation de distribution des dividendes, et mise en place des mesures incitatives au réinvestissement des projets.
    - Mesures incitatives aux politiques  d’intéressement menées par les entreprises en faveur des salariés dans la distribution des profits.
    - Politique fiscale orientée vers des prélèvements plus élevés sur les dividendes et profits et allégement  de la pression fiscale sur les revenus du travail.
    - Régulation du  système financier visant à arrêter la course folle aux profits  spéculatifs, non  productifs, et sans réelle valeur ajoutée. Un contrôle de l’affectation des capitaux, et de l’allocation de l’épargne nationale, doit être  soutenu. L’usage des produits  dérivés et mezzanine à plusieurs étages doit être limité, et contrôlé;
    - Enfin, l’une des actions majeures réside dans la politique d’encouragements de la culture de la responsabilité  sociale des chefs d’entreprises et détenteurs du capital.

                                                                                        

    Marx, Keynes et après?

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    Keynes propose une régulation étatique des crises du marché, puisque « la main invisible » d’Adam Smith n’existait pas. Mais la régulation ne fonctionne que sur de courtes périodes. Puis elle devient contre-productive. (Ph. Getty images)

    La répartition des richesses est le point nodal du dysfonctionnement du marché. La recherche de l’équilibre dans la répartition des profits entre les propriétaires du capital et les salariés doit être une règle permanente et non pas discontinue. A chaque instant t, il y a un point d’équilibre assurant d’une part la rémunération du capital, et d’autre part, la rémunération du travail assurant le niveau de consommation souhaité à cet instant t.

    Le marxisme met en relief le conflit d’intérêt, la lutte des classes. Aujourd’hui, il faut plutôt regarder le destin commun, l’intérêt commun et la synergie commune.  Sans l’un, l’autre n’existe pas!

    La règle de la coexistence, c’est un partage équitable des richesses produites ensemble. L’équité se mesure par rapport à ce point d’équilibre. Il assure alors la rémunération du capital pour renouveler  des investissements. Il assure aussi le pouvoir d’achat  pour que le niveau  de consommation  entretienne une croissance pérenne. Ce  point d’équilibre est constamment en mouvement, il est corrélé aux conditions du marché. Il faut marcher vers une optimisation de la répartition et rationaliser le choix des techniques de redistribution.

    L’écosystème du marché nécessite une redistribution plus équilibrée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Celle-ci lui rapporte plus de profits.  Un dirham de plus  au profit du pouvoir d’achat, rapportera plus  d’un dirham en dividendes,  c’est la loi du marché! Aujourd’hui celui-ci a cruellement besoin de la consommation  pour créer de la valeur.

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