Société

«Je n’ai pas oublié mes origines et d’où je viens!»: Nordine Oubaali, champion du monde WBC des supercoqs

Par Karim Dronet | Edition N°:5440 Le 28/01/2019 | Partager
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C'est à Las Vegas que le boxeur Nordine Oubaali a décroché la ceinture mondiale WBC des super-coqs, le plus prestigieux des titres de boxe en battant l'Américain Rau'shee Warren (Ph. AFP)

Le boxeur marocain, Nordine Oubaali, qui a conquis aux Etats-Unis la ceinture mondiale WBC en supercoqs en battant l’Américain Rau’shee Warren, était samedi dernier l’invité des Tribunes du Sport sur Atlantic Radio. Dans cet entretien exclusif, il revient en détail sur son combat historique, sa carrière et ses origines marocaines.

- L'Economiste: Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui, dix jours après avoir conquis le titre mondial WBC?
- Nordine Oubaali:
On a encore du mal à réaliser l’exploit que j’ai fait en allant chercher la ceinture aux Etats-Unis et surtout dans la plus grande soirée de boxe possible et inimaginable à Las Vegas!

- Votre adversaire vous le connaissiez bien puisque vous aviez déjà combattu contre l’Américain Warren aux Jeux Olympiques de Londres en 2012.
- Oui, c’est bien cela. Je l’ai rencontré aux JO de Londres où je l’ai battu. C’était un combat très serré. Entre temps, il est passé professionnel. Il est devenu champion du monde. Il a même réussi à unifier les titres. Donc, tout le monde pensait, comme il a plus d’expériences professionnelles, qu’il allait gagner, mais nous, nous étions vraiment partis pour gagner et rapporter la ceinture à la maison. J’ai fait preuve de plus d’agressivité et surtout j’ai été plus malin. Dans cette catégorie des supercoqs, Warren est certainement le boxeur le plus difficile, tactiquement et techniquement. Il a vraiment le style américain et il n’est pas facile à boxer et à toucher. Il fallait avoir la bonne stratégie pour le piéger, et c’est ce qui a fait que j’ai gagné le combat, j’ai été plus malin que lui sur le ring.

- A l’issue de ce combat et de cette victoire, vous avez déclaré que c’était une belle revanche sur la vie. C’est quoi justement la vie de Nordine Oubaali?
- C’est une vie avec beaucoup de hauts et beaucoup de bas. On m’a souvent barré la route. Aujourd’hui, je prouve à tous les jeunes et au monde entier que, dans la vie, on a un rêve, on a un but, et que l’on se bat pour l’avoir. Tôt ou tard, quoi qu’il en soit, tu vas arriver à tes fins. Il y a un bon Dieu sur terre!

- C’est vrai que la vie n’a pas été facile pour vous. Je pense notamment aux désillusions rencontrées lors de vos participations aux Jeux Olympiques.
- Oui très difficile car j’aurais mérité d’être au moins deux fois champion olympique. Le champion olympique chinois, je l’ai battu dans son pays. A dix secondes de la fin, je gagnais le combat mais on lui a accordé une touche totalement imaginaire. Match nul, 3 partout et on le met gagnant préférentiel parce qu’il évolue en Chine. Et surtout, ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y avait cinq juges du continent asiatique lors de ce combat. Or, la règle, c’est un juge par continent! Il aurait dû être disqualifié mais personne n’a rien dit et c’est passé comme une lettre à la poste. Malheureusement, quand tu montes sur le ring, tu n’es pas au courant de tout cela. J’ai été informé de ces irrégularités quelques mois plus tard, mais c’était trop tard. A Londres, ce fut la même chose. J’aurais mérité la médaille olympique car le boxeur qui est devenu champion, je l’avais déjà battu quelques mois auparavant. J’aurais mérité d’aller au bout de mon rêve. Mais, en réalité mon rêve, quand j’étais gamin, ce n’était pas de devenir champion olympique, mais du monde professionnel. Aujourd’hui, je le suis dans la plus relevée des fédérations, la WBC, 60 ans après le dernier champion français en poids coq et 22 ans après le titre conquis en WBC par Khalid Rahilou. C’est historique et c’est aussi pour montrer aux jeunes du Maroc et de France que tout est possible dans la vie. Il faut juste se battre pour y croire et pour y croire il faut juste se donner les moyens.

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Nordine Oubaali: «Aujourd’hui, je prouve à tous les jeunes et au monde entier que, dans la vie, on a un rêve, on a un but, et que l’on se bat pour l’avoir» (Ph. AFP)

- Le Roi Mohammed VI vous a adressé un message de félicitations et j’imagine que cela vous a fait chaud au cœur?
- C’est une grande fierté que Sa Majesté me félicite, mais ce qui me rend encore plus fier, c’est que j’ai porté haut le nom Oubaali, celui de mon père qui est décédé en 2000 au Maroc et qui est aujourd’hui enterré à Taroudant. Mon père a fait beaucoup de sacrifices pour venir en France. Il a énormément travaillé pour nous offrir ce que lui n’a pas eu. Ma victoire, je la dédie à mon père!

- Vous êtes le 13e d’une famille de 18 enfants, comment ont réagi vos frères et sœurs?
- Une grande joie, de la satisfaction, car mes proches connaissent toutes les épreuves que j’ai endurées. Et même ce championnat du monde a été très long et difficile à se faire. On a tout fait pour nous forcer à abandonner. Depuis le mois de juin 2018, je devais faire ce championnat du monde, or je ne le réalise qu’aujourd’hui, en janvier. Depuis avril dernier, je m’entraîne car je devais en principe combattre en juin. Je n’ai pris qu’une semaine de repos. On voulait que j’abandonne mon objectif mais j’ai tenu bon. Je n’ai pas oublié mon objectif car je sais d’où je viens. Aujourd’hui, j’habite à Paris mais auparavant j’étais dans le Nord de la France où les gens sont plus durs car ils ont travaillé dans les mines. Il fait aussi plus froid. Je sais aussi d’où viennent mon papa et ma maman, du Maroc. Ils ont sacrifié leur vie personnelle pour nous donner d’autres conditions de vie. Je n’oublie pas. Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. Je n’ai pas oublié mes origines et grâce à cela, si je suis aujourd’hui champion du monde, c’est parce qu’il y a un parcours. Toute cette force et tout ce courage que mes parents ont eu, me donnent aujourd’hui la force de me battre pour réaliser mes rêves…et c’est ce que j’ai fait!

- Quels sont vos projets pour les prochains mois?
- J’espère pouvoir défendre ma ceinture mondiale et j’aimerais le faire en France ou au Maroc. Le faire au Maroc, par rapport à mon père, ce serait une joie pour moi de représenter le nom Oubaali sur mes terres. Après avoir tant attendu pour conquérir ce titre, j’aimerais maintenant pouvoir le défendre devant mon public.

Propos recueillis par Karim DRONET

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