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    International

    La Tunisie sous le choc

    Par L'Economiste | Edition N°:5421 Le 27/12/2018 | Partager
    De nouveaux heurts éclatent dans certaines villes
    Et ce, après l'acte de désespoir d'un journaliste

    Que se passe-t-il en Tunisie? De nouveaux heurts nocturnes ont éclaté dans trois villes après l'immolation par le feu d'un journaliste voulant dénoncer les inégalités. Lundi 24 décembre 2018, à quelques jours des célébrations du huitième anniversaire de la révolution tunisienne, Aberrazak Zorgui, journaliste pigiste dans une chaîne privée locale, s'est immolé par le feu à Kasserine (ouest), une ville située dans une des régions les plus pauvres du pays.

    «Pour les habitants de Kasserine qui n'ont pas de moyens de subsistance, aujourd'hui, je vais commencer une révolution», a expliqué cet homme de 34 ans dans une vidéo qu'il avait publiée 20 minutes avant de passer à l'acte.

    Le ministère de l'Intérieur a affirmé avoir procédé à l'arrestation d'une personne pour son implication présumée dans le geste qui a coûté la vie au journaliste. Depuis son décès, des affrontements nocturnes ont opposé quotidiennement des manifestants, essentiellement jeunes, aux forces de police.

    Kasserine est l'une des premières villes où avaient éclaté fin 2010 des manifestations dénonçant la pauvreté endémique, qui s'étaient transformées en révolution. Depuis et malgré l'instauration de la démocratie, des mouvements de protestation ont régulièrement secoué Kasserine dont les habitants se sentent toujours abandonnés.

    Selon Messoud Romdhani, président du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES), «il y a une rupture entre la classe politique et les jeunes, surtout ceux qui vivent dans la précarité à l'intérieur du pays et qui voient un avenir flou…».

    La colère de la jeunesse n'est pas circonscrite à Kasserine. Des heurts violents ont opposé aussi des protestataires aux forces de l'ordre à Jebniana, au nord de Sfax, la deuxième ville de la Tunisie (est). Un policier a été blessé. Cinq personnes au moins ont aussi été interpellées après des troubles à Tebourba à 30 km de Tunis, a déclaré à l'AFP le porte-parole de la sûreté nationale, Walid Hkima.

    Romdhani prévoit la propagation des mouvements de protestation à d'autres régions vu «l'absence d'une vraie volonté politique de se pencher sur les vrais problèmes des Tunisiens».

    Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a de son côté appelé à une grève nationale de la «dignité» le 14 janvier, jour anniversaire de la révolution de 2011. Et ce, pour protester contre la situation du secteur médiatique notamment dans le privé et les conditions de travail des journalistes.

    Des élections libres en 2019

    Les troubles qui agitent certaines villes de Tunisie interviennent huit ans après l'immolation par le feu, en décembre 2010, d'un jeune vendeur ambulant de Sidi Bouzid (centre), excédé par la pauvreté et les humiliations. Sa mort avait entraîné des manifestations qui s'étaient ensuite propagées à travers le pays, conduisant au renversement du régime. Depuis, et contrairement à d'autres pays touchés par le Printemps arabe, la Tunisie a consolidé sa transition démocratique. De nouvelles élections libres sont prévues en 2019. Mais l'économie est toujours moribonde. L'inflation et un chômage aux alentours de 15% alimentent les troubles sociaux et avaient causé des émeutes en janvier.

    F. Z. T. avec AFP

     

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