Culture

Sortie du film «Capharnaüm»: Plongée dans les bas fonds de Beyrouth

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5412 Le 14/12/2018 | Partager
Troisième long-métrage de la réalisatrice libanaise, en salle au Maroc
Une fresque dramatique et universelle
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Un film dramatique, de Nadine Labaki,  à la lisière du documentaire, qui met en scène une enfance invisible, exclue du système, soumise à des formes de maltraitance extrême (Ph. DR)

«Je veux attaquer mes parents en justice pour m’avoir mis au monde». La phrase résonne dans la salle d’audience d’un tribunal au début du film. Celui qui la prononce est un petit bonhomme de 12 ans à la mine assombrie: Zaïn, le héros du troisième long-métrage de la réalisatrice libanaise Nadine Labaki, «Capharnaüm».

Un film coup de poing  à la lisière du documentaire  qui décrit une enfance  invisible, exclue du système, soumise à des formes de maltraitance extrême, livrée à elle-même. A commencer par le héros, un enfant au visage grave et anxiogène. Il a la posture d’un adulte et semble porter la responsabilité du monde sur ses épaules. Il est dur, futé et insolent, mais il reste un enfant, avec ses rêves, ses espoirs et son besoin d’amour.

Après la première scène,  un long flashback se déclenche,  pour comprendre pourquoi Zaïn en est arrivé à faire la guerre à ses parents. Entassée dans un appartement insalubre, sa famille, très nombreuse, vit de divers expédients. Zaïn et sa sœur de 11 ans effectuent de petits boulots pour le compte d’un épicier douteux.

La famille s’adonne également au trafic de Tramadol, un antidouleur que les gamins se procurent dans des pharmacies en échange d’une ordonnance périmée et que leur mère distille dans des bouteilles revendues ensuite dans la rue pour une bouchée de pain. Un quotidien fait de promiscuité et de misère tant matérielle qu’affective, que va venir bouleverser le départ de la jeune sœur, «donnée» par ses parents à l’épicier qui veut l’épouser.

Zaïn quitte ce foyer sans amour pour tenter, dans la rue, de se construire un nouveau destin… Une quête qui le conduit à partager le quotidien d’une jeune Érythréenne clandestine. Vivant dans une sorte de bidonville, elle et son bébé sont condamnés à vivre en marge de la société libanaise, faute de papiers.

Affranchissant sa caméra de tout jugement, Nadine Labaki  a réussi le tour de force de présenter des personnages très sombres sans pour autant les déshumaniser, grâce à une direction d’acteurs très pertinente. Des acteurs jouant, pour la plupart,  pour la première fois et souvent leur vrai rôle dans la vie.

Auteure de deux premiers longs-métrages aux registres très différents, Labaki revient avec un film engagé et met un pied dans la cour des grands. Capharnaüm a d’ailleurs reçu le prix du jury au Festival de Cannes et est actuellement nominé aux Golden Globes Awards dans la catégorie «Meilleur film étranger».

A.Bo

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