Economie

Conférence intergouvernementale sur les migrations: Donner un nouveau visage aux migrants, le pari des médias

Par Joséphine ADAM | Edition N°:5408 Le 10/12/2018 | Partager
Se baser sur les faits, non sur l’émotion: pour un journalisme éthique
Les Hautes Autorités de la communication audiovisuelle pour une charte médiatique
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Les chiffres de 2017 de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, UNHCR, parlent de 68,5 millions de déplacements forcés dans le monde. Dans son dernier rapport, une moyenne de 44.400 personnes étaient obligées, chaque jour, de fuir leur domicile

Déferlement, tsunami, invasion, crise… les mots utilisés pour parler des migrations font peur. Le traitement médiatique sur ces questions est pointé du doigt, et n’incrimine pas les seuls médias occidentaux. L’heure est à l’autocritique. L’objectif étant de promouvoir un journalisme éthique basé sur les faits et non sur les émotions.

Alors à l’occasion du Sommet intergouvernemental sur les migrations, organisé à Marrakech, la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca) a réuni les régulateurs africains et méditerranéens pour enrichir cette réflexion par la perspective africaine. «C’est un travail sur le long terme», explique Latifa Akharbach, la nouvelle présidente de la Haca, ajoutant qu’une partie des problèmes tient au fait que «nous ne nous connaissons pas entre pays africains.

Nous ne connaissons pas nos réalités respectives». La priorité serait pourtant de promouvoir une information journalistique africaine par la presse africaine elle-même. Sauf qu’il faut prendre en compte certains faits. «Si les échecs des politiques sont la source de ces migrations, certains médias craignent peut-être de le dénoncer. Quand médias et Etats ne font qu’un, il est préférable de se taire. Voilà ce que nous pouvons déplorer», explique Adam Boni Tessi, président de l’autorité du Bénin.

Cette maltraitance de l’image des migrants concerne tous les médias de toutes les rives. «Chacun de nous doit faire sa part individuellement et collectivement», appuie le président de la Haca de Côte d’lvoire, lbrahim Sy Savané. Un autre caillou dans la chaussure, le manque et la complexité des échanges de fréquences intra africains. «Lorsqu’il s’agit de donner des fréquences à un pays du nord, c’est facile, mais pour les donner à la chaîne marocaine Medi1, j’ai dû beaucoup me battre», avoue le président de l’autorité ivoirienne. 

L’objectif 17 du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, met le curseur sur la sphère média. Il fait la promotion d’une information indépendante, objective et de qualité y compris sur internet. “Il s’agit d’une pétition de principe. A nous de trouver le modus operandi» précise lbrahim Sy Savané.

C’est justement l’objectif de ce side event initié par la haute autorité marocaine. Les instances de régulation ont ainsi pu émettre le souhait de se rassembler plus régulièrement, de travailler à la mise à disposition d’une charte sur le traitement médiatique des questions migratoires, et de multiplier les échanges de bonnes pratiques comme cela a été fait via un projet pilote entre les régulateurs marocains, tunisiens et ivoiriens sur le thème de la lutte contre les discours de haine. 

Donner un visage aux migrants, raconter leurs histoires entre échecs et réussites, pourrait être le mot d’ordre donné à la presse. En parler sans tomber dans les pièges de la terminologie, de l’émotion ou de la peur. Sur la plage de Barcelone, le «compteur de la honte» comme on l’appelle, affiche le nombre de personnes mortes noyées en Méditerranée. Le mois dernier, il affichait 3.034. Josep Maria Guinart de la haute autorité espagnole invite «les médias à faire en sorte que leurs histoires ne tombent pas dans l’oubli».

Joséphine ADAM

 

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