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    Analyse

    L'ambassadeur britannique au Club de L'Economiste: «Les nouvelles pistes de coopération»

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5399 Le 27/11/2018 | Partager
    Thomas Reilly décortique les dossiers bilatéraux
    L'après-Brexit recèle un gisement d'opportunités
    Comment mieux marketer l'offre Maroc outre-Manche
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    Thomas Reilly, ambassadeur du Royaume-Uni à Rabat: «Shell et British Petroleum nourrissent de fortes ambitions au Maroc, essentiellement dans les énergies renouvelables et les projets Gas to Power» (Ph. F. Al Nasser)

    Plus de 800 ans de relations politiques, diplomatiques, culturelles et économiques entre le Maroc et la Grande-Bretagne! Le Royaume-Uni est le 7e partenaire commercial du Maroc. Il en est aussi le 12e fournisseur, mais loin derrière la France, l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie... Bien que séculaires et ancrés dans l'histoire, les échanges commerciaux (import/export) et les IDE restent en deçà des ambitions des deux partenaires.

    Invité au Club de L'Economiste, Thomas Reilly, ambassadeur du Royaume-Uni à Rabat depuis 1 an et demi,  se dit conscient des gisements d'amélioration aussi bien dans les échanges commerciaux que dans les IDE, le tourisme, la culture...

    Dans un contexte de Brexit, le diplomate britannique confirme que Londres souhaite approfondir davantage ses relations bilatérales et surtout la coopération économique avec le Maroc. Même s'il admet que le volumes des échanges mérite un sérieux coup d'accélérateur, le représentant du Foreign Office à Rabat tient à préciser qu'en 2016, «le Royaume-Uni a été le 3e fournisseur du Maroc, loin devant l'Espagne et juste derrière la France et les Emirats arabes unis».

    Effectivement, «la présence du Royaume-Uni est encore faible au Maroc», reconnaît Thomas Reilly. Et vice versa. Pour Reilly, l'explication est en partie historique et culturelle. A tort ou à raison, «le Royaume-Uni n'a jamais perçu l'Afrique du Nord comme étant un marché naturel. En revanche, les relations avec l'Egypte ont toujours été très profondes en raison du canal de Suez. Pour relier l'Inde au Royaume-Uni, il fallait absolument traverser le canal.

    Aujourd'hui, même en Egypte, le volume des échanges a considérablement baissé (2,3 milliards de livres sterling)». Ce qui est pratiquement dans les mêmes proportions que celui réalisé avec le Maroc (ndlr: 1,7 milliard de livres). «Le différentiel n'est pas assez important», soutient l'ambassadeur. T

    ourisme, agriculture, industrie, énergie/ENR, éducation, culture... les atouts du Maroc sont variés et multiples, d'autant plus que le Royaume représente une porte d'entrée vers le continent africain, insiste le diplomate. Aux yeux de Thomas Reilly, «tout l'enjeu réside dans la complémentarité de nos économies. Le Maroc dispose d'une main-d'oeuvre très qualifiée et bon marché, un fuseau horaire sans décalage, 3 heures de vol pour arriver à Londres, le port de Tanger Med, des produits de très grande qualité sans aucune compétition avec l'offre britannique, une grande porte vers l'Afrique, un hub financier africain, un produit touristique riche... Autant d'opportunités qui s'offrent aux hommes d'affaires britanniques et aux touristes. D'ailleurs, l'objectif est d'atteindre 1 million d'arrivées britanniques dès 2020. En 2018, l'on table sur 750.000 arrivées.

    Mais si le business reste en deçà de son potentiel, c'est parce qu'il y a des spécificités anglo-saxonnes qu'il va falloir intégrer ici au Maroc: 86% des entreprises britanniques n'exportent pas! Ensuite, le commerce manufacturier est très faible. C'est plutôt les services, la finance, les technologies, la R&D... «Nous produisons beaucoup de voitures, mais qui sont japonaises (Nissan, Honda...) ou encore italiennes», précise l'ambassadeur.

    Ceci dit, le Royaume-Uni compte aussi des multinationales de renom. Parmi elles, Shell, BP, Unilever, Rolls Royce...  Autre élément d'analyse à prendre en compte: «L'histoire de la France a laissé des empreintes beaucoup plus profondes au Maroc. On a l'impression que la France est restée des siècles au Maroc, tellement sa culture et sa langue y sont bien ancrées. Or, le Protectorat n'a duré que 44 ans», relève le diplomate.

    Tous ces éléments font que le système culturel marocain est perçu comme étant très complexe aux yeux des Britanniques.  La perception culturelle est un frein. «Pour un Anglais, la culture marocaine est assez complexe. Elle est à la fois arabe, africaine, berbère avec une forte présence de la langue française. La langue est un frein, un obstacle à l'investissement...», précise le diplomate en chef à Rabat. Et d'ajouter: «Culturellement, l'investisseur britannique préfère aller vers des cultures qu'il connaît, un environnement assez proche sur le plan culturel et économique, notamment les pays anglo-saxons, l'UE, les Etats-Unis, le Canada... La perception du Maroc reste souvent étrange, voire complexe».

    Ceci dit, de nombreux grands groupes britanniques ont transcendé les barrières culturelles et se sont implantés avec succès au Maroc. Parmi eux, figurent Shell et BP qui nourrissent de fortes ambitions de ce côté-ci de la Méditerranée, essentiellement dans les énergies renouvelable et particulièrement dans les projets Gas to Power. Pareil pour Rolls Royce qui nourrit de fortes ambitions sur des marchés dans l'aéronautique, avec Royal Air Maroc et les Forces royales air (FRA). Le groupe Bombardier, fortement implanté à Belfast (en Irlande du Nord), monte d'année en année en capacités dans les composants de l'industrie aéronautique.

    Outre Shell, BP et Rolls Royce, d'autres firmes britanniques opèrent au Maroc, telles que Lloyds of London, HSBC, Sound Energy, Jacobs Engineering, GSK, Biwater (infrastructures avec l'OCP) ou encore Unilever, Morocco Gold (huile d'olive), Jaguar, Land Rover... Dans l'aérien, il y a des compagnies comme Easyjet, RyanAir et British Airways. Pour relancer la machine et optimiser les échanges, Thomas Reilly est convaincu que le renforcement de la coopération passe par la multiplication d'espaces d'échanges, voire la promotion d'événements dans les deux sens aussi bien dans l'économie, la finance, l'énergie, les technologies, le tourisme, l'éducation, la culture...

    L'après-Brexit, dont l'accord a été signé le 25 novembre, est une aubaine sans précédent pour un pays comme le Maroc, confirme l'ambassadeur. «Il n'y a pas de doute, après le Brexit, il va falloir ouvrir de nouveaux marchés notamment avec le Maroc. Il y a un rapport de la Banque mondiale qui précise que le Maroc est le 3e pays le plus facile pour faire du business. L'énergie, à la fois les hydrocarbures et le renouvelable, représente un énorme potentiel pour les entreprises britanniques», soutient le diplomate.

    La sortie de l'UE devra introduire de nouvelles opportunités de business qui seront formalisées par un accord de libre-échange avec Rabat. Le Brexit a des enjeux multidimensionnels avec des impacts directs et indirects. Aux Marocains de se montrer «souples», inventifs et de ne pas être «exigeants» lors de la signature de cet ALE. Sinon, le Royaume-Uni pourrait aller voir d'autres partenaires ailleurs, confie Thomas Reilly. Il doit signer directement l'équivalent de tous les accords ratifiés par l'UE avec des pays tiers.

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    Thomas Reilly est l'ambassadeur  britannique à Rabat depuis juin 2017. Il a commencé sa carrière diplomatique en 2001 en Argentine.  Puis après, il enchaîne en 2004-2005 en tant que représentant du Foreign Office au Koweit et en Irak. Il est passé aussi par Riyad (Arabie Saoudite) et le Yémen. Ensuite, il est revenu à Londres pour une mission dans la lutte contre le terrorisme. Fin 2009, il est nommé à la tête de l'ambassade du Caire (Egypte) où il a vécu les événements du printemps arabe 2 ans plus tard. Fin 2012, il rejoint le groupe Shell en tant que chef des relations gouvernementales. En 2017, il revient au Foreign Office pour occuper le poste d'ambassadeur à Rabat à la demande du ministre des Affaires étrangères (Ph. F. Al Nasser)

    Parmi les principaux produits marocains exportés au Royaume-Uni, figurent les fruits et légumes, conserves de poisson, crustacés (agriculture), voitures de tourisme, vêtements confectionnés, articles de bonneterie, câbles, fils, conducteurs isolés... Outre-Manche, le Maroc importe essentiellement du gaz de pétrole et autres hydrocarbures, voitures de tourisme, composants aéronautiques, ferraille, débris de cuivre, fonte, fer, acier ou encore des médicaments et produits pharmaceutiques divers, bières, vins et spiritueux ainsi que des tissus, fils et fibres synthétiques...

    Selon l'ambassadeur, la nature des échanges commerciaux ainsi que l'offre exportable dans les deux sens montrent qu'il y a une réelle complémentarité entre les deux économies qui peut encore être optimisée. Le potentiel est énorme dans le secteur agricole au Maroc avec la production des tomates, les agrumes, le poisson... Pour preuve, 60% des sardines consommées au Royaume-Uni proviennent du Maroc, 25% de tomates, 20% de fruits rouges, 11% d'olives, 12% d'huile d'olive... sont made in Maroc.

    «Ce sont des produits de très grande qualité très prisés par le consommateur et la grande distribution britanniques. La preuve, chaque année, ils importent 10% de plus... Dans le secteur agricole, voire l'agro-industrie, il y a d'innombrables opportunités. En revanche, sur le textile, le Royaume-Uni cherche plutôt de grands volumes (production de masse) et surtout des vêtements (prêt-à-porter) de luxe ou encore les signatures de marques prestigieuses. Sur ce créneau, le Maroc n'est pas encore assez compétitif. Sur un tout autre registre, le secteur financier anglo-saxon est l'un des plus développés au monde (Green Finance, FinTech, finance islamique, médiation...). Il y a de nombreuses possibilités et des gisements de partenariats... notamment entre la Bourse de Londres et la Place de Casablanca, qui ont signé un accord stratégique, ou encore l'accord entre CFC et City UK. Le secteur des assurances présente aussi de l'intérêt.

    Pour donner plus de tonus aux investissements (IDE et export) britanniques au Maroc, le Royaume-Uni vient de mettre en place le fonds UK Export Finance. Il s'agit d'un nouveau dispositif qui vient accompagner les implantations d'entreprises britanniques, ou encore promouvoir l'offre exportable destinée au Maroc.

    Il s'agit d'un fonds de 3 milliards de livres sterling chaque année, décliné en lignes de crédits, des prêts à des taux avantageux, afin de gagner en compétitivité. Ce fonds a été mis en place pour tous types d'entreprises, tous secteurs et toutes tailles confondus.  Débloqué en mai dernier, le fonds UK Export Finance permettra de fluidifier les implantations, mais aussi assurer les entreprises britanniques contre les défaillances et les risques d'instabilité politique à l'étranger.

    Soft power

    Des écoles britanniques type mission vont bientôt ouvrir dans quatre villes (Casablanca, Rabat, Tanger et Marrakech). Cela permettra de mieux comprendre le système culturel britannique en l'introduisant auprès des jeunes. «C'est du soft power qui permettra de mieux maîtriser les codes, de promouvoir l'économie et mieux diversifier l'entrepreneuriat marocain», soutient l'ambassadeur. L'enjeu est d'installer une culture anglo-saxonne. Ce qui permettra aussi de fluidifier l'export et l'investissement. «L'avenir du business passe par la langue anglaise», insiste le diplomate.

                                                                        

    Profil du touriste anglais

    «Qu'on l'aime ou pas, le tourisme est un échange culturel par excellence qui transcende les autres échanges», soutient le diplomate. Et d'ajouter: «Le tourisme c'est le début et la fin de tout». Cette année, 750.000 touristes britanniques viennent au Maroc (soit plus de 10% par rapport à 2017).

    Un record! L'objectif est d'arriver à 1 million de touristes en provenance du Royaume-Uni à l'horizon 2020.  Sur les nuitées, le touriste britannique est le 2e après la France. La durée de séjour du touriste anglais est plus longue (au moins 7 jours). Selon Thomas Reilly, le touriste anglais dépense plus avec une moyenne de 150 euros par jour.  Plus de 3.000 TO britanniques sont attendus au Maroc, lors du Symposium annuel de l'Abta.

    Pour capter plus de touristes du Royaume-Uni, il va falloir résoudre l'équation de l'aérien avec plus de vols réguliers et à des horaires adaptés. Par ailleurs, le Maroc a encore des gisements d'amélioration sur l'attractivité des touristes anglais.

    Pour commencer, il va falloir comprendre le comportement et les attentes de ce type de voyageur. «Le touriste britannique est différent», explique Reilly. Il a des attentes assez particulières. Selon l'ambassadeur, la priorité des priorités reste les stations balnéaires (type Charm Al Cheikh en Egypte). Les Britanniques sont surtout en quête du soleil, du balnéaire et du sport (kate surf par exemple à Essaouira). Ils sont aussi friands d'animation, de loisirs, de fêtes et autres soirées arrosées.

    Le touriste anglais a tendance à séjourner plus longtemps (au moins 7 jours) et à dépenser plus (plus de 1.000 euros par semaine, à raison de 150 euros par jour).  Il a aussi une préférence pour les villes impériales (Marrakech, Fès...) et les monuments historiques (Palais Bahia, tombeaux saadiens, Ménara, Volubilis... notamment).

    Les touristes anglais ont également une préférence pour le trekking, randonnées, escalade en montagne (Toubkal), les gîtes, les refuges, la nature, le désert, les vallées... «Il y a du potentiel sur les plages du nord du Maroc qui est encore sous exploité», estime le diplomate. On n'y voit pratiquement pas de touristes anglais. Pourtant, ils viennent par milliers à La Costa d'El Sol, quelques kilomètres plus loin en Espagne.

    Amin RBOUB

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