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    Héros de l’éducation «Papa Ayad», le retraité qui parraine les élèves démunis

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5395 Le 19/11/2018 | Partager
    Il se mobilise pour lutter contre le décrochage scolaire
    Bourses, construction de centres socio-éducatifs, équipement d’écoles reculées et internats…
    Il gère une communauté de plus de 28.800 membres sur Facebook
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    Le retraité au grand cœur se met souvent au milieu des enfants des zones enclavées, les encourage, les fait sortir de leur coquille. Soixante ans plus tôt, lui-même était à leur place, dans un douar perdu au milieu des montagnes du Moyen Atlas  (Ph. ATCAS)

    Que dire sur Ayad Lemhouer. Il y a tant à raconter. Ce retraité pas comme les autres, que de nombreux enfants appellent «papa Ayad», a bouleversé la trajectoire de centaines d’élèves des régions enclavées. Et il continue à se donner sans compter pour ces écoliers que tout prédispose à l’échec, mais qu’il tient à sauver, comme lui-même a été sauvé de l’abandon scolaire, in extremis, il y a de cela près de cinquante ans (voir article ci-contre).

    De sa pension de retraité, Ayad prélève depuis 2008 une somme qu’il dédie au parrainage d’élèves démunis, issus de zones reculées. «Je réalisais une étude sur la qualité de l’éducation pour le compte du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), dans la province de Khénifra, et j’y ai rencontré une fillette à Dar Taliba. J’ai appris que personne ne s’occupait d’elle, et j’ai donc décidé de la prendre en charge», raconte-t-il.

    D’autres enfants suivront. Ils recevront de petites sommes allant de 200 à 300 DH par mois. De quoi leur permettre de s’acheter des fournitures et quelques vêtements. «Certains sont devenus professeurs, d’autres sont dans des écoles supérieures ou candidats au bac. Dès que l’un d’eux termine ses études, je le remplace par un autre», livre fièrement Ayad.

    Ancien consultant en éducation pour le compte d’organismes nationaux et internationaux, ex-professeur de l’enseignement supérieur, et ex-haut cadre de l’Education nationale, il a toujours eu le sens du partage. Sa maison a longtemps été ouverte aux jeunes étudiants de sa région, n’ayant nulle part où se loger ou se nourrir. Son expérience lui servira de base pour monter, en 2011, son association, Tous contre l’abandon scolaire (ATCAS).

    Une cause qui lui tient à cœur. «Nous comptons jusqu’à 400.000 abandons par an, soit presque un demi-million d’enfants en décrochage. C’est une perte énorme en capital humain», regrette-t-il. Son ONG est bien particulière. Légalement constituée, mais sans local, ni secrétaire, ni cotisation de ses membres. La gestion s’opère via un groupe Facebook, dont Ayad est l’administrateur.

    Pour des considérations de transparence, toutes les actions, requêtes, dons… sont publiés sur son mur Facebook. Pour ses projets, un appel aux dons, un peu à la manière du crowdfunding, est lancé sur la page. Au bout de quelques heures, les participants commencent à faire part de leurs donations et propositions.

    Un mini-système «Tayssir»

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    Le concept a séduit quelque 28.778 membres. C’est d’ailleurs grâce à ATCAS que le super prof du Rif, Hicham Elfaquih, a pu financer la construction de sanitaires pour son ancienne école de Tafsast (voir L’Economiste N°5282 du 29 mai 2018). Ayad a posté l’appel dans le groupe de l’ONG, et en moins de trois heures, 5.000 DH étaient récoltés.

    «Pour moi, une association n’est pas obligée d’avoir des subventions de l’Etat ou du secteur privé. Quand on s’y met à plusieurs, en donnant chacun de petites sommes, régulières dans le temps, on peut réaliser beaucoup de choses ensemble», estime-t-il.

    Depuis 2011, près de 400 enfants ont été parrainés dans différentes régions du Maroc, via les membres de l’association. Les parrains versent l’argent directement aux tuteurs des enfants, sans transiter par ATCAS, qui se limite à la mise en relation. C’est une sorte de mini-système «Tayssir», le programme gouvernemental de subvention des familles, conditionné par la scolarisation des enfants. Sauf que là, les sommes sont beaucoup plus consistantes, et surtout, plus régulières (Tayssir s’est arrêté pendant plus de deux ans, faute de financement). 

    L’ONG a depuis élargi son champ d’intervention, en s’engageant dans la construction de centres socio-éducatifs en milieu rural. Préscolaire, réinsertion de filles déscolarisées, promotion de femmes artisanes, alphabétisation… Plusieurs services y sont offerts. Le dernier centre en date est celui inauguré il y a moins de deux mois à Aït Benhaddou (Ouarzazate).

    A chaque fois, l’association s’allie avec des acteurs locaux pour mener à bien ses projets. «Nous les aidons, mais nous leur demandons de mettre la main à la pâte et de contribuer au financement. Nous sommes dans une approche participative. Au final, les centres construits sont remis à la population locale», précise Ayad.

    «L’idée est d’en garder le coût assez bas. Aujourd’hui, nous arrivons à construire des centres de 120 m² à 120.000 DH. Nous ne disposons pas de beaucoup de moyens. Néanmoins, nous arrivons à nous en sortir grâce aux gens qui croient en nous», poursuit-il. Le fondateur de l’ONG fait de temps à autre le tour de ces centres afin de s’assurer de leur bon fonctionnement.

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    Durant les journées de sensibilisation, de distribution de dons ou d’équipement d’écoles, des animations sont prévues. Ayad n’hésite pas à partager des activités avec les enfants, et même à faire le clown  (Ph. ATCAS)

    «Je dédie ce qui me reste à vivre à mon projet»

    ATCAS équipe, par ailleurs, les écoles rurales de sanitaires, fournitures scolaires, matériels pour enfants handicapés… et les internats de lits, draps, couvertures, rideaux… Des journées de sensibilisation (tabagisme, alcoolisme, écologie, abandon scolaire…), auxquelles artistes et sportifs sont invités, sont en outre organisées. Une centaine d’actions ont déjà touché des milliers d’enfants.

    Des programmes sont développés en parallèle: «une école, une bibliothèque», «une école, des ordinateurs», «une école, une équipe de foot», «artiste solidaire»… Une centaine d’établissements ont été équipés de milliers de livres, ainsi que de matériel informatique. Des teams de foot, de filles et de garçons, ont été créées et dotées de tenues et de ballons.

    L’ONG fait aussi appel à des artistes pour lever des fonds. 130 artistes-peintres ont, par exemple, offert 300 toiles pour des expositions, dont les revenus ont servi à construire un centre socio-éducatif à Zaouia Jdida Aoufous, à Errachidia.

    Assisté par une présidente déléguée, Khadija El Hattach, Ayad est mobilisé à plein temps pour l’association qu’il a fondée. «Je dédie ce qui me reste à vivre à ce projet, mais sans omettre de vivre», confie le retraité au grand cœur. Habitant au bord de la mer à Harhoura (région de Rabat), il coule une retraite paisible en s’adonnant à sa passion, la pêche, et en profitant d’un horizon bleu qu’il ne se lasse jamais de contempler depuis son hamac.

    Ahlam NAZIH

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