Economie

Capital humain: Mégaprojet de la Banque mondiale

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5368 Le 10/10/2018 | Partager
Un indice classant 157 pays sera annoncé ce 11 octobre
Un «package» d’accompagnement sera également proposé
Le Maroc, la Tunisie et la Jordanie parmi les 28 «pionniers» de l’initiative
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Le capital humain participe pour près de 41% à la richesse nationale du Maroc. Sur cet aspect, le Royaume est au même niveau que les pays pauvres. D’autres économies de la région ont su bâtir un capital humain plus «solide», comme le Liban dont la performance se rapproche de celle des pays riches

Les 25% de pays qui investissent le plus en éducation et en santé gagnent chaque année 1,25 point de PIB supplémentaire. C’est ce qu’avait révélé en octobre 2017 le président de la Banque mondiale, Jim Kim, lors des assemblées annuelles de son institution avec le FMI à Washington.

Un an plus tard, la Banque revient avec tout un programme dédié au capital humain, qui sera officiellement lancé durant les assemblées organisées jusqu’au 14 octobre à Bali. Il s’agit là du plus grand projet de son histoire dans le domaine.

«Malgré son importance, on constate un sous-investissement chronique dans le capital humain à travers le monde. Ceci s’explique en partie par les longs délais requis pour observer un impact tangible de cet investissement», relève Marie Françoise Marie-Nelly, directrice des opérations pour le Maghreb et Malte à la Banque mondiale. Un rapport de l’institution, datant de janvier 2018 (The changingwealth of nations), a pourtant montré qu’il s’agit, de loin, de la plus importante richesse des pays (jusqu’à 70% dans les économies développées).

Le nouveau projet de la Banque mondiale comprend trois aspects: le lancement d’un indice classant 157 pays en fonction de la qualité de leur capital humain, le renforcement des capacités statistiques et d’évaluation et, enfin, une assistance aux pays pour muscler leur stratégies et investissements en la matière.

«L’idée de l’indice consiste à créer une émulation entre pays. Nous l’avons vu avec le classement du Doing Business. Les États affichant des déficiences dans leur environnement des affaires ont, grâce à l’indice, réussi à accélérer les réformes», souligne Marie-Nelly. Le principe est de mesurer la productivité de la prochaine génération en termes de quantité et de qualité du capital humain accumulé.

«Un indice de capital humain de 60% signifie, par exemple, que la prochaine génération de travailleurs sera seulement 60% aussi productive qu’elle pourrait l’être, si elle avait reçu une éducation complète et avait grandi en bonne santé», explique la directrice des opérations pour le Maghreb et Malte.

L’indice intègre trois composantes: la survie des enfants, les années de scolarité et la santé. Les données seront corrigées en tenant compte de la qualité. Passer dix ans à l’école au Maroc, par exemple, n’équivaut pas 10 ans en Corée ou à Singapour. La qualité des apprentissages sera donc prise en considération pour évaluer l’efficacité du système d’enseignement.

«Cet indicateur s’inscrit dans la lignée d’autres indices de développement, tels que l’IDH, Indice du développement humain. Mais s’en distingue par l’accent mis sur les pertes en termes de productivité d’investissements inefficaces», insiste la responsable de la Banque mondiale. Les résultats du classement seront rendus publics ce 11 octobre.

«Tout ce que je peux vous dire, pour l’instant, c’est que le Maroc ne se situe pas loin des pays comparables en termes de niveau de PIB ou des pays géographiquement proches», confie Marie-Nelly. Les Etats pourront ainsi avoir une idée de leur performance, et se baser sur des données fiables pour leurs politiques et programmes futurs en faveur du capital humain.

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La mise à niveau du capital humain n’est pas qu’une question de dépenses. Le Maroc, par exemple, consacre près de 6% de son PIB à son système éducatif, sans résultats probants. En matière d’inefficience des dépenses en éducation, il fait partie des pays qui enregistrent les pires scores

Certains pays ont été désignés en tant que partenaires privilégiés de l’initiative. La Banque les a baptisés les «pionniers». Le Maroc en fait partie, parmi un groupe de 9 économies de la région Mena, qui compte également la Tunisie et la Jordanie. Au total, 28 pays ont été sélectionnés.

«Une adhésion d’autant plus logique que le Maroc a engagé la réflexion depuis plusieurs années autour de ces sujets, et que Sa Majesté souligne dans chacun de ses discours la nécessité d’investir davantage dans le capital humain», relève Marie-Nelly. Un «package de services» sera proposé pour accompagner les pays dans l’évaluation de leurs systèmes, la mise en place de réformes, le lancement de programmes, ou encore l’amélioration de l’efficience des dépenses. 

A l’ère du digital et de l’économie numérique, qui promet de grands bouleversements dans un avenir proche, l’enjeu du capital humain est plus que jamais crucial. La Banque mondiale reviendra sur ce sujet dans un prochain rapport à paraître en 2019, «The changing nature of work». Le document s’intéresse à la «mutation de la nature du travail», en raison de l’usage croissant du digital.

«Il soutient que les économies qui investissent dans leur capital humain sont beaucoup mieux équipées pour se développer, préparer leur main-d’œuvre aux emplois plus qualifiés de l’avenir, et défendre leurs intérêts dans une économie globalisée et de plus en plus compétitive», détaille la responsable de la Banque mondiale.

Son dernier rapport, «Une nouvelle économie pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord», paru début octobre 2018, avait également insisté sur ce sujet. Selon les experts de l’institution, le numérique est une chance pour l’émancipation des jeunes et des femmes, ces éternels exclus du marché de l’emploi dans cette région du monde.

Les prochaines étapes pour le Maroc

Les équipes de la Banque mondiale sont déjà à pied d’œuvre pour accompagner le Maroc dans son chantier de mise à niveau de son capital humain. L’institution prévoit d’appuyer le pays dans l’amélioration de ses outils de mesure, y compris des compétences non-cognitives (soft skills), «une dimension déterminante dans la compétitivité sur le marché de l’emploi». L’accent sera, aussi, mis sur «la cohérence» des stratégies sectorielles, afin qu’elles répondent aux principales problématiques relevées au Maroc. A savoir, la qualité des apprentissages et la malnutrition chronique, surtout dans les régions rurales, «et qui constitue une barrière insurmontable pour le développement cognitif de l’enfant». Une communauté de spécialistes, regroupant des experts des «pays pionniers», sera en outre montée. Elle permettra au Royaume de partager son expérience et de s’inspirer de modèles d’autres pays, selon la Banque. 

 

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