Chronique

De l’enseignement à l’apprentissage, il n’y a que l’enseignant

Par Abderrahmane LAHLOU | Edition N°:5353 Le 19/09/2018 | Partager

près une carrière de vingt ans en tant qu’opérateur privé de l’Education scolaire et universitaire, et président fondateur d’associations dans l’enseignement et le Conseil en formation, Abderrahmane Lahlou a fondé ABWAB Consultants, spécialisé dans l’Education et la Formation. Il est expert auprès du Groupe Banque Mondiale pour le programme e4e au Maroc, et expert agréé auprès de la BID. Il réalise également des études pour le compte de ministères et d’organismes privés nationaux et internationaux dans les trois domaines de la formation universitaire, professionnelle et scolaire. Il est conférencier international en management, économie et éducation, et professeur visiteur dans des universités françaises (Ph. A. L.)

Depuis son rapport de 2017, intitulé «Apprendre pour réaliser la promesse de l’éducation», la Banque mondiale, qui a toujours fait de l’Education un de ses axes prioritaires de développement, parle désormais plus d’apprentissage que d’enseignement.

Ce rapport sur le développement dans le monde attirait l’attention sur le défaut d’évaluation des performances éducatives des pays par la qualité d’apprentissage, à la faveur de la mesure de la seule performance de la prestation d’enseignement.

Entre autres raisons qu’invoquait le rapport, telle la préparation des enfants en phase préscolaire ou les outils pédagogiques adaptés, c’est la formation initiale et continue des enseignants qui est mise en exergue.

Qu’est-ce qu’un bon enseignant?

La réalité est bien là, pour assurer l’apprentissage, il faut bien plus qu’enseigner au sens classique, dans la classe autant que dans les politiques gouvernementales.

Un professeur qui prépare correctement ses leçons sur le guide du maître qu’on lui a confié, qui suit avec application en classe la fiche de cours qu’il a préparée, qui explique brillamment au tableau toutes les notions de la leçon, qui maintient l’ordre et la discipline dans sa classe, et dont les élèves obtiennent les meilleures notes aux examens, est-il pour autant un bon enseignant? Pas du tout, car tout cela ne suffit pas, et peut être même contre-productif.

La raison est qu’aujourd’hui au XXIe siècle, et le rapport de la banque mondiale le souligne, ce n’est plus en termes d’enseignement qu’on évalue la qualité éducative, mais en termes d’apprentissage.

Cela veut dire qu’il peut y avoir enseignement sans apprentissage, et que l’on peut envoyer nos enfants dans une école où les enseignants parlent bien, sont agréables, passionnants en classe, attentionnés, mais que nos enfants n’apprennent pas grand-chose et n’évoluent pas.

La différence entre les deux réside notamment dans l’absence d’alignement entre les moyens et les résultats concrets au niveau de l’apprenant, véritable pivot de l’acte éducatif. Les pédagogues anglo-saxons nous apprennent qu’il ne suffit pas de mettre les moyens pédagogiques et didactiques (Provision), mais qu’il faut rechercher le résultat derrière les moyens qu’on met dans l’éducation (Outcome).

Il se trouve qu’au Maroc et dans beaucoup de pays, l’éducation est traitée principalement à travers des indicateurs de «Provision»: dans un programme gouvernemental par exemple, on raisonne en nombre de classes, d’enseignants, d’heures de cours, de manuels scolaires et de curriculum, et moins en termes de qualité d’apprentissage des élèves. Dans une école, la direction est plus préoccupée par l’enrichissement des programmes, les manuels, les devoirs, le matériel scolaire performant et les notes d’examens, que par les acquis de l’élève et ses savoir-faire.

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L’enseignant doit bénéficier d’une formation adéquate et d’un accompagnement en termes de psychologie de l’enfant, de didactique moderne, de techniques d’évaluation et des soft skills nécessaires à captiver l’attention, et solliciter les intelligences multiples de l’élève (Ph. Bziouat)

Formation, techniques d'évaluation et des soft skills...

La pédagogie moderne consiste en l’alignement de la pratique de la classe aux compétences recherchées chez l’élève, c’est-à-dire ce que doit apprendre l’élève, et comment il doit l’apprendre… puis l’alignement de la prestation de l’enseignement sur l’évaluation, c’est-à-dire comment l’élève a appris à le faire: par la compréhension, par l’analyse et par la mise en application. C’est tout à fait différent que d’examiner si l’élève sait me redire ce que je lui ai enseigné.

Si l’un de nous revenait à sa propre expérience scolaire, il y a fort à parier qu’on nous a appris moins à chercher nous-mêmes la notion et l’information, à raisonner, à construire du sens collaborativement avec nos camarades, à analyser, et à savoir expérimenter dans des situations nouvelles, que de nous entraîner à avoir un 16 au baccalauréat pour accéder aux meilleures études. Entrer dans un bon parcours universitaire est certes un acquis, mais pas suffisant pour y devenir excellent.

Alors si on est d’accord que cette pédagogie active, de souche socio-constructiviste, doit prendre place dans nos écoles, qui va donc en être le moteur? La réponse est très simple: c’est l’enseignant, avec les compétences qu’il peut acquérir dans les bons centres de formation.

Pour ce faire, l’enseignant doit bénéficier d’une formation adéquate et d’un accompagnement en termes de psychologie de l’enfant, de didactique moderne, de techniques d’évaluation et des soft skills nécessaires à captiver l’attention, et solliciter les intelligences multiples de l’élève.

Cap sur le métier du «nouvel enseignement»

Il est de bon augure que les deux derniers chantiers du ministère de l’Education nationale fassent la part belle à la formation des enseignants: celui des licences en éducation, et celui de la généralisation du préscolaire, inaugurés en grande pompe, respectivement en juin et en juillet de cette année. Un appel d’air inédit pour les métiers de l’enseignement. Mais le véritable défi est l’orientation des meilleurs bacheliers vers ce métier et ne pas le réserver aux choix par défaut. Personne n’y perd au change, car, s’il est régénéré dans sa pratique, l’enseignement est un métier qui permet de se réaliser, de contribuer à une grande cause nationale, mais aussi de bénéficier de très bonnes conditions matérielles et de vie sociale, qui sont aujourd’hui offertes par le secteur de l’éducation, particulièrement dans le privé.

 

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