Entreprises

Citron: La flambée des prix met à nu la précarité de la filière

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5338 Le 28/08/2018 | Partager
Un marché oublié du Plan Maroc Vert
Des variétés de petit calibre, faiblement juteuses et une production modeste
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La taille du marché du citron reste trop faible. Par conséquent, il n’attire pas les agriculteurs (Ph. Bziouat)

Depuis quelques jours, le citron est encore plus amer pour les consommateurs. Dans certains commerces, il est commercialisé entre 15 et 25 DH/kg et peut même atteindre 27 DH par endroits, soit plus cher que les pommes d’importation. Certains marchands le vendent à la pièce. Mais tout compte fait, cela revient au même prix.

Pour Ahmed Derrab, secrétaire général de l’Association des producteurs d’agrumes (Aspam), cette montée en flèche du prix du citron s’explique par «la forte demande pour cette période qui coïncide avec l’intersaison. Il est consommé comme condiment pour la soupe et le poisson». A l’inverse, le prix du citron mariné reste dans la normale car les producteurs s’étaient approvisionnés avant la hausse.

Selon les estimations de la profession, le Maroc produit entre 25.000 et 30.000 tonnes de citron par an. Ce qui n’est pas suffisant pour répondre à un pic de demande pendant Ramadan et la saison estivale. En 2017, le Maroc a exporté environ 2.000 tonnes de citron, mais cela reste insignifiant par rapport au volume d’agrumes exportés (650.000 tonnes).

L’Aspam affirme que les prix devraient revenir à la normale. La faible production s’explique par le caractère épisodique de la demande. De plus, c’est un produit qui se conserve très mal. Il doit être consommé tout de suite après sa cueillette quand il n’est pas mariné.

Pour répondre à la forte demande, certains opérateurs avaient importé du citron de Floride, aux États-Unis, et de Tunisie. A l’époque, le mois de Ramadan coïncidait avec une faible production. Mais il s’agissait de petites quantités. L’expérience n’a pas été reconduite en raison de l’absence d’une vraie clientèle pour ce fruit.

En effet, les habitudes de consommation des Marocains ont beaucoup changé, mais le citron ne ferait pas encore partie de leur assiette habituelle. Il est toujours utilisé comme condiment, mais rarement comme jus. «Au niveau des agrumes, les Marocains préfèrent la clémentine sucrée et sans pépins et la Navel, douce et charnue», explique Derrab. A l’inverse, les consommateurs des européens et nord-américains, par exemple, sont friands du citron pour son goût acidulé. D’ailleurs, en anglais, les agrumes sont appelés «citrus» (fruits acides).

Le Plan Maroc Vert n’a pas pris de mesures spécifiques pour développer la  filière. La production actuelle est composée de variétés de petit calibre, faiblement juteux. En outre, la culture du citronnier n’intéresse pas les agriculteurs car même à l’export, il est concurrencé par les variétés à fort potentiel de jus produites par l’Espagne, la Turquie ou encore la Grèce.

Or, la variété de citron cultivée au Maroc se caractérise par une peau épaisse et peu de jus. Pour définir une stratégie de production du fruit, le ministère de tutelle et les agrumiculteurs ont tenu récemment une réunion. L’objectif étant d’approvisionner le marché en quantité suffisante et d’éviter la flambée des prix. Les professionnels sont en train de dresser la liste des variétés qui devraient être encouragées. Par conséquent, des incitatifs pourraient être accordés à cette variété au détriment d’autres.

En plus de la mobilisation d’une grande surface agricole pour la culture du citron, les professionnels recommandent la variété appelée les «Quatre saisons». C’est une variété qui peut être cultivée pendant toute l’année. D’où son nom.

 

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