Analyse

Migrants saisonniers: Le calvaire des ouvrières agricoles

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5335 Le 16/08/2018 | Partager
Les femmes recrutées parce qu’elles sont «plus travailleuses et créent moins de problèmes»
Celles renvoyées par les employeurs basculent souvent dans la clandestinité
Les difficultés concernent les conditions de travail, de logement…
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Les travailleuses restent souvent à la merci de «plusieurs formes de discrimination et de domination, en raison de leur statut précaire, de leur origine et de leur sexe» (Ph. Bziouat)

Au-delà des risques d’abus sexuels, les saisonnières marocaines en Espagne souffrent d’autres problèmes, liés particulièrement aux conditions de travail. C’est ce qui ressort d’un rapport réalisé par le Conseil consultatif des Marocains résidant à l’étranger.

Dès leur arrivée dans les exploitations agricoles espagnoles, «elles participent à toutes les tâches de la campagne de fraise: mise en place des plants, entretien et épandage des pesticides, récolte, emballage, arrachage de plastiques…», peut-on lire dans ce document.

Les auteurs du rapport s’arrêtent sur les motivations de recrutement des femmes plutôt que des hommes. Les employeurs avancent que les femmes «auraient les mains plus délicates». En réalité, «elles sont plus travailleuses et créent moins de problèmes», nuance ce rapport. Le calvaire de cette catégorie d’immigrés commence à se faire sentir dès 2009.

A cette date, «certaines femmes commencent à manifester, par des grèves ou sit-in, leur colère concernant les conditions de travail et de vie dans les camps, les heures supplémentaires non payées…». Une situation compliquée par le comportement des employeurs, qui n’hésitent pas à recruter plus de travailleurs qu’ils n’en ont réellement besoin, afin d’assurer une réserve de main-d’œuvre jusqu’à la fin de la récolte, est-il indiqué.

Ceux-ci peuvent également renvoyer des saisonnières à tout moment. Ces dernières «vivent grâce à la solidarité de leurs compatriotes. Plusieurs d’entre elles affirment s’être endettées et redoutent de retourner au pays sans argent». L’opportunité d’améliorer les conditions de vie de ces ouvrières se transforme en véritable cauchemar pour certaines d’entre elles.

Ces saisonnières, renvoyées par leurs employeurs, «se retrouvent sur le territoire d’emploi sans emploi et sans indemnités de retour, alors qu’elles ont été recrutées avec un contrat en bonne et due forme». Résultat: plusieurs d’entre elles versent dans la clandestinité, avec les risques d’être exploitées par des réseaux mafieux.

Cette situation plombe les efforts des deux pays pour éviter les cas de non-retour au Maroc des femmes saisonnières, dans le taux dépassait les 90% au début des années 2000. Le renforcement du cadre juridique et des mécanismes de coordination avait permis d’inverser la tendance, avec un taux de retour de 97% à partir de 2009.

Les difficultés concernent également d’autres aspects de la vie de cette population. «Les conditions de logement sont différentes d’un camp à l’autre. Certains patrons offrent des conditions d’hébergement en dessous de toutes les normes. Il s’agit généralement de baraques en préfabriqué, éloignées de plusieurs dizaines de kilomètres des zones urbaines, et où le minimum d’hygiène n’est pas respecté», peut-on lire dans ce document.

D’autres problèmes sont également pointés par cette étude. Ils portent notamment sur la procédure de recrutement. Actuellement, «les recrutements se font en présence des syndicats espagnols, mais en l’absence des partenaires sociaux marocains».

D’où l’importance d’impliquer les syndicats dans la procédure de recrutement. Selon cette étude, le travail dans les champs se transforme rapidement en «une compétition du plus grand nombre de caisses de fraises, afin de travailler le plus de jours possibles», déplorent les rédacteurs de cette étude. Or, «la convention collective prévoit que les travailleurs sont payés au temps de travail et pas sur la base des quantités récoltées».

Comment ça marche

Les ouvrières saisonnières marocaines travaillent en Espagne selon des conditions bien définies. Il s’agit d’un contrat en CDD de 3 à 6 mois. Les salaires varient entre 34 et 37 euros/jour travaillé. Les heures de travail par journée sont fixées à 6h30, avec la possibilité d’effectuer des heures supplémentaires rémunérées. Le logement est à la charge de l’employeur. Des critères de recrutement sont également fixés. Les femmes doivent être âgées entre 18 et 45 ans. Elles doivent être mariées, veuves ou divorcées, avec des enfants de moins de 14 ans à charge. Les femmes célibataires ne sont pas admises. Idem pour les mères célibataires, selon cette étude.

Repères

  • 15.000 permis de travail délivrés aux saisonnières marocaines en Espagne cette année
  • 2009: l’Espagne a recruté 16.000 ouvrières en dépit de la crise, contre 2.299 en 2006
  • 1992: le Maroc est devenu le principal pays d’origine de la migration saisonnière en France et en Espagne
  • 360 communes rurales ciblées par les campagnes de présélection menées par l’Anapec

 

 

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