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    International

    Et si on allongeait les délais de paiement!

    Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5330 Le 07/08/2018 | Partager
    Un gisement de 33,5 milliards de dollars pour les entreprises africaines
    Des gains en matière de besoin en fonds de roulement additionnel
    L’analyse d’Euler Hermes

    Le besoin en fonds de roulement, plus couramment appelé BFR, est un indicateur très important pour les entreprises et notamment marocaines. Le défi est comment le maîtriser. Dans son étude «Let Africa Enter Its Belle Époque, laissons l’Afrique entrer dans sa belle époque», Euler Hermes a consacré toute une analyse à cette question.

    Et si les fournisseurs étrangers de biens et services accordaient un délai de paiement de 30 jours aux entreprises africaines, plutôt que de leur demander un paiement au comptant ou en avance? Selon le spécialiste mondial de l’assurance-crédit, cela libérerait 33,5 milliards de dollars de BFR additionnel pour les entreprises du continent africain en 2018. Un excédent qui pourrait par exemple être utilisé à des fins d’accroissement de productivité.

    En 2015, Euler Hermes estimait que l’octroi d’un délai de paiement de 30 jours par les fournisseurs étrangers aux entreprises africaines libérerait 40 milliards de dollars de BFR. Depuis, la donne a changé. Un choc de matières premières a touché les pays africains riches en ressources, affectant leurs revenus liés aux exportations et réduisant leur capacité à financer leurs importations. Une situation qui a conduit à une réduction de -22% des importations africaines en valeur, de 800 milliards de dollars en 2014 à 623 milliards en 2016.

    «En prenant en compte cette nouvelle situation commerciale, notre estimation passe à 33,5 milliards de dollars de BFR additionnel généré pour les entreprises africaines. Cette révision à la baisse résulte d’une réduction des importations africaines et d’une contraction des délais de paiement accordés par les fournisseurs étrangers (64% des importations africaines sont payées en avance)», explique Ludovic Subran, Chef économiste d’Euler Hermes.

    Pour les années à venir, les experts prévoient une croissance annuelle moyenne des importations africaines de +8%. Si un délai de paiement de 30 jours était accordé aux entreprises africaines sur leurs importations, le BFR additionnel généré serait alors de 45 milliards de dollars  en 2020.

    Le développement parallèle du financement commercial, facteur clé de confiance entre les agents économiques, est essentiel pour que le continent africain saisisse cette opportunité. Les montants qui seraient potentiellement libérés en cas de meilleures conditions de paiement octroyées aux entreprises africaines sont non-négligeables, et plus particulièrement pour certains pays:

    ■ Pour les pays exportateurs de pétrole (Algérie, Nigéria, Angola, Libye), un allongement des délais de paiement de 30 jours libérerait 14 milliards de dollars de BFR supplémentaire en 2018. L’Algérie gagnerait 5 milliards de dollars de BFR, soit 3% de son PIB, et la République du Congo 0,9 milliard de dollars, soit 11% de son PIB.

    ■ Les pays d’Afrique de l’Est ont également tout intérêt à voir les délais de paiement à l’import s’allonger. Au Kenya par exemple, cela libérerait 1,6 milliard de dollars en 2018 (2% du PIB), et environ le même montant en Ethiopie.

    Les gains potentiels seraient plus mesurés en valeur en Afrique de l’Ouest (0,4 milliard de dollars pour le Sénégal, 0,7 milliard de dollars en Côte d’Ivoire), mais représenteraient entre 2 et 2,5% du PIB de ces pays. Dans le sens inverse, les gains seraient plus faibles en part de PIB pour les pays les plus riches comme l’Afrique du Sud (0,4% du PIB) et le Maroc (1% du PIB).

    Ce que gagnerait le Maroc

    «Les grands acteurs sont souvent les plus mauvais payeurs, alors que les petits acteurs n’ont d’autre choix que de payer en avance ou au comptant. C’est particulièrement vrai en Afrique, où il y a un paradoxe important. Les entreprises détenues par l’Etat sont en mesure de repousser leurs paiements pendant plusieurs années, comme ce fut le cas par le passé en Angola ou en Egypte, alors que les autres entreprises n’ont pas ce luxe», indique Stéphane Colliac, économiste en charge de l’Afrique chez Euler Hermes. «Par exemple, au Maroc, les grandes entreprises ont un délai moyen de paiement de 84 jours, alors que 30% des transactions impliquant des petites entreprises sont toujours payées au comptant», dit-il. (Voir aussi l’article sur les «Délais de paiement: La situation toujours critique au Maroc» et l’entretien «Délais de paiement: Coût, complexité des procédures juridiques…», dans notre édition N° 5266 du 07/05/2018).

     

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