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    Analyse

    Accord de pêche Maroc-UE: 100.000 tonnes contre 52,2 millions d’euros

    Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5330 Le 07/08/2018 | Partager
    Débarquement obligatoire du quart des captures de la flotte européenne
    94% de pélagiques et le reste en thonidés et poisson blanc
    Forte hausse de l’appui à la stratégie sectorielle
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    La flotte européenne a été réduite à 128 unités contre 137 dans l’accord précédent. Son contrôle  sera également renforcé avec la présence à bord d’observateurs et inspecteurs marocains. Sans oublier l’aggravation des pénalités, en cas de non-respect de la clause des débarquements obligatoires. Celles-ci passent de 5 à 15% de la valeur des captures (Ph. L’Economiste)

    Le Maroc a-t-il réellement bradé son «patrimoine» halieutique en permettant l’exploitation par la flotte européenne «d’une étendue de 200.000 miles pour la modique somme de 50 millions d’euros»?. La question mérite d’être replacée dans son véritable contexte.

    Car, de l’avis de nombreux observateurs, il s’agit d’abord d’une véritable victoire diplomatique dans la mesure où l’accord couvre désormais l’ensemble du littoral atlantique du cap Spartel au cap Blanc. Ensuite, le pays réalise des gains socio-économiques sur plusieurs tableaux.

    Sans, toutefois, autoriser une hausse significative des captures. Tout au plus, le nouveau protocole de pêche permettra à un maximum de 128 navires européens d’exploiter un volume de pêche annuel moyen de près de 100.000 tonnes dont 94.000 tonnes de petits pélagiques au lieu de 83.000 dans le précédent protocole.

    Selon le département de la Pêche, les captures à venir des navires européens ne représenteront que 7% du volume annuel pêché par la flotte nationale qui avoisine 1,4 million de tonnes.

    De même, les espèces autorisées à la pêche sont limitées (petits pélagiques, thonidés et certaines espèces de poisson blanc) et excluent des familles entières telles que les céphalopodes et les crustacés qui ont une valeur commerciale plus élevée et qui continueront d’être exclusivement pêchées par les navires marocains.

    Ces indications reflètent, bien évidemment, les termes du protocole paraphé tout récemment à Rabat. Il précise que «seules les ressources halieutiques non exploitées par la flotte marocaine et présentant un surplus font l’objet de l’accord».
    En ce qui concerne, «l’étendue  de pêche», le protocole prévoit des zones  précises en Atlantique et non sur toute la façade atlantique. Excepté les thonidés, dont la zone de pêche effective est située entre Las Palmas et le Maroc, les autres espèces sont circonscrites géographiquement (de Tanger à Kénitra au Nord et de Sidi Ifni à Lagouira au Sud). De même, le nouvel accord exclut la pêche en mer Méditerranée et limite les interactions entre les flottes marocaines et européennes.

    Quant à la préservation de la richesse halieutique, le nouvel accord renforce les systèmes de suivi et d’observation de la flotte européenne dans le cadre d’une gestion durable des ressources. D’aucuns estiment que  la préservation de la ressource implique l’absence de pêche alors qu’il est démontré qu’il est possible de pêcher tant que les pêcheries font l’objet d’une gestion durable. Sans oublier que la ressource n’est nullement bradée.

    Conclu pour une durée de 4 ans, l’accord prévoit une contrepartie financière annuelle moyenne de 52,2 millions d’euros pour l’exploitation d’un volume annuel moyen  de 100.000 tonnes, soit environ 523 euros la tonne. L’enveloppe enregistre également une hausse de 13% par rapport au protocole échu.

    Pour accéder à ces mêmes ressources, les navires de pêche marocains ne doivent s’acquitter que de droits de licence, tandis que la flotte européenne devrait régler en plus des redevances en fonction des capacités de pêche sans compter la contrepartie financière au titre de l’accès et de l’appui sectoriel qui est versées par l’UE.

    La contrepartie au titre de l’appui sectoriel, qui finance des projets de la politique nationale du secteur de la pêche, enregistre une hausse de 39% en passant de 14 millions d’euros à une moyenne annuelle de 19,4 millions.

    Par ailleurs, les retombées pour le Maroc ne doivent pas se limiter à la seule composante financière. En effet, l’accord prévoit l’embarquement de 487 marins marocains à bord des navires européens (contre 444 précédemment) ainsi que l’obligation de débarquement au Maroc d’une partie des captures pour contribuer à la dynamisation de l’industrie des pêches et du marché local.

    En définitive, le nouvel accord de pêche s’annonce équilibré et s’insère dans l’optique d’une gestion durable des ressources. Il est aussi plus profitable financièrement pour le Maroc.

    Droit de regard

    Concernant le droit de regard et de contrôle de l’UE sur les retombées socio-économiques de l’enveloppe financière, le nouvel accord prévoit que «les parties examinent la répartition des avantages socio-économiques dans l’intérêt des populations concernées». A ce titre, le Maroc fixera la méthode de répartition et la programmation des projets à financer  par la compensation financière sur la base des priorités identifiées en termes de développement d’infrastructures, de services sociaux et de modernisation du secteur de la pêche. La partie européenne sera associée à cet exercice, mais cela n’aliène en rien la souveraineté nationale.

    Les gains par rapport à l’accord échu

     

    • Réduction du nombre maximum de navires autorisés: 128 contre 137.  
    •  Hausse de 32% de la compensation financière annuelle: 52,2 millions d’euros contre 39,5 millions.
    • Maintien des débarquements obligatoires: 25% des captures totales estimées. Avec aggravation des pénalités à payer par les navires européens en cas de non-respect de la clause: 15% au lieu de 5%.
    • Le nombre de marins marocains employés par la flotte européenne  passe de 400 à 487
    • Exclusion, dans les protocoles, de la pêche des céphalopodes et crustacés qui restent exclusivement alloués à la flotte nationale
    • Hausse de l’enveloppe financière dédiée à l’appui sectoriel qui passe de 14 millions d’euros  à 19,4 millions, soit une forte augmentation de 44%.

                                                                                          

    Retombées de l’accord sur la stratégie Halieutis

    Avec une enveloppe dédiée à l’appui sectoriel qui passe de 14 millions d’euros (protocole échu) à 19,4 millions en moyenne dans le cadre du nouveau protocole, le département de la Pêche maritime poursuivra le développement et la modernisation du secteur au Maroc. Les projets devant être financés dans le cadre du nouveau protocole sont en cours de définition par le département.

    A titre d’exemple, le précédent protocole a dégagé un investissement global de 56 millions d’euros en tant qu’appui sectoriel. Environ 44% ont été destinés à la réalisation d’infrastructures de pêche et de commercialisation, 20%  alloués à la recherche halieutique et 21% à l’acquisition de matériels et équipements (tunnels de lavage des contenants normalisés, matériel de manutention, matériel de production d’énergie photovoltaïque dans des villages de pêcheurs…). Le reste a profité (8%) à l’aquaculture.

    Les projets de recherche ont principalement concerné la réalisation de campagnes de prospection halieutique et d’évaluation des ressources littorales, ce qui a permis d’élaborer de nouveaux plans d’aménagement et de renforcer ceux existants.

     

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