Economie

L’irrigation économe, pilier de la «méga-région agricole» des Doukkala

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5327 Le 02/08/2018 | Partager
Avec une première tranche, la zone des Doukkala double le revenu de ses agriculteurs
Introduction et extension des cultures maraîchères au profit de 3.550 bénéficiaires
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La zone des Doukkala produit annuellement 235.000 tonnes de sucre. Elle contribue ainsi pour le ¼ des besoins de consommation du pays. Sur les trois dernières années, cette production a augmenté en moyenne de 6 à 10% (Ph. DRA de Casablanca-Settat)

La région de Casablanca-Settat est en phase de réaliser un véritable changement de sa cartographie agricole. En particulier, la zone des Doukkala. Autrefois réputée pour la production des céréales, pastèque et potiron, elle a opéré depuis une décennie une large diversification sur les maraîchages, l’arboriculture fruitière et les oléagineux.

Entre temps, les cultures sucrières, la production des viandes rouges et blanches et les produits laitiers ont gagné en productivité ces dernières années.  Rien qu’en ce qui concerne le maraîchage, la région assure actuellement une production de 565.000 tonnes sur une superficie de 37.000 hectares. Avec à la clé l’introduction toute récente des cultures sous serre (tomate et concombre). 

En somme, c’est une «méga-région agricole» qui émerge. La recette tient bien évidemment à l’accompagnement des agriculteurs en termes d’encadrement et d’aides de l’Etat. Et l’essentiel des subventions va aux projets d’irrigation aussi bien collectifs qu’individuels. «L’objectif étant de mieux valoriser la ressource hydrique», souligne Abderrahmane Naili, directeur régional de l’Agriculture. Ceci, via l’utilisation rationnelle d’eau d’irrigation.

En s’appuyant sur les techniques modernes de mobilisation et le choix des cultures rentables. Car, malgré l’importance du potentiel mobilisable, la région n’est pas moins confrontée au risque du stress hydrique vu les besoins des différents secteurs (industrie, tourisme et agriculture).

Pour preuve, la campagne agricole qui vient de s’achever, bien qu’elle soit soldée par un cumul pluviométrique de l’ordre de 400 mm, a accusé une baisse de 6% de la réserve du complexe Al Massira-Hansali. Du coup, la dotation  d’eau  allouée au périmètre irrigué a été réduite de 21% à 504 mm au lieu de 640 mm la campagne précédente.

Au total, la région concentre  un périmètre irrigué de 146.000 ha et deux barrages d’une capacité théorique de 3,5 milliards de mètres cubes. S’ajoute également l’irrigation à partir de la nappe phréatique.

Le  Plan agricole régional porte sur 266 projets dont 74 relevant de l’agriculture solidaire, 117 orientés  agriculture productiviste et 15 projets d’ordre transversal. Le tout moyennant un investissement de près de 18 milliards de DH au profit de 359.800 agriculteurs. La maîtrise de l’irrigation y tient une position centrale.

Inscrit dans le Programme national d’économie d’eau d’irrigation (PNEEI) portant sur 550.000 ha, le Plan agricole régional des Doukkala prévoit la reconversion en irrigation localisée de 77.000 ha, soit 15% des superficies. Il est  réparti en 37.500 ha en projets individuels et 39.500 ha collectifs.

Ces derniers projets relèvent d’une action volontariste de l’Etat consistant en une adaptation des équipements d’irrigation existants ou en cours d’être mis en place pour permettre aux agriculteurs bénéficiaires d’adopter l’irrigation localisée.  «Il s’agit d’un mode d’irrigation moderne  à la demande et offrant aux usagers une grande souplesse de gestion des eaux allouées à leurs parcelles», explique Naili.

Lancé depuis 2011 au niveau du périmètre irrigué des Doukkala, ce projet est en passe de connaître  la réalisation d’une première tranche s’étendant sur une superficie de 10.700 ha. Elle est déclinée en 5 secteurs bénéficiant à 3.550  agriculteurs. L’investissement a atteint 795 millions de DH entièrement financé par des prêts de la  Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. La subvention représente 100% pour les agriculteurs disposant de moins de 5 ha. Au-delà, l’aide de l’Etat représente 80% du coût global.

Le premier secteur ayant été équipé et mis en eau depuis deux campagnes agricoles s’étend sur une superficie de 2.400 ha. Installé  dans la zone de Tnine Gharbia , «le projet constitue une référence à l’échelle nationale de par le fait qu’il fut le premier secteur d’une telle taille à être reconverti en totalité», se félicite un agriculteur de la région.

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La région de Casablanca-Settat dispose d’une superficie agricole utile de 1,4 million d’hectares (66% de la superficie totale) dont 146.000 ha irrigués: 13%. Elle abrite une population de 6,9 millions (20% du Maroc) dont 1,8 million rurale (26%). Le nombre d’exploitations agricoles dans la région est de 184.000.   La région contribue d’une façon substantielle à la production agricole nationale: 40% de la betterave à sucre, 45% des viandes blanches, 24% de la  production laitière. Pour les céréales, elle en assure 25%. Sa contribution pour ce qui est des viandes rouges atteint 18% de la production nationale. En termes de production, la région produit annuellement 235.000 tonnes de sucre, 635 millions de litres de lait, 78.000 tonnes de viandes rouges et 363.000 tonnes de viandes blanches.
Tous secteurs confondus, la région contribue à hauteur de  32 % du PIB national et environ 15,8% du PIB agricole. Elle dispose d’importantes infrastructures (aéroport, ports, autoroutes, potentiel agricole, périmètre irrigué, zones industrielles…).

Sa réalisation résulte d’une mobilisation conjointe des services du ministère de l’Agriculture et de l’Association des usagers de l’eau. L’installation des équipements et tous les travaux  ont été réalisés par des entreprises privées.
Les résultats n’ont pas tardé à être au rendez-vous. Tout d’abord au niveau de l’amélioration du service de l’eau. Ensuite, en ce qui concerne l’intensification des cultures. Le taux ayant passé de 80 à 140%, suite à la pratique de cultures plus rentables comme les maraîchages qui y ont été introduits pour la première fois. Et l’indicateur de productivité de l’eau a explosé de  160%.

Les rendements céréaliers ont également augmenté de moitié. Du coup, la valorisation de l’eau a permis une amélioration des revenus des agriculteurs estimée à 130%.

Ce programme de reconversion des systèmes d’irrigation jugé attractif et auquel les agriculteurs de la région accordent un grand intérêt se poursuit actuellement  au niveau des autres secteurs programmés et les travaux sont en phase d’achèvement sur 8.300 ha.

Parallèlement aux travaux d’équipement et de mise en eau des secteurs, un appui et un encadrement  sont apportés au profit des agriculteurs leur permettant de renforcer leurs connaissances en vue de s’adapter aux nouvelles techniques.

Par ailleurs, il est à noter qu’au titre de la deuxième tranche, ce  programme  sera renforcé par la reconversion des systèmes d’irrigation (gravitaire et par aspersion) sur une superficie supplémentaire de 22.200 ha répartie en six secteurs. Lancé l’année dernière, il devrait bénéficier à 7.980  agriculteurs.

Parallèlement au programme de reconversion collective, les agriculteurs continuent de réaliser eux-mêmes des projets de reconversion individuels avec le soutien de l’Etat. A l’horizon 2023, il est prévu d’irriguer 50.000 ha par goutte-à-goutte dans le périmètre des Doukkala et partant d’augmenter  la production agricole, notamment en sucre, lait et maraîchage.

                                                                                     

Les résultats attendus

Parmi les impacts du projet d’irrigation par goutte-à-goutte (à court et à moyen terme), plusieurs résultats sont attendus. En tête, l’amélioration de l’efficience de l’irrigation de 50 à 90%. La reconversion en irrigation localisée vise aussi une meilleure valorisation, une économie de l’eau  et l’amélioration du service  rendu aux usagers: économie de 30% d’eau d’irrigation.

De même, il est ciblé l’accroissement de la valeur de production à 20.000 DH/ha. Sans oublier la création d’emplois additionnels dont le nombre est estimé à 30.000 journées de travail par an.

A court et à moyen terme, le projet  permettra la réalisation d’une valeur ajoutée additionnelle nette de 160 millions de DH par an. Car, il permettra une plus grande intensification des cultures,  une réduction des charges de l'irrigation et des intrants à travers l’utilisation économe de l’eau combinée aux fertilisants.

L’accompagnement des agriculteurs permettrait aussi  un meilleur accès aux technologies, aux financements et aux marchés à travers des contrats de partenariat. Au final, il est attendu une participation concrète à la sauvegarde de l’environnement via la réduction de la pression sur les ressources  souterraines.

Pour les agriculteurs, le programme de reconversion et de développement de l’irrigation économe d’eau est une garantie contre la raréfaction des ressources hydriques qui constitue un réel obstacle à l'activité agricole.

De plus, l’économie de l’eau constitue un levier déterminant pour concrétiser les objectifs d’amélioration de l’efficience de l’irrigation dans la région à travers la modernisation des systèmes d’irrigation et de la technicité des agriculteurs.

A l’instar du Programme national d’économie d’eau, le Plan régional s’appuie sur trois composantes. La première consiste à améliorer le service de gestion adapté aux exigences de l’irrigation localisée. Ceci se matérialise par la construction ou l’adaptation de réseaux de conduites sous pression et la mise en place de prises d’eau individuelles équipées de compteurs, d’organes de régulation et de matériels de filtration secondaire pour assurer la fourniture de l’eau à la demande selon un quota annuel. Les parcelles sont équipées de bornes  individuelles pour assurer un comptage aux agriculteurs. Un outil d’incitation à l’économie d’eau pour les agriculteurs.

La seconde tient à l’appui aux agriculteurs pour un meilleur accès à la technologie, au financement et aux marchés à travers la promotion du processus de l’agrégation et le renforcement des capacités techniques et de gestion des agriculteurs. Enfin le dernier volet consiste en un appui aux agences d’exécution pour la gestion et le suivi du projet.

 

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