Tribune

Que faire face à la Chine?

Par Gabriel BANON | Edition N°:5321 Le 24/07/2018 | Partager

Gabriel BANON, ingénieur civil, économiste et expert en géopolitique, a développé une double carrière, en politique et en tant que patron d’entreprises industrielles. Conseiller économique de différents chefs d’Etat, il fut appelé dès le début du processus de paix au Moyen-Orient auprès du président Yasser Arafat (1994-2004). Chroniqueur  sur Atlantic Radio, conférencier, consultant international, il a été élu, «Géopoliticien de l’année 2003», par un panel de journalistes spécialisés à Genève. Gabriel Banon a publié 6 livres. Le 7e un manuel de géopolitique vient juste de sortir  (Ph. L’Economiste)

Pendant que Donald Trump «amuse» son monde avec ses annonces tonitruantes, la Chine continue de tisser sa toile et construit, pas à pas, sa suprématie mondiale dans tous les domaines. Prochain successeur à l’hégémonie américaine, on assiste à une extraordinaire montée en puissance industrielle, commerciale et militaire de la Chine.
Pour ne citer qu’elles, deux farces ont été jouées ces dernières semaines: le sommet du G7 au Canada ces 8 et 9 juin derniers et le sommet USA-Russie à la mi-juillet. 
Pourtant, une tragédie se joue en même temps, nullement médiatisée, mais lourde de conséquences: Face à la Chine triomphante, les Occidentaux se trouvent désemparés. Former une coalition ou se soumettre en limitant les dégâts. Faut-il s’allier à la Chine triomphante ou faire front. Voilà le dilemme posé aux anciens maîtres du monde. 

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La puissance militaire chinoise (à jour à fin-2017). En fait, la puissance militaire de Pékin n’est qu’un élément de sa puissance. La Chine a surtout un solide socle idéologique et culturel, pour qui le bien de la communauté passe avant celui de l’individu. Pendant ce temps Trump amuse la galerie (AFP)

Trump désarme ses alliés

Le monde occidental va-t-il pouvoir contenir les prétentions hégémoniques de Pékin? Ce qu’il faut retenir du dernier G7 en juin 2018, ce n’est pas l’inaptitude de Donald Trump à toute diplomatie multilatérale, pas plus que la colère froide d’Angéla Merkel, mais l’incapacité des dirigeants occidentaux à construire une stratégie géopolitique face aux défis qui se posent à eux . Ces défis ont pour nom: Donald Trump,  Vladimir Poutine et plus urgemment la Chine.
La dernière trouvaille du Président américain, la création d’une armée américaine de l’espace, détruit un consensus jusque-là respecté, où l’espace est une affaire de coopération internationale. C’est le premier jalon, vers la guerre des étoiles et le top donné à une nouvelle course aux armes. La Chine, encore elle, a déjà par le passé, démontré qu’elle maîtrise la technique de destruction des satellites. 
Xi jinping, le nouvel empereur chinois, a promis à ses concitoyens qu’il allait faire de la Chine la première puissance du monde, une douce revanche sur les humiliations endurées sous le joug des puissances étrangères, tout au long du XIXe siècle. 
La Chine dispose  d’un solide socle idéologique et culturel, pour qui le bien de la communauté passe avant celui de l’individu.


L’Europe esclave de ses principes

Nombreux sont les problèmes passés sous silence lors du dernier G7: les rapports belliqueux Ukraine/Russie, l’identité Kurde au Moyen-Orient, l’Iran et son retour chaotique dans le concert des Nations,  l’impasse israélo-palestinienne, l’explosion

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démographique en Afrique noire et l’impuissance du reste du monde devant la déferlante chinoise. La concurrence déloyale de la Chine aurait dû être le grand dossier de ce G7. Il ne l’a pas été, laissant Donald Trump détourner nos regards de la marche forcée de la Chine vers le podium suprême.
Obsédés par la crise ukrainienne, dont ils sont responsables pour partie, les Occidentaux n’ont pas suivi les Etats-Unis et l’Italie dans leur souhait de voir la Russie de retour au G7.  Pourtant, quel intérêt ont les Européens à jeter Moscou dans les bras de Pékin?  C’est un mystère que mêmes les intéressés n’expliquent pas. 
Tant que les Européens resteront esclaves des grands principes, aucun d’eux ne pourra prétendre porter une stratégie géopolitique efficace.

 

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