Analyse

Industrie du papier: Les derniers rescapés de la filière

Par Nadia DREF | Edition N°:5321 Le 24/07/2018 | Partager
Dix fabricants ont fermé au cours de la décennie
Cinq entreprises résistent encore à la conjoncture
Fusion, innovation, diversification… des pistes pour survivre
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Malgré la détérioration de la branche papier, le marché reste encore porteur. Les producteurs peuvent tirer profit de la demande des entreprises, des efforts d’alphabétisation et du développement de la grande distribution

Concurrence, manque d’innovation, consommation stagnante, production énergivore et moins efficiente… L’industrie du papier bat de l’aile. Dix entreprises ont mis la clé sous le paillasson ces dernières années entraînant la perte de près de 2.500 emplois. «Deux entreprises sur les cinq restantes agonisent», alerte Jalil Benddane, président de l’Association des fabricants de cahier au Maroc. Parmi les opérateurs, encore en activité, figurent Mapaf, Imprimerie Moderne, Promograph, Sopalem, et Med Paper. Ils réalisent 95% de leur chiffre d’affaires durant la rentrée scolaire (entre août et octobre).
Les producteurs pointent du doigt les importations massives en provenance de la Tunisie qui les concurrencent déloyalement. D’ailleurs, le différend a été porté devant l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). (Voir aussi article page 5).  La consommation moyenne de cahiers scolaires s’élève à 21.000 tonnes dont le tiers absorbé par les importations tunisiennes. S’y ajoutent des importations d’Espagne et du Portugal mais qui restent minimes. La consommation de papier et carton reste faible au Maroc. Elle s’établissait à 15 kg/ hab en 2013 contre 313 kg/hab pour la Belgique, 254 kg/hab pour l’Allemagne et 241 pour l’Autriche. Côté investissement, c’est l’accalmie en attendant des jours meilleurs. Après un arrêt de production, les fabricants de papier ont relancé la machine depuis 2009. 
Les investissements réalisés durant les dix dernières années ont totalisé 270 millions de DH. «Nous avons investi pour avoir une taille critique face aux Tunisiens qui inondaient le marché. Or il s’est avéré au fil du temps que nous perdions de plus en plus d’argent et que les prix continuent à fléchir», explique Jalil Benddane, président de l’Association des fabricants du cahier et directeur général de Mapaf. Et d’ajouter: «J’espère que nous allons tenir le coup».
Il faut admettre que dans cette crise, les entreprises ont également leur part de responsabilité. Il y a un manque criant d’innovation et de diversification. Le cahier scolaire représente 95% du chiffre d’affaires du secteur. Un effort devrait être consenti par les acteurs pour monter en compétitivité afin de pouvoir faire face à l’ouverture totale des frontières. Les opérateurs devront également se recentrer sur des métiers à plus forte valeur ajoutée. Certes quelques entreprises ont développé de nouveaux produits mais l’offre reste insuffisante. 
Dans une note d’information, Med Paper, société cotée en Bourse issue d’une fusion entre Safripac et Papelera de Tetuan, préconise plusieurs mesures pour relancer la machine. Parmi les pistes, la réduction des effectifs et la formation d’un capital humain spécialisé afin d’améliorer la productivité. S’y ajoute la modernisation et l’automatisation de l’outil de production ainsi qu’une utilisation de technologies performantes afin de réaliser des économies d’échelle. Il est également recommandé le recours à des techniques de production moins énergétivores et plus efficientes, compte tenu du renchérissement des prix de l’énergie. Le développement de la filière passera également par la multiplication des mouvements de rapprochements et de partenariats visant l’optimisation de la taille de l’industrie marocaine du papier et carton.

Contrôle qualité 

Les producteurs marocains importent la totalité de la matière première d’Europe depuis la fermeture de Cellulose du Maroc. Les produits sont fabriqués à base de pâte vierge de cellulose ou à partir de papiers recyclés. Les opérateurs proposent autant le blanc que les couleurs en divers grammages. 
Tout au long de la chaîne, un contrôle total du processus de fabrication est effectué. A titre d’exemple, Med Paper adopte des scanners permettant le contrôle en continu des caractéristiques du papier (grammage, pelliculage entre autres) qui sont installés sur les machines à papier. S’y ajoute un laboratoire pour faire le suivi et garder la traçabilité des produits fabriqués. «Des contrôles qualité rigoureux sont réalisés à tous les stades de fabrication depuis la réception de la matière première ainsi que la transformation jusqu’à la livraison au client», précise le management. Plusieurs produits sont proposés: bobines, rouleaux, formats (rames et mi-rames, selon la demande), ramettes (A3, A4 et A5), chemises (mifin et dossier), cahiers et registres, carnets, bloc-notes, enveloppes, bloc cube…

 

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