Analyse

Assurance auto: La panne d'innovation sur les tarifs

Par Franck FAGNON | Edition N°:5315 Le 16/07/2018 | Partager
Les critères de tarification de la responsabilité civile sont dépassés
La branche automobile serait de moins en moins rentable
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Les primes de la responsabilité civile représentent plus de 80% du chiffre d'affaires de la branche automobile. Les critères de tarification sont dépassés et ne permettent pas de construire des prix adaptés à chaque profil

Les bonnes performances de l'assurance ces dernières années masquent des situations variées selon les branches. Jusqu'ici très porteuse, l'assurance automobile commence à inquiéter la profession. Le ratio combiné moyen (coûts/prime) se situerait entre 96 et 97% et la tendance est à la hausse. Des compagnies sont déjà à 100% ou au-delà, c'est-à-dire qu'elles ne gagnent plus d'argent sur ce créneau. La dégradation de cet indicateur de performance est la raison derrière l'étude sur les sinistres matériels. Les assureurs ont deux options pour améliorer leur rentabilité: réduire les sinistres ou augmenter les tarifs. Plusieurs compagnies ont déjà prévu des hausses de prix et des franchises. «Si une revue des franchises venait à être effectuée par certaines compagnies, elle serait avant tout une mesure qui, combinée à d’autres solutions que le secteur met en place, contribue à réduire la fréquence des sinistres en moralisant le comportement du conducteur, évitant ainsi d’agir directement sur le levier tarifaire», confie Abderrahim Dbich, directeur général adjoint des politiques techniques à AXA.

Les assureurs ont beaucoup investi dans l'amélioration de l'expérience client en perfectionnant le dispositif de gestion des sinistres et en réduisant les délais d'indemnisation. En outre, la concurrence est rude sur les garanties annexes. En revanche, sur la prime de responsabilité civile, le marché est resté figé. Les critères de construction du prix sont toujours liés à l’usage du véhicule, la puissance fiscale, le type de combustion… Les caractéristiques du conducteur ou encore la zone de conduite par exemple sont ignorées, empêchant la mise en place de tarifs personnalisés.

«Les tarifs de la responsabilité civile automobile ont été libéralisés depuis quelques années, mais il n’en demeure pas moins que les critères de détermination des primes de cette catégorie d’assurance restent très encadrés par la réglementation», rappelle Dbich. «L'expérience sur d'autres marchés a démontré que le basculement n'est pas sans heurt pour les compagnies qui ne disposeraient pas d’une base de données riche et fiable. Le secteur s'est inscrit dans une démarche progressive afin de s'assurer que le modèle qui pourrait émerger en concertation avec le régulateur ne mettra pas en péril les engagements vis-à-vis des assurés», ajoute-t-il. Les assureurs discutent avec le régulateur (l'Acaps) pour élargir les critères de tarification. En attendant, les tarifs de la responsabilité civile n'ont pas bougé depuis 1999, soutiennent les assureurs.  

Les investissements dans le digital devraient aussi accélérer la sortie de ce modèle désuet. Cela suppose aussi que l'écosystème effectue les mêmes efforts en matière de dématérialisation des services. «Pour ne pas alourdir la distribution de ces produits d’assurance, le recueil d’information à la fois sur les véhicules et les automobilistes serait plus efficace s’il s’intégrait dans un système de digitalisation plus global pour le secteur», note l’assureur. Sur les garanties dommages, des modèles de segmentation émergent. «Certaines compagnies ont mis en place des modèles de segmentation sophistiqués pour les garanties dommages, prenant en compte plusieurs caractéristiques liées aux véhicules et aux assurés dont l’objectif est de lier directement le tarif au comportement de conduite en vue de favoriser la conduite responsable», avance le dirigeant d'AXA.

 

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