International

Guerre commerciale/USA: Les risques de représailles sont réels

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5308 Le 05/07/2018 | Partager
UE, Chine… mise en garde sur les conséquences
Jean-Claude Juncker fin juillet à Washington
L’analyse d’Euler Hermes
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La Commission européenne prévient les USA que «s'ils mettaient à exécution leurs menaces d'imposer des taxes douanières sur les automobiles étrangères, l'économie américaine serait la première touchée»

L'UE a mis en garde Washington contre les conséquences d'éventuelles taxes américaines sur les importations de voitures étrangères. L’Union a été accusée par le président américain Donald Trump d'être aussi néfaste commercialement pour les Etats-Unis que la Chine.

Dans une lettre adressée aux autorités américaines, Bruxelles estime que les Etats-Unis risquent des représailles de leurs partenaires commerciaux. Lesquelles pourraient toucher jusqu'à 294 milliards de dollars de produits américains (soit 19% des exportations américaines en 2017).

«Sur ces 294 milliards de dollars de produits américains, 58 milliards de dollars concernent des produits vendus dans l'UE», a précisé un porte-parole de la Commission, Daniel Rosario. L'exécutif européen souligne également que les constructeurs automobiles européens apportent une contribution importante à l'économie américaine et qu'ils y sont bien établis.

En 2017, les entreprises de l'UE, basées aux USA, ont produit près de 2,9 millions d'automobiles, ce qui représente 26% de la production totale des Etats-Unis. Ces entreprises soutiennent 120.000 emplois directs et indirects dans les usines américaines à travers le pays.

A maintes reprises, le président américain a évoqué la possibilité d'imposer des taxes, qui viseraient notamment l'Allemagne, pour protéger l'industrie automobile américaine.

Cette lettre survient dans un contexte de relations commerciales de plus en plus tendues entre les USA et l'UE. Et ce, après la décision de Donald Trump d'imposer le 1er juin des taxes de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium aux produits exportés par la plupart des pays du monde, dont certains de leurs alliés, aux Etats-Unis.
L'UE avait répliqué quelque vingt jours plus tard en mettant en œuvre des droits de douane additionnels imposés en Europe sur des dizaines de produits américains.

Pour calmer les esprits, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, doit se rendre d'ici fin juillet à Washington. Le but est de présenter le point de vue des Européens à Trump. Il sera accompagné de la Commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström.

China Mobile, ZTE…

Invoquant des inquiétudes pour la sécurité nationale, le département américain du Commerce a recommandé de rejeter la demande présentée il y a sept ans par China Mobile pour entrer sur le marché américain. Une décision dénoncée par Pékin. En juin, l'administration Trump avait opéré un revirement et préservé in extremis le géant chinois des télécommunications ZTE de sanctions américaines imposées en avril qui ont mené ce groupe au bord de la faillite. Des droits de douane américains infligés à des produits chinois représentant des milliards de dollars doivent entrer en application le vendredi 6 juillet. La Chine a promis de riposter.

                                                           

Exportations européennes: La vague protectionniste menace

Euler Hermes a analysé l’impact potentiel des menaces protectionnistes américaines sur les exportations européennes. En 2017, ces exportations vers les Etats-Unis ont progressé de 3% et s’élevaient à 370,8 milliards d’euros (7% du total des exportations européennes).

Mais dans un contexte de renforcement de la rhétorique protectionniste américaine, comment se terminera l’année 2018 pour les exportateurs européens? D’après les experts d’Euler Hermes, l’an passé, l’automobile figurait parmi les secteurs européens qui exportaient le plus vers les Etats-Unis (48 milliards d’euros), avec les machines et équipements (66,3 milliards d’euros) et la pharmacie (47,4 milliards d’euros). Mais alors que la hausse des tarifs américains sur l’acier et l’aluminium est entrée en vigueur début juin, des mesures de rétorsion européennes ont été appliquées il y a quelques jours.

Et pour répondre à ces représailles de l’UE, le président Donald Trump parle d’augmenter les tarifs à l’importation sur les voitures européennes à 20%. Le marché américain représentant près de 11% du total des exportations de voitures européennes, faut-il s’inquiéter de cette menace?

«Nous estimons qu’une telle hausse des taxes américaines générerait un manque à gagner d’environ -10 milliards d’euros pour l’industrie automobile européenne l’année suivant la mise en place des nouveaux tarifs, soit 1,5% du total des exportations européennes de véhicules», indique Ana Boata, économiste en charge de l’Europe chez Euler Hermes. L’impact global paraît limité, mais certains pays seront particulièrement affectés.

Parmi eux il y a l’Allemagne (-4,7 milliards d’euros de manque à gagner), le Royaume-Uni (-1,8 milliard d’euros), et l’Italie (-1 milliard d’euros). La France, quant à elle, devrait être moins pénalisée (0,35 milliard d’euros) que ses voisins.

«Avec cette hausse de taxes, le coût moyen d’une voiture européenne importée aux Etats-Unis devrait augmenter d’environ 6.500 euros. Cela se traduirait également par 270.000 voitures européennes de moins exportées vers les Etats-Unis en 2018», souligne pour sa part Maxime Lemerle, responsable des études sectorielles chez Euler Hermes. Pour comparaison, 1,15 million de voitures européennes ont été exportées vers les USA l’an passé.

 

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