×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Competences & rh

    «La RSE n’est plus un luxe, mais une nécessité»

    Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5307 Le 04/07/2018 | Partager
    La finance responsable entre dans les mœurs
    Investisseurs institutionnels, actionnaires, agences de notation... plus engagés
    Du côté des écoles, les formations sont encore rudimentaires
    tarik_el_malki_007.jpg

     «La RSE peut être déployée au sein de l’entreprise, à travers plusieurs outils tels que le référentiel des normes ISO (9000, 14000, 26000), le reporting (rapports RSE…)», explique Tarik El Malki, directeur du développement et de la recherche scientifique et président de l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises du Maroc (Orsem) (Ph. L’Economiste)

    - L’Economiste: Pourquoi avoir choisi la «Finance responsable et entrepreneuriat social» comme thématique cette année ?
     - Tarik El Malki:
    En 2006, sous l’impulsion de Kofi Annan, les Nations Unies ont mis en avant les principes pour l’investissement responsable, exhortant les financiers (fonds de placement, fonds mutuels, etc.) à intégrer des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), dans la sélection des entreprises dans lesquelles ils investissent. Les prêteurs ont ensuite mis en avant, petit à petit, les «Principes Équateur», principes qui balisent le comportement des emprunteurs et qui, en cas d’irrégularités, telles que la corruption pour l’obtention de marchés… peuvent se voir retirer le prêt. Cet engouement pour une finance plus responsable, plus respectueuse des enjeux ESG a progressivement gagné les marchés financiers pour émerger en tant que finance «mainstream».

    - Cela a-t-il véritablement changé la donne?
    - Craignant les impacts de boycott ou ceux d’une détérioration de l’image et de la réputation de l’entreprise, les dirigeants prennent conscience qu’à défaut de parler de RSE, ne pas la considérer dans la stratégie peut induire des risques extra-financiers. Ces derniers peuvent se traduire par des pertes de revenus ou des coûts de financement accrus. Plusieurs changements ont alors vu le jour, comme l’implication croissante des investisseurs institutionnels dans les résolutions déposées pour dialogue ou pour vote dans les assemblées annuelles des actionnaires. Désormais, adhérer aux Principes pour l’investissement responsable (PRI) signifie un engagement actionnarial sur les enjeux ESG. Peu présents dans ce mécanisme de régulation des entreprises, les investisseurs institutionnels signataires des PRI deviennent plus actifs sous la pression de leurs bénéficiaires ou des autres parties prenantes.

    - Les agences de notation sont également entrées en scène…
    - En effet, toute une industrie entourant la gestion de l’investissement responsable s’est structurée: agences de notation sociale et environnementale des entreprises, les certifications et divers labels environnementaux ou sociaux, ou les agences permettant d’orienter le vote des investisseurs institutionnels dans les AG des actionnaires. La croissance rapide de ce marché, combinée à une couverture médiatique plus grande, soulève la question des enjeux réels de cette vague RSE ou RSO. Cette mutation du marché financier, qu’elle soit considérée comme un élément catalysant, découlant ou concomitant aux changements du comportement des consommateurs, de la stratégie des entreprises, de la gestion des ressources humaines, etc., soulève la délicate question de la formation des futurs gestionnaires et des entrepreneurs.

    - Les business schools ont-elles suffisamment intégré cette dimension?
    - Bon nombre d’écoles de gestion et de facultés en sciences économiques ont introduit des cours de «Responsabilité sociale des entreprises», «d’Éthique des affaires»... Toutefois, plusieurs chercheurs et praticiens considèrent que les programmes de formation ont peu évolué. Quels sont les modèles de formation appropriés? Comment intégrer les enjeux de développement durable dans les cursus académiques tout en favorisant un rapprochement entre les institutions de formation et les entreprises? D’autres modèles d’affaires, dont l’entrepreneuriat social, doivent-ils être enseignés, mis en avant? Cette cinquième édition, à l’instar des précédentes, vise le partage de recherches de qualité portant sur la responsabilité sociale des entreprises. Nous avons mis le focus sur plusieurs thématiques, comme la finance responsable, la finance alternative: le microcrédit, le crédit communautaire, le crowdfunding pour financer des projets à impact social ou environnemental, la finance islamique, ou encore la formation socialement responsable, l’entrepreneuriat et l’innovation sociale pour un développement pro-social.

    - Aujourd’hui, le volet RSE est présent dans les grands groupes. Mais s’agit-il d’un réel engagement?
    - L’engagement des entreprises est inégal. Il dépend de plusieurs critères liés à la taille de l’entreprise, le secteur d’activité, la situation financière, la culture organisationnelle et les priorités d’actions qu’elle définit. Cependant, aujourd’hui, la plupart des entreprises ont compris que la RSE n’est plus un luxe, mais une nécessité qui s’imposait à tous dans un contexte fortement mondialisé et concurrentiel. Elle devient un formidable outil et instrument du changement stratégique à l’intérieur de l’entreprise, et fait de plus en plus partie de son ADN dans la mesure où elle devient un outil de gestion de la relation avec les parties prenantes qui ont des attentes différentes, et parfois contradictoires.

    Comment lire la campagne de boycott?

    «Les divers scandales tant environnementaux que sociaux ont marqué les dernières décennies, plaçant ainsi les entreprises sous les projecteurs de la surveillance d’ONG et de la société civile. La démocratisation des réseaux sociaux a permis à ces nouveaux «régulateurs spontanés» de se structurer et de se mobiliser. Cette volonté de réguler les activités des entreprises a pris diverses formes: dénonciation, atteinte à la réputation, etc. Le boycott qui cible un certain nombre d’entreprises emblématiques est édifiant à plus d’un titre. Face à cette problématique, la RSE contribue fortement à l’amélioration de la réputation, de l’image de marque de l’entreprise. En améliorant la perception des salariés, et donc leur motivation et satisfaction au travail, la perception des consommateurs et des investisseurs est également impactée. Au final, la RSE est un formidable instrument de progrès permanent pour une entreprise qui souhaite être durable et pérenne sur son marché».

    Propos recueillis par Tilila EL GHOUARI

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc