Economie

Enquête Sunergia/L’Economiste: Peu de personnes croient au crédit halal

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5307 Le 04/07/2018 | Partager
A peine 18% jugent les financements des banques participatives «halal»
Quatre personnes sondées sur dix estiment que ces solutions ne sont pas conformes à l'Islam
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Pensez-vous que les crédits accordés par la banque islamique sont vraiment halal ? L'Enquête Sunergia/L’Economiste relève que les jeunes sont peu convaincus de la qualité «halal» des crédits distribués par les banques participatives. C’est le cas de 52% des 15-24 ans et de la moitié des 25 à 34 ans

Un an après le démarrage de l'activité des banques participatives, le volume des crédits distribués atteint 1,1 milliard de DH. Un bon début vu les moyens limités de ces banques en l'absence d'instrument de refinancement. Sauf qu'une meilleure communication devrait accompagner ce nouveau produit.

Les banques participatives ont intérêt à bien expliquer le mécanisme de fonctionnement de ces crédits et en quoi ils sont différents des solutions proposées par les banques classiques. En tout cas, le sondage de L’Economiste-Sunergia (www.groupe-sunergia.com) sur la question dévoile bien des surprises. Seules 18% d’un échantillon de 1.000 personnes  estiment que les crédits des banques participatives seraient conformes aux principes de la religion islamique.

Très peu  si l’on tient compte de tout le processus mené en  amont à travers la mise en place d’une réglementation spécifique et  surtout la certification des contrats de financement par le Conseil des oulémas! Ce qui devrait constituer, en principe, un gage supplémentaire de la solidité du produit!

Or plus de 4 Marocains sur 10 pensent que les crédits accordés par les banques participatives ne sont pas vraiment halal. Cela pourrait être mis sur le fait que les banques participatives sont des filiales de banques conventionnelles, et ce même si les deux systèmes sont censés être étanches. 

Le sondage révèle aussi que ceux qui ne savent pas et ne se prononcent pas représentent respectivement 22%  et 15%.

En tout cas, l'effort de vulgarisation à faire reste colossal. Surtout que la finance islamique pourrait permettre d’intégrer au système financier formel ceux qui en sont actuellement exclus pour des motifs culturels ou religieux. Dans le premier rapport mondial consacré à la finance islamique, la Banque mondiale et la Banque islamique de développement expliquent que «contrairement à la finance classique, la finance islamique est basée sur le partage des risques et les financements garantis par des actifs. Dans la finance islamique, les clients des banques détiennent directement des actifs réels dans la sphère réelle de l’économie, ce qui réduit leur aversion au risque».

■ Plus on est jeune moins on y croit

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La classe moyenne compte 20% de personnes pour lesquelles les financements des banques participatives sont hallal

Les jeunes âgés de 15 à 24 ans et ceux de 25 à 34 ans constituent les catégories qui comptent la proportion la plus forte de personnes qui ne croient pas au caractère halal des banques participatives.  C’est le cas de plus de la moitié dans ces tranches d'âge. Plus on est jeune moins on y croit.  Plus de quatre personnes sur cinq âgées de 35 à 54 ans ne donnent pas de crédit aux financements accordés par les banques participatives contre 42% pour les 54 à 64 ans. Le taux tombe à 22% pour chez les personnes âgées de 65 ans et plus. C’est également auprès de cette catégorie que la proportion des personnes qui ont confiance dans l’aspect halal de ces crédits est importante: 39% contre 19% pour les 54 à 64 ans. Le taux baisse à 11 et 15% respectivement pour les 15-24 ans et les 25 à 34 ans.

■ Les riches plus sceptiques que la classe moyenne
La classe moyenne et les classes les plus pauvres (D et E) comptent les proportions les plus importantes de personnes pour lesquelles les crédits distribués par les banques participatives sont halal: 20% pour la couche moyenne et 18% pour les plus pauvres. Au niveau de ces deux couches, plus de 4 personnes sur 10 n'y croient pas.  La surprise vient des catégories plus aisées(A et B) avec 60% qui donnent une réponse négative et seulement 10% accordent du crédit à l'aspect halal de ce genre de financement.

■ Le non domine chez les femmes et les hommes

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Que ce soit dans les villes ou dans les campagnes, la proportion des personnes qui estiment que les crédits des banques participatives sont conformes aux principes de la religion n’est pas forte

16% dans l'urbain, 20% dans les villes… la proportion de ceux pour lesquels l'activité des banques participatives est halal reste faible dans les deux zones.  Ils sont plus nombreux à ne pas y croire dans les villes comme dans les campagnes, soit plus de quatre personnes sur dix. Les femmes sont également peu convaincues puisque seules 14% d'entre elles ont répondu par l'affirmative contre 22% pour les hommes. Le «non» est dominant chez les deux sexes avec 45% pour les hommes et 46% pour les femmes.

■ …Et chez 6 personnes sur 10 dans l'Oriental
Par région, c'est l'Oriental qui arrive en tête avec 60% de personnes qui ne croient pas dans la qualité «halal» des financements distribués par les banques participatives. Dans cette zone, 6% de personnes seulement y accordent du crédit et le reste est partagé entre les personnes qui ne se prononcent pas et ceux qui ne savent pas. Elle est suivie par la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et Beni Mellal-Khénifra. A l'exception des régions du sud où ceux qui répondent par la négative est de 29%, les autres régions sont sur des proportions allant de 39 à 49%.

                                                                    

Fiche technique de l’enquête

L’Enquête a été réalisée par téléphone du 5 avril au 10 mai 2018 (système CATI). L’échantillon est de 1.000 personnes. Sa structure a été redressée de manière à appliquer exactement la structure de la population marocaine issue du recensement du HCP (RGPH 2014). Il est composé à hauteur de 49% d’hommes et 51% de femmes.
Les ruraux comptent pour 38% et les urbains pour 62%.
Toutes les régions sont représentées: 20% habitent dans Casablanca-Settat, 13% Marrakech-Safi, 5% à draâ-Tafilalet, 8% à Souss Massa, 3% Dans les régions Sud, 7% à Beni Mellal-Khénifra, 13% à Rabat-Salé-Kénitra, 12% à Fès-Meknès, 7% à l’Oriental et 11% à Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.
La répartition sociale professionnelle est définie sur la base de 5 critères: revenu du ménage, profession du chef de ménage, niveau d’instruction, type d’habitation et âge:
- 13% sont dans les classes socioprofessionnelles A-B;
- 56% appartiennent à la classe moyenne C;
- 31% relèvent des classes D et E.

La répartition par âge est:
- 25% de l’échantillon a entre  15
et 24 ans
- 22% a entre 25 à 34 ans
- 19%  pour les 35-44 ans
- 15% a entre 45 et 54 ans
- 10% pour les 55-64 ans
- 9% a plus de 65 ans

 

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