Competences & rh

Système d’enseignement Le catastrophique niveau des profs du primaire

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5292 Le 12/06/2018 | Partager
Evalués, ils obtiennent des notes médiocres en langues et pédagogie
De sérieuses lacunes en vocabulaire et compréhension
Aucun n’atteint le seuil de 80% de connaissances minimales en français
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Les profs de 4e année du primaire enseignent une demi-heure de moins par jour que ce qui est prévu. Entre le public et le privé, le gap est considérable. Par rapport à leurs collègues du public, les enseignants du privé dispensent 1h30 supplémentaire

A en croire l’Observatoire national du développement humain (ONDH), la quasi-totalité des enseignants du primaire doit retourner à l’école. L’enquête de l’Observatoire sur les indicateurs de prestation de services rendus par les établissements scolaires, datée d’octobre 2017, révèle des performances médiocres, notamment en français, en arabe et en pédagogie.

Menée en partenariat avec la Banque mondiale, elle a évalué 1.274 enseignants et 2.908 élèves de 4e année du primaire, relevant de près de 300 écoles, en français, arabe et mathématiques.

Aucun prof de français et à peine 4,2% de ceux d’arabe ont atteint le seuil de 80% des connaissances minimales dans les évaluations de ces deux matières. Et il n’existe que peu de différences entre le public et le privé (voir tableau). Les profs s’en sortent nettement mieux en maths.

Plus de 67% ont réussi à franchir le seuil. «C’est une matière technique qui ne nécessite que peu d’usage de la langue. C’est la raison pour laquelle ils la maîtrisent mieux», explique un expert du système d’enseignement marocain. En descendant au seuil de 70%, les résultats ne se sont que légèrement améliorés.

Seulement 0,8% des enseignants de la langue de Molière et 11,4% de ceux d’arabe ont pu franchir le seuil. En maths, ils ont été 83,5% à l’atteindre. Dans cette matière, ils ont décroché une moyenne honorable de 84/100 dans leur évaluation globale.   

Les instituteurs présentent de sérieuses lacunes en langue française. Leur résultat moyen dans cette langue est de 41/100. Ils sont particulièrement faibles en vocabulaire et en compréhension de textes. Leur note dans le test «Cloze» évaluant ces deux aspects est de moins de 40/100.

En moyenne, ils n’ont été capables de corriger que 24,5% des erreurs que contenait le texte qui leur a été soumis. Toutefois, sur la grammaire, la majorité a pu s’en sortir, avec une moyenne de 81/100.

Comment les enseignants peuvent-ils enseigner une langue qu’eux-mêmes ont du mal à comprendre?

En arabe, ils ont décroché la note de 55/100, et n’ont corrigé que 34,3% des erreurs du texte traité. Là encore, le score réalisé témoigne d’une maîtrise très moyenne, pour ne pas dire faible.

Plus décevant encore, en pédagogie, les profs ont obtenu une note bien en dessous de la moyenne, soit 34/100. Pour récapituler, ils ont obtenu 4/10 en français, 5,5/10 en arabe, 8/10 en maths et 3,5/10 en pédagogie.

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Les deux tiers (67,6%) des enseignants évalués ont pu franchir le seuil de 80% de connaissances minimales en mathématiques. En revanche, aucun n’y est arrivé en langue française, contre à peine 4,2% en arabe. Entre le public et le privé, il n’existe pas vraiment de différence, hormis en arabe où les profs du privé sont presque trois fois plus nombreux à réussir à atteindre le seuil

Sans révision du système de formation, point de salut!

Ils ne sont tout simplement pas suffisamment qualifiés pour enseigner! Si vous vous demandez pourquoi le niveau de l’école publique marocaine est en constante baisse, vous avez une bonne partie de la réponse. A la lumière de ces chiffres, cela paraît logique que les élèves marocains arrivent en dernière place des classements internationaux en lecture, écriture et compréhension (Pirls).

La question de la formation des enseignants se pose aujourd’hui avec acuité. Actuellement, elle est essentiellement assurée par les CRMEF (Centres régionaux de formation aux métiers de l’éducation et de la formation). Le cursus proposé est ouvert aux licenciés, peu importe leur spécialité, à qui l’on dispense une formation express de près de 6 mois.

A côté des CRMEF, quelques ENS (Ecoles normales supérieures) et une faculté des sciences de l’éducation. «Le dispositif s’est allégé d’année en année, jusqu’à ce que l’on opte pour la non formation!», regrette notre expert. En effet, les 55.000 contractuels recrutés ces deux dernières années n’ont pas reçu de formation préalable.

Ceux qui ont réussi le concours ont intégré leurs classes aussitôt. Parmi eux, une bonne partie a choisi le secteur par défaut. «Le métier d’enseignant doit être choisi par vocation et non pour échapper au chômage. L’amour du métier doit être complété par la formation. Quand vous n’avez ni l’un ni l’autre, c’est la catastrophe!», souligne l’expert.

Il est important de sélectionner les meilleurs et les plus motivés, et non des profils ne cherchant qu’à intégrer, à tout prix, la fonction publique. Et ce sont, malheureusement, les profils que l’on retrouve le plus souvent.

La formation des formateurs et la formation continue restent, pour leur part, insuffisantes. De même que le coaching des inspecteurs pédagogiques, trop peu nombreux. Toute la chaîne est, pour ainsi dire, défaillante. Or, aucune réforme ne pourrait fonctionner sans la mise à niveau du corps pédagogique.

Le ministère vient d’annoncer une nouvelle stratégie de formation de 100.000 enseignants à l’horizon 2025, et ce n’est pas trop tôt! Les universités ont déjà préparé plus de 80 filières pour des licences en sciences de l’éducation, accessibles sur concours, juste après le bac. Elles seront complétées par une année dans les CRMEF.

C’est donc une révision du système de sélection et de formation. Une initiative qui ne qu’être applaudie. Cependant, il est également important de revoir le volet motivation, reconnaissance et évolution de carrière. Le ministère ira-t-il jusqu’au bout?

3 fois plus d’enseignants absents dans le public

L’enquête de l’ONDH s’est également intéressée à l’absentéisme des enseignants de 4e année du primaire. Le taux d’absence de l’école relevé est de 4,8% dans le public, soit presque 3 fois celui du privé, estimé à 1,7%. «Dans le public, les profs qui se sentent fatigués n’hésitent pas à déposer des certificats médicaux. Dans le privé, ils ne peuvent se permettre d’abuser, car ils risquent d’être sanctionnés, voire remerciés», explique l’expert du système d’enseignement. La Banque mondiale a d’ailleurs déjà tiré la sonnette d’alarme par rapport à ce sujet. Dans les écoles publiques, le taux d’absence de l’école dans le rural est supérieur à celui enregistré dans les villes. Il est de 5,2% contre 3,2% en milieu urbain. Au niveau national, le taux est de 4,4%. 

 

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