Entreprises

Boussaid s’apprête à réorganiser les finances

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5280 Le 25/05/2018 | Partager
Objectif: moderniser la gouvernance interne, au service des citoyens et des entreprises
L’argentier du Royaume est accompagné par le cabinet PWC Advisory
La redéfinition des attributions des directions pourrait se heurter à des résistances
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Dans une administration où les équipes sont très jalouses de leurs prérogatives, Boussaid aura besoin de beaucoup d'habileté pour négocier la réforme. (Ph. Bziouat)

PriceWaterhouse Cooper Advisory, cabinet en stratégie et organisation, est au chevet du ministère de l’Economie et des Finances. Ce département vital a pris des rides. L’actuelle organisation, dépassée, date de 1978. Certes, entre temps, de petites retouches ont été apportées mais pas de refonte en profondeur pour anticiper les changements et accompagner l’évolution du monde de l’économie et des finances.

A l’exception de la fusion du CED (Contrôle des engagements et des dépenses) avec la TGR, conformément à une recommandation de l’étude du cabinet français Euro-groupe, entreprise au cours de la moitié des années 90 alors que Mohamed Kabbaj était ministre des Finances, rien n’a été entrepris. Et encore, cette proposition n’a été appliquée qu’en 2006, du temps où Fathallah Oualalou était argentier du Royaume.

Cette étude intervient après le discours royal, à l’occasion de l’ouverture de la session d’automne du Parlement en octobre 2016. Le souverain avait mis sous la lumière crue, les dysfonctionnements de l’administration publique, accusée de lenteur, de bureaucratie et tournant le dos aux citoyens qu’elle est censée servir.

Ce travail s’inscrit également dans l’application des recommandations de la Cour des comptes, en plus des exigences de l’ère de la digitalisation et de ses impacts sur les organisations. Sans oublier les conditions dictées par la mise en œuvre de la nouvelle loi organique des finances, qui met l’accent sur la performance et la réalisation des projets par objectifs. Idem pour la régionalisation avancée et la prochaine charte de déconcentration.

Ces chantiers rendent la configuration du ministère dépassée. Avec toutes ces contraintes, en plus des attentes des citoyens et des entreprises, il était tout à fait logique de se lancer dans une véritable remise en cause de l’organisation du département.

Pour le moment, le cabinet est dans sa première phase de diagnostic. En tout cas, le donneur d’ordre a assigné à cette étude, plusieurs objectifs dont l’un vise à mettre en place une organisation au service de la modernisation de la gouvernance interne du ministère. L’idée est de faire de l’optimisation pour répondre aux attentes des partenaires du ministère.

Le cabinet d’études doit également proposer une meilleure délimitation des champs d’intervention des directions en vue de remédier aux chevauchements constatés. Sans vouloir anticiper, force est de constater que si Mohamed Boussaid veut mettre en œuvre les recommandations qui seront formulées par le rapport du cabinet, il devra faire preuve de courage politique pour vaincre les résistances à l’intérieur de la citadelle.

Car, au ministère des Finances, chaque direction est jalouse de ses attributions et travaille en vase clos. Il est temps de mettre en place des passerelles entre les directions, avec des mécanismes de communication de l’information instantanée et automatique. Aujourd’hui, pour avoir de l’information d’une direction auprès de l’autre, plusieurs réunions sont nécessaires. Or, ces réticences créent des délais supplémentaires et rendent difficile la prise de décision en temps voulu.

D’où l’idée centrale que ne manquera pas de proposer le cabinet qui est de s’attaquer au cloisonnement inter-directions, qui nuit et réduit l’efficacité de l’administration publique. Cela passera nécessairement par une redéfinition des attributions de chaque direction pour qu’elle puisse exercer son métier. L’exemple du financement extérieur est révélateur.

Aujourd’hui, il est entre le Budget, le Trésor et la DEPP. Or, pour une meilleure gouvernance, il doit être restitué à une seule direction, le Trésor en l’occurrence pour le centraliser. Et cela dans le cadre d’une gestion intelligente de l’information entre les directions qui devront avoir accès à la base de données des financements extérieurs pour le suivi des décaissements notamment. Le pavé de la gestion de la trésorerie publique doit également être abordé.

La réorganisation du ministère doit se pencher également sur la gestion des ressources humaines, en termes prévisionnels et de reconstitution d’un personnel de qualité.  La réforme doit pousser vers l’instauration d’un numéro2, un numéro 3, un numéro 4 avec le directeur. Il s’agit d’éviter d’être confronté aux difficultés à trouver un remplaçant d’un directeur à cause d’un défaut de préparation de la relève.

Cela rassure sur la continuité de la gestion et du service public. En outre, avec les départs massifs à la retraite prévus au cours des prochaines années, le ministère risque d’être vidé de sa substance. Les recrutements massifs faits à la fin des années 70 et au début des années 80 commencent à partir en retraite.

La gestion du portefeuille de l’Etat est régulièrement montrée du doigt. La représentation des Finances dans les établissements où l’Etat est actionnaire est éparpillée entre les directions. Cela nuit à la bonne gestion des finances publiques. Par ailleurs, le Maroc est actionnaire dans une multitude d’organismes comme notamment la Banque mondiale et le FMI mais sans qu’un bilan de ces opérations ne soit fait.

En tout cas, Mohamed Boussaid sera mis sous pression. Pour mener cette réforme, il devra vaincre également des résistances au sein du gouvernement qui devra valider le nouvel organigramme. Pour rappel, en France, Nicolas Sarkozy avait fusionné trois grandes directions (Trésor, Budget et Direction des relations économiques extérieures) en une seule structure: la Direction générale des finances publiques. Après sa mise en œuvre, cette réforme a été saluée.

Agence judiciaire, parent pauvre

L’Agence judiciaire du Royaume est une direction très sensible mais n’a jamais bénéficié de l’attention qu’elle mérite, note une responsable au ministère des Finances. Elle doit être réformée en vue de disposer de moyens supplémentaires. Il en va de la préservation des deniers publics, car, elle est en relation avec les tribunaux du Maroc et agit en matière de contentieux de l’Etat où il est question de sommes colossales. Donc, il s’agit de la doter d’outils et de ressources humaines capables de gagner les affaires de l’Etat. De même, l’Agence a besoin de profils de juristes, avocats d’affaires et de financiers pointus. Elle souffre également d’un manque de logistique.

 

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