Economie

Industrialisation de l’Afrique: La BAD mise 35 milliards de dollars

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5278 Le 23/05/2018 | Partager
L’investissement se décline sur une décennie pour accompagner ce chantier
Valoriser l’export, créer de l’emploi, améliorer l’accès au financement... des priorités
La stratégie du Maroc est saluée par le président de la BAD
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Akinwumi A. Adesina,  président de la BAD et Philippe Scholtes (à gauche), directeur de l’ONUDI, ont signé une convention de partenariat pour mobiliser leur action au profit de l’industrialisation de l’Afrique (Ph. NEA) 

L’industrialisation est le salut de l’Afrique. C’est le seul moyen de sortir le continent du sous développement et de la pauvreté. Et aussi, de relever le défi du chômage, qui s’annonce plus prononcé, avec l’arrivée de près de 580 millions de jeunes africains sur le marché de l’emploi d’ici à 2050.

C’est la conviction du management du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) qui tient, cette année, ses 53e Assemblées annuelles jusqu’au 25 mai à Busan, en Corée. «Notre banque compte mobiliser 35 milliards de dollars d’investissements au profit du développement de ce secteur durant les dix prochaines années», annonce Akinwumi A. Adesina, président du Groupe de la BAD.

Accélérer l’industrialisation de l’Afrique, un thème qui intéresse au plus haut point. D’ailleurs ce ne sont pas moins de 3.000 participants et responsables de différents pays qui sont attendus pour cette édition. Une forte délégation marocaine conduite par le Chef du Gouvernement, Saâdeddine El Othmani, devrait également participer à l’évènement de Busan.

Le choix de la Corée pour abriter cette manifestation n’est pas anodin. «Ce pays qui avait un PIB par habitant modeste au début des années 1960, figure actuellement au palmarès des grandes puissances économiques mondiales», fait observer le président de la BAD. Un préambule qui propose aux pays présents de s’inspirer des expériences réussies en matière d’industrialisation comme cela est le cas du Japon, de la Chine, de l’Inde ou encore du Brésil.

La tâche ne sera pas facile en Afrique compte tenu de la régression enregistrée par le secteur industriel. Celui-ci n’arrive à générer que 700 dollars de PIB par habitant en moyenne, soit 3 fois moins qu’en Amérique latine et 5 fois moins qu’en Asie de l’Est. Cela s’explique par une très faible valorisation des richesses naturelles du continent.

«La volatilité des prix des matières premières, enregistrée ces dernières années, a pénalisé de très nombreux pays africains. Elle nous a convaincus de l’urgence de diversifier nos économies, notamment par la transformation sur place de nos matières premières», a plaidé le président de la Banque. Il est temps que l’Afrique prenne son destin en main et mobilise ses forces vives pour s’inscrire dans une trajectoire de croissance stable avec une valorisation de ses industries.

A titre d’exemple, Adesina a choisi le cas du Maroc qui a su développer des compétences humaines pour s’engager dans des secteurs porteurs comme notamment celui de l’aéronautique. Et grâce à sa stratégie industrielle ambitieuse (2016-2025), la BAD a pour objectif d’aider l’Afrique à accroître de 130% son PIB industriel d’ici 2025, et son PIB global de 2.200 à 4.600 milliards de dollars, des moyens conséquents pour y parvenir et une piste aussi. Le patron de la BAD reste convaincu que le développement de l’agro-alimentaire est le catalyseur du processus d’industrialisation d’un pays.    

Il y a les ambitions de la BAD, mais aussi les moyens financiers de les atteindre. Aussi, la recapitalisation de la banque sera discutée par le conseil des gouverneurs à Busan. Cette augmentation s’impose pour permettre de répondre aux besoins des pays en matière de financement de leurs projets de développement. Et également de continuer à bénéficier de prêts à des taux concessionnels. L’hésitation affichée par l’Afrique du Sud et le Nigéria  pour leur adhésion à  la zone de libre échange continentale a été aussi évoquée.

Le patron de la BAD reste optimiste quant à l’adhésion de ces deux grandes puissances économiques au projet d’intégration économique de l’Afrique. Il explique leur position par un besoin de négociation interne de ce dossier par les acteurs économiques et politiques de ces 2 pays.

Facteurs déterminants

Les expériences en matière d’industrialisation ont permis, selon le patron de la BAD, d’en tirer des enseignements. L’objectif consiste à avoir une vision claire, à long terme, dans un cadre politique stable permettant de drainer les investissements. Le processus d’industrialisation devrait être accompagné par un investissement massif dans les infrastructures: routes, ports, aéroports, centrales électriques. Sans oublier le développement des capacités humaines en donnant la priorité à la recherche et développement. Sur ce volet, le patron de la BAD pointe du doigt le système d’enseignement des universités d’Afrique qui continuent à former pour des emplois du passé sans tenir compte des compétences exigées par le marché. Le rôle de l’Etat était toujours fondamental dans toutes les expériences réussies en matière d’industrialisation. Ce sont les Etats qui soutiennent l’émergence des champions industriels nationaux, explique le président de la BAD.

                                                                              

Start-up, intelligence artificielle... une success story marocaine

Les 53e Assemblées annuelles de la BAD, consacrées au renforcement de l’industrialisation en Afrique, ont permis de mettre en valeur les success stories des jeunes entrepreneurs africains en matière d’entrepreneuriat. Badr Idrissi, co-fondateur de la start-up marocaine Atlan Space, s’est brillamment distingué en parlant de son entreprise qui porte sur l’utilisation des drones dans la surveillance des espaces contre des actes illégaux.

Il a également rappelé que sa start-up a été sélectionnée dans le cadre du fonds Innov Invest lancé par la CGG pour bénéficier d’un prêt d’honneur d’un montant de 500.000 DH. «Les choses sont en train d’évoluer positivement au Maroc en appréciant le travail mené dans ce sens par la CGG qui vise à stimuler l’écosystème pour favoriser la création des startups innovantes», conclut le jeune entrepreneur marocain.

DNES à Busan en Corée, Noureddine EL AISSI

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