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Retour de la volatilité des marchés: Les enseignements à tirer

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5228 Le 13/03/2018 | Partager
Elle peut être salutaire à un certain degré
Les tendances dépendent de perspectives d’inflation
Ce que recommande la BRI aux banques centrales
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Après un très léger repli, le marché d’actions américain est tombé en chute libre le 2 février 2018, sur fond d’envolée de la volatilité. Effaçant ainsi l’avance substantielle qu’il avait prise depuis le début de l’année et plus encore. Comme souvent dans ce genre d’épisodes, le marché a rattrapé une partie de ses pertes au cours des jours suivants (Ph. AFP)

La volatilité est de retour. Toutes les classes d’actifs ne sont pas concernées. Elle a essentiellement affecté les actions, avec quelques répercussions seulement sur les obligations d’État et les taux de change. «Nous ne savons pas non plus combien de temps elle durera. Mais la volatilité est bel et bien de retour et une certaine volatilité est salutaire», indique Claudio Borio(1), chef du département monétaire et économique de la Banque des règlements internationaux (BRI). 

«Peu de choses sont plus insidieuses, sur les marchés, que l’illusion d’un calme permanent. L’expérience le montre: cette illusion peut ouvrir la voie à des pertes parmi les plus lourdes et les plus préjudiciables», ajoute-t-il. Voici quelques enseignements:
■ Pas de changement de cap: D’abord, les turbulences qu’ont connues les marchés n’ont pas fondamentalement changé la donne économique et financière. Les conditions financières demeurent inhabituellement accommodantes. Les marchés de la dette d’entreprise n’ont guère changé de cap. Les écarts de rendement, en baisse, ont continué de s’approcher de points bas en plusieurs décennies. D’autres conditions de crédit telles que les clauses contractuelles ont semblé ignorer les spasmes du marché. En outre, en arrière-plan, le dollar, qui s’était déprécié de manière continue, est resté faible. Un signe manifeste d’assouplissement des conditions financières, en particulier pour les économies de marché émergentes (EME).

■ Les raisons de la dépréciation: Elle est surprenante dans la mesure où elle a lieu sur fond de resserrement monétaire doublé d’une expansion budgétaire. Une combinaison rappelant, selon certains, la situation du début des années 1980. Elle avait été marquée par une forte appréciation du billet vert. Il existe toutefois des précédents. De fait, le dollar s’était déprécié dans les années 1990 et 2000, alors que la Réserve fédérale poursuivait son cycle de resserrement monétaire. Lequel dans les années 2000, avait été couplé à une expansion budgétaire. De possibles explications de la dépréciation actuelle incluent le rythme très progressif et communiqué à l’avance du resserrement monétaire, l’affermissement de la reprise économique hors des Etats-Unis ou encore les craintes de non viabilité budgétaire…

■ Il faudrait s’attendre à d’autres soubresauts: Ces turbulences qu’ont connues les marchés pourraient bien ne pas être les dernières. Les marchés financiers et l’économie mondiale évoluent en terrain inconnu. «Après une période inhabituellement longue de taux d’intérêt inhabituellement bas et de conditions monétaires inhabituellement accommodantes, il serait irréaliste de ne pas s’attendre à d’autres soubresauts», tient à préciser Claudio Borio. «Ce à quoi nous avons assisté ce trimestre est simplement le dernier rappel en date qu’une période de ce genre complique la sortie des politiques actuelles, en encourageant les prises de position et de risque des intervenants», dit-il. Par ailleurs, ces événements ont souligné à quel point les tendances prévalant sur le marché dépendent de perspectives d’inflation favorables. Les turbulences ont assurément abouti à la dissolution de certaines positions, «comme si l’on avait appuyé sur un bouton de réinitialisation». Cependant, la situation n’a pas fondamentalement changé.

■ Processus de normalisation: La difficulté de la tâche qui attend les banques centrales apparaît d’autant plus clairement. Il leur faut parvenir à un équilibre entre deux objectifs. D’une part, normaliser leur politique monétaire, ne serait-ce que pour retrouver une marge de manœuvre avant le prochain retournement conjoncturel. Et d’autre part, éviter de compromettre inutilement la croissance. Elles doivent de plus accomplir cette mission dans un monde qui, après la crise, a connu une nouvelle augmentation de la dette globale par rapport aux revenus et à la production. Le chemin est étroit. Il requiert le soutien actif d’autres politiques. Les derniers discours protectionnistes en date compliquent davantage encore les choses…

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(1) Le rapport trimestriel BRI a été présenté le 9 mars par Claudio Borio, chef du département monétaire et économique de la BRI, et Hyun Song Shin, conseiller économique et chef de la recherche.

 

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