International

L’Inde a-t-elle les moyens de ses ambitions?

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5227 Le 12/03/2018 | Partager
Le pays figure au rang des principales économies mondiales
Une politique étrangère agressive, mais suscite réflexion
Des changements en matière de droits de douane
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L’Inde a toujours opté pour une politique étrangère plus engagée dans un contexte régional assez troublant. Dès son arrivée aux commandes du pays, le Premier ministre indien Narendra Modi a promis de dynamiser la croissance et de transformer ce pays d’Asie du Sud en poids lourds de l’économie mondiale.

D’ailleurs, le pays est en passe de supplanter le Royaume-Uni et la France pour devenir la cinquième plus grande économie mondiale en 2018, prédit une étude du Centre for Economics and Business Research, un cabinet de consultants basé à Londres. Actuellement classée septième, l’Inde devrait passer à la cinquième place en 2018 et briguer la troisième place en 2032.

Pourtant, malgré tous ses efforts, Narendra Modi n’a pas réussi à transformer fondamentalement la politique étrangère de son pays (voir aussi «Modi’s Foreign Policy Revolution? In India, Radical Change Is Hard to Come By» publié sur le site www.foreignaffairs.com). Cet échec peut être attribué à au moins trois facteurs.

Premièrement, la bureaucratie conservatrice et permanente de l’Inde en matière de politique étrangère a résisté aux tentatives de changement de Modi. Deuxièmement, malgré une croissance économique vigoureuse ces dernières années, New Delhi est toujours confrontée à des contraintes financières importantes qui limitent sa capacité à projeter du pouvoir à l’étranger. Troisièmement, bien que le parti Bharatiya Janata de Modi bénéficie d’une majorité au Parlement national, il doit encore faire face à la structure fédérale du pays. Laquelle donne aux Etats dirigés par d’autres partis une grande latitude pour contrecarrer le principal parti politique indien. Ensemble, tous les trois facteurs ont conservé une grande partie du statu quo.

Le gouvernement indien a présenté un budget annuel pour l’exercice 2018-2019 mettant l’accent sur les zones rurales, où vivent deux Indiens sur trois. Cette annonce revêt une signification politique particulière pour le gouvernement de Narendra Modi car il est le dernier budget complet de son mandat. Les nationalistes hindous retourneront en effet devant les urnes à l’occasion d’un scrutin qui devrait se tenir au printemps 2019. Dévoilant une série d’initiatives visant différents secteurs agricoles, New Delhi a notamment annoncé qu’elle consacrerait au total pour cette année 14.340 milliards de roupies (environ 180 milliards d’euros) pour développer l’infrastructure des zones rurales.

L’Inde connaît actuellement un ralentissement de sa croissance, mais sa progression reste cependant parmi les plus rapides des économies majeures de la planète. Le rapport gouvernemental annuel sur l’état de l’économie projette un rebond de la croissance sur l’exercice fiscal 2018/19 à 7-7,5% (Coface table aussi sur 7,5% cette année).

L’Inde est remontée de 30 places pour atteindre la 100e position du classement «Doing Business» de la Banque mondiale. «Pourtant, les créances douteuses au sein du système bancaire ont influé sur les mécanismes de transmission de la politique monétaire en générant des coûts d’emprunt élevés. Les entreprises nationales étaient par conséquent moins enclines à emprunter et investir», indique Coface dans son appréciation du risque. Des réformes visant à assainir «le système bancaire ont été mises en œuvre, mais elles demandent du temps et risquent d’impacter l’offre de crédit, malgré la politique accommodante de la Reserve Bank Of India».

«La hausse des dépenses publiques en faveur des infrastructures (transports et services aux collectivités) devrait compenser ces effets négatifs. Toutefois, des contraintes budgétaires et des reports de la réforme agraire limiteront la progression de ces projets», ajoute l’assureur-crédit français.

Sur un autre registre, le ministre indien des Finances, Arun Jaitley, a fait savoir dans son discours sur le budget qu’il y aurait des changements en matière de droits de douane (cf. Switzerland Global Enterprise). Si les droits ont été augmentés sur certains produits importés (jus de fruits et de légumes, divers produits cosmétiques et d’hygiène, accessoires pour véhicules et motos, chaussures, accessoires pour téléphones mobiles, meubles, montres…), ils baisseront pour d’autres (briques, carrelages et autres produits céramiques, vis à billes, systèmes CNC, noix de cajou…).

Le pays prend-il un virage protectionniste? En tout cas, ces mesures devraient avoir un impact sur les échanges commerciaux de plusieurs pays dont l’Allemagne, la Chine ou encore les Etats-Unis. Avec le Président Donald Trump, ces derniers font aussi un retour en force vers le protectionnisme, risquant de déclarer «une guerre commerciale mondiale» (cf. notre édition N° 5224 du 07/03/2018).

Maroc/Inde: Des opportunités à saisir

Les échanges entre le Maroc et l’Inde ont connu une évolution fluctuante durant les dernières années, avec une tendance assez stable due à la gamme limitée de produits échangés, selon des responsables marocains. Les échanges bilatéraux n’ont pas dépassé la valeur de 14 milliards de DH. Ils restent concentrés, pour les exportations marocaines, sur les produits et dérivés du phosphate à hauteur de 96%. Les importations en provenance de l’Inde, bien que plus diversifiées, se concentrent sur les produits pétroliers, pharmaceutiques et chimiques. Les relations bilatérales se sont intensifiées suite aux visites effectuées en Inde par SM le Roi Mohammed VI, en février 2001 et en octobre 2015. Depuis lors, plusieurs accords de coopération ont été paraphés entre les deux pays.

                                                                                

Emmanuel Macron en Inde

Après la Chine en janvier, le Président français Emmanuel Macron effectue une visite en Inde du 9 au 12 mars. Les échanges franco-indiens restent limités: l’Inde est le 18e client de la France et son 20e fournisseur. Ils sont équilibrés, avec un léger déficit pour Paris. Mais la tendance est à la hausse, avec un bond de 30% des exportations françaises en 2017, selon le palais présidentiel de l’Elysée. Les relations entre les deux pays sont dominées par les ventes de matériel militaire et il y a d’autres domaines à explorer comme l’énergie, la défense et l’environnement…

Les deux pays devraient signer un accord qui donnera un accès logistique aux navires indiens dans les bases françaises de l’océan Indien. Une zone où New Delhi s’inquiète de l’implication grandissante de la Chine. La grande centrale solaire de Mirzapur (75 megawatts) construite par Engie via sa filiale Solairedirect sera inaugurée lundi 12 mars.

 

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