Analyse

Dialogue social L’UMT s’accroche à la hausse du smig et des salaires

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5227 Le 12/03/2018 | Partager
«Le chef du gouvernement s’est engagé sur des résultats concrets»
Les ingérences partisanes à l’origine de la balkanisation du champ syndical
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El Miloudi El Mokharek, secrétaire général de l’UMT: «Notre vocation est de dialoguer et de négocier pour obtenir des résultats en faveur des salariés» (Ph. L’Economiste)

Contraintes budgétaires ou pas, l’UMT attend des mesures qui amélioreraient les revenus et  seraient déployables rapidement. El Miloudi El Mokharek, secrétaire général de l’UMT, estime que «les travailleurs sont la seule catégorie qui supporte la crise».

- L’Economiste: Le gouvernement reprend le dialogue et propose sa méthodologie de travail. Il est donc ouvert à vos demandes.
- EL Miloudi El Mokharek:
Nous attendrons les résultats de ce nouveau round de dialogue avant de nous prononcer. Nous ne sommes ni pessimiste ni optimiste. Nous avons mené un mois de lutte contre la violation du droit syndical, le projet de loi organique sur la grève et contre le gel du dialogue social… Le gouvernement a pris conscience de la nécessité de relancer le dialogue. Nous aurions pu boycotter son invitation en raison du retard pris pour proposer une méthodologie de travail. Mais notre vocation est de dialoguer et négocier pour obtenir des résultats en faveur des salariés.  

- Quelle est la particularité de la démarche proposée?
- Nous estimons que la première commission est importante parce qu’elle se concentre sur les conditions de vie des salariés. L’augmentation générale des salaires, des allocations familiales et la baisse de l’IR constituent nos priorités. Nous étions favorables à la mise en place d’une commission sur l’application des lois sociales, notamment le code du travail, l’immatriculation à la CNSS et le respect des libertés syndicales. Mais le chef du gouvernement a proposé une commission pour le secteur privé et une autre pour le public. Peut-être qu’il a l’intention de nous présenter son projet de réforme du statut général de la fonction publique.

- Êtes-vous prêt à signer un accord triennal?
- Cela correspond à la durée d’une convention collective et nous n’avons aucune objection à condition qu’il apporte des réponses concrètes à nos revendications. Le chef du gouvernement avait proposé que les discussions se terminent au mois de septembre, mais nous nous sommes mis d’accord sur fin avril. Si nous obtenons des résultats concrets, ils seront annoncés la veille du 1er mai. Sinon, le 1er mai sera une journée de protestation. Ceci étant, je ne vais pas faire de procès d’intention au chef du gouvernement.

- Les limites budgétaires pourraient constituer un obstacle à votre demande d’amélioration des revenus.  
- La loi de finances ne contient aucune disposition en faveur des travailleurs. C’est la seule catégorie qui supporte la crise alors que des amnisties et des réductions d’impôts sont accordées aux employeurs. Il ne faut pas oublier que le pouvoir d’achat s’est détérioré et il faut un rattrapage à travers des augmentations générales de salaire, la revalorisation du smig et son alignement avec le salaire minimum dans l’agriculture.

- La crédibilité des syndicats dépendra des résultats de ce round de discussions surtout qu’ils n’arrivent plus à recruter.  
- L’UMT se renforce et plusieurs unités de production nous rejoignent. Je citerai l’exemple du personnel d’une grande multinationale implantée au Maroc et qui opère dans l’agroalimentaire. Pareil pour les fonctionnaires du ministère des Finances qui adhèrent massivement à l’UMT. Nos structures sectorielles luttent, négocient et obtiennent des augmentations de salaire et des améliorations des conditions de travail dans plusieurs secteurs d’activité. Mais les revendications à caractère général sont du ressort du gouvernement comme c’est le cas pour la baisse de l’IR.

- Pourquoi les syndicats n’arrivent-ils pas à unifier leurs positions?
- Un des principes de l’UMT est l’unité syndicale. Pour des considérations partisanes, nous assistons à un émiettement du champ syndical à tel point qu’on est arrivé au chiffre caricatural de 34 organisations. L’UMT a essayé d’unifier le front syndical. Nous avions élaboré un cahier de revendications commun et nous avions mené des luttes ainsi qu’une grève générale contre la politique du gouvernement Benkirane. Ce front syndical avait fait avancer l’action syndicale. Malheureusement, les considérations partisanes et l’ingérence de certains partis politiques ont tout saboté au moment du vote de la réforme du régime de retraite des fonctionnaires. Mais, je ne désespère pas, à l’avenir, d’arriver à plus de coordination de nos actions.

 Loi sur la grève: Ce n’est pas le principe qui nous gêne

«Nous ne sommes pas opposés à une loi organique sur la grève. Nous sommes en désaccord sur la philosophie et la démarche. Elle est en opposition avec l’esprit de la Constitution de 2011», souligne El Miloudi El Mokharek, secrétaire général de l’UMT. L’organisation syndicale estime que le projet du gouvernement a été préparé sans consultation. «Il est répressif et rend la grève difficile, voire impossible. Une loi organique se limite à énoncer les principes, ce qui n’est pas le cas de ce texte déposé au Parlement en février 2017 et dont les syndicats n’ont reçu copie qu’en janvier 2018», souligne El Mokharek.

Propos recueillis par Khadija MASMOUDI

 

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