Competences & rh

Emploi: Le tableau noir de l’insertion professionnelle des jeunes

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5223 Le 06/03/2018 | Partager
La population en âge de travailler atteint son maximum historique en 2018
8,9 millions de 15-29 ans face à un marché faiblement créateur d’emploi
Deux scénarios douloureux se présentent, selon l’OCP Policy Center
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Le taux de chômage des 15-24 ans est 2,5 fois supérieur au taux de chômage global. Les jeunes bénéficient, par ailleurs, moins de contrats de travail. A peine un sur dix en dispose, contre un travailleur sur trois au niveau national. Ils ont, en outre, plus de chances d’occuper un poste non rémunéré. 39,7% (15-29 ans) travaillent sans être payés, contre 22,1% au niveau national

Avec une part de 65%, la population en âge de travailler atteint cette année son pic historique, selon le Haut commissariat Au Plan (HCP).  Cette aubaine démographique dont d’autres pays, comme la Chine, ont su tirer des dividendes, s’apparente plus à une bombe sociale au Maroc.

Avec une croissance peu créatrice d’emplois, un stock de capital humain peu qualifié (plus de six actifs occupés sur dix ne possèdent aucun diplôme) et des conditions de travail souvent précaires, la situation est pour le moins critique.

Parmi cette population en âge d’activité, on retrouve une frange importante de jeunes de 15-29 ans, même si sa part recule légèrement dans le temps. Elle devrait passer à 23,6% en 2025 contre 26% en 2015. Qu’allons-nous offrir à cette jeunesse estimée à quelque 8,9 millions d’individus?

Pour cette catégorie, le tableau est aujourd’hui pour le moins sombre. 28,2% des 15-24 ans sont actifs (2017), c’est-à-dire, qu’ils occupent un travail ou sont en train d’en chercher. Parmi ces actifs, plus du quart (26,5%) sont au chômage, soit plus de deux fois et demi le taux national, évalué à 10,2% (15,4% pour les 25-34 ans).

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Si la tendance globale est à la stabilité, voire, à la baisse du taux de chômage, il n’en est pas de même pour les 15-24 ans, dont le taux est en augmentation continue

Selon le HCP, près des deux tiers des chômeurs sont âgés entre 15 et 29 ans. Et plus ils sont diplômés, plus ils risquent de se retrouver sans emploi. Environ 40% de ceux qui travaillent exercent une activité non rémunérée et uniquement un sur dix est protégé par un contrat de travail. Par ailleurs,  27,5% des 15-24 ans ne sont ni à l’école, ni en formation, ni en emploi, soit près de 1,7 million (2,7 millions si l’on considère les 15-29 ans).

La population en âge de travailler ne commencera à baisser qu’à partir de 2030, où elle devrait se situer à 64%, soit environ 24,2 millions de personnes. La pression sur le marché de l’emploi risque ainsi de grimper tout au long des douze prochaines années. Ce qui rendra la tâche encore plus ardue pour les jeunes en quête d’opportunités.

En 2017 seulement, quelque 135.000 nouveaux actifs ont débarqué sur le marché, alors que l’économie n’a créé que 86.000 postes entre 2016 et 2017, dont plus de 33% (29.000) sont non rémunérés.

«Dans l’avenir, la problématique de l’emploi des jeunes pose un dilemme au Maroc», estiment Abdeljaouad Ezzrari, économiste, chef de service au HCP, Ayache Khellaf, directeur de la prévision et de la prospective au HCP, et Abdelaziz Nihou, économiste statisticien, conseiller économique auprès du chef de gouvernement, dans l’ouvrage collectif que vient de publier l’OCP Policy Center, «Les enjeux du marché du travail au Maroc».

Selon les auteurs, deux scénarios, plutôt pessimistes, sont probables. Le pays pourrait connaître une augmentation de l’offre additionnelle de travail en raison de l’augmentation du taux d’activité, surtout des jeunes et des femmes qui, pour l’heure, sont presque évincés du marché. Pour rappel, seulement 22,4% des femmes sont actives (30,4% en 1999).

Une croissance de 5% est nécessaire

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Les jeunes ruraux sont encore moins qualifiés que leurs homologues urbains. Plus de la moitié n’ont aucune qualification, et à peine 2,9% détiennent un diplôme supérieur

Une plus forte participation de ces catégories viendrait gonfler le stock d’actifs non utilisé, en d’autres termes, les chômeurs. «Il est difficilement envisageable d’atteindre des rythmes soutenus de croissance économique requis pour absorber le stock de chômeurs et l’offre additionnelle de travail», pensent les auteurs. Une croissance minimum de 5% par an serait nécessaire pour y arriver, selon la Banque mondiale (voir L’Economiste N° 4955 du 7 février 2017).

«En plus de la pression quantitative sur le marché, ce dernier pourrait également être fragilisé au regard de l’arrivée de jeunes mieux formés et plus exigeants en matière de modèle de consommation et de valeurs sociétales, où l’emploi décent devrait se situer davantage au centre de leurs attentes», ajoutent les auteurs. 

Dans le deuxième scénario, le taux d’activité se stabiliserait, voire régresserait légèrement. En effet, la faible création de postes et la dureté des conditions de travail dissuaderaient plus de personnes en âge d’activité de se porter candidates à l’emploi. Dans ce cas, cela représenterait une perte conséquente en création de richesse.

«Cela augmenterait aussi le ratio de dépendance dans l’économie, avec des implications négatives sur la cohésion sociale», soulignent les experts. Pour eux, il est primordial d’analyser la qualité de l’offre de travail, et le déficit d’encadrement et de qualification du capital humain à combler, afin de mieux profiter de l’aubaine démographique qui se présente. Sauf miracle économique, les conséquences de cette situation risquent d’être désastreuses, surtout, sur le plan social.

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