Culture

La saga familiale déjantée de Walid Layadi-Marfouk

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5219 Le 28/02/2018 | Partager
Photographe marocain et résident américain, il sort des clichés
Dans sa série “Riad”, présentée à Dar Moulay Ali à Marrakech
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Jusqu’au 12 mai prochain, dans le tout nouveau patio ouvert aux artistes de Dar Moulay Ali à Marrakech, Layadi-Marfouk présente une dizaine de photographies où la femme domine (Ph. WM)

Vingt-deux ans et déjà grand. Walid Layadi-Marfouk a l’oeil et la technique du pro. La maturité peut-être aussi. Avec “Riad”, la deuxième exposition de sa jeune carrière, il ouvre les portes de son intimité familiale. Une sorte de rêve éveillé sur son enfance au Maroc, lui qui a enchaîné le lycée français à New York, où il vit aujourd’hui, des études de mathématiques à l’université britannique d’Oxford et de photographie à Princeton dans le New Jersey.

«Au départ, je voulais prendre un cours de littérature française, dans le cadre de mes études, mais toutes les places étaient prises. J’ai donc opté pour la photographie. Là, le seul appareil utilisé était la chambre 4x5, de l’argentique grand format, dont je ne me suis jamais séparé depuis. Je suis immédiatement tombé amoureux de la technique, qui est à la fois de la physique, de l’optique, de la chimie», confie l’artiste.

Puis l’événement qui a tout déclenché. La lecture du numéro spécial sur le Moyent-Orient signé du New York Times magazine. «Uniquement des images simplificatrices de la région, entre bâtiments en ruine et figures voilées dans le désert. Peu importe où on est, tous les murs sont écroulés.

Certes, c’est une réalité, mais il n’y a pas que celle-là», explique-t-il. Révolté, frustré, et loin de s’identifier, de par ses origines, à cette vision très serrée du Moyent-Orient, il décide d’y apposer son erratum. «Une nouvelle syntaxe visuelle» en quelque sorte. Jusqu’au 12 mai prochain, dans le tout nouveau patio ouvert aux artistes de Dar Moulay Ali à Marrakech, sa ville d’origine, Layadi-Marfouk présente une série de photographies où la femme domine.

La femme, puisque son seule modèle est sa tante maternelle, Aicha, unanimement appelée Lalla Khity. Leur complicité est évidente. Dans l’une des pièces de la demeure familiale, elle prend la pose vêtue d’un soyeux caftan, le regard sévère ou plongeant, un cigare à la bouche ou une cigarette à la main.

Allongée sur la table de la cuisine, en tenue de soirée dans la baignoire, ou sous un oranger tenant une valise pleine de billets de banque… la mise en scène est soignée et la muse libre et indépendante. «Quand je suis à l’étranger et que je pense au Maroc, ce sont ces images qui me viennent de mes souvenirs d’enfance. Des situations qui n’ont aucun sens. J’ai été élevé par des femmes qui avaient un grain de folie, et avec lesquelles je me suis tant amusé.

Des femmes de pouvoir aussi avec une autorité incroyable. Elles m’ont transmis plus que du savoir, ma force de vie», continue Marfouk. Alors qu’on ne s’y trompe pas, il ne leur donne pas le pouvoir, elles le prennent! Ce sont elles donc, ces femmes marocaines de classes aisées, libres, instruites, irrévérencieuses parfois, qu’il voulait montrer, particulièrement à l’Occident. Car, comme il le dit dans la langue de Shakespeare, «there is no single Muslim reality».

Une vingtaine de photographies de ce “Riad” sont visibles à Marrakech actuellement entre la Maison de la France, le Macaal et l’événement 1-54. Même talent, mais ambiance plus urbaine avec ses 2 autres séries, «portrait of an er /area» qui mélange les corps et le béton, et «grande dame» qui prend possession de La Samaritaine à Paris.

 

 

 

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