Régions

Jerada: Retour à la case départ

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:5218 Le 27/02/2018 | Partager
Encore des mouvements de protestation qui secouent la ville
Des membres du Hirak accusés de connivence avec les autorités, les manifestants divisés
Pour certains, les solutions proposées ne sont pas suffisantes pour offrir du travail à tous
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Un face-à-face tendu entre les représentants du Hirak et ceux des partis politiques et syndicats. Les mines défaites de part et d'autre, tout le monde essaie de trouver un point de convergence pour apaiser les tensions. Toutefois, les grises mines affichées par le Hirak sont aussi dues à la scission dans leur mouvement: certains sont accusés de conspirer avec les autorités au lieu de défendre et soutenir la centaine de revendications dont ils ont la charge (Ph. A.K)

Le risque de dérapage est imminent à Jerada. Les représentants du Hirak sont accusés de trahison par une partie de la population qui ne s’est pas retrouvée dans les alternatives proposées par le Chef du gouvernement. Des menaces verbales leur ont été adressées lors du meeting du dimanche, les obligeant à faire profil bas et quitter la tribune réservée aux orateurs.

Parmi eux, la figure de proue de ce Hirak: Aziz Aït Abbou (dit Rache) qui a trouvé refuge dans les réseaux sociaux pour dénoncer la propagande dont sont victimes ceux qui ont exposé les revendications de la population aux autorités locales et régionales. Pour Aït Abbou, la réponse du gouvernement aux revendications du Hirak contient des points positifs et d’autres qui nécessitent des précisions.

Toutefois, avant même de rencontrer les autorités pour plus d’éclaircissements, certaines personnes ont commencé à mobiliser les masses pour discréditer les commissions chargées de représenter le Hirak et rejeter les solutions proposées par les autorités régionales.

«Ces contestataires ont élaboré des programmes de luttes revendicatives et marches de protestation alors que nous n'avions même pas communiqué nos réponses aux autorités locales», souligne Aït Abbou. Et d’ajouter, «ces personnes appartiennent à un courant idéologique (pour des observateurs locaux, il s’agit d’Al Adl wal Ihssane) qui cherche à exploiter le Hirak à des fins politiques.  Personne n’a le droit de profiter des revendications socioéconomiques des habitants de Jerada pour régler ses comptes. Il y a un second courant constitué d’arrivistes appuyés par les barons du charbon. Ils sont munis d’armes blanches, drogués et ivres. Ils tentent de terroriser les gens et faire basculer le pacifisme du Hirak», conclut-il.

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Tout a commencé suite aux communiqués de soutien aux propositions gouvernementales, émanant des partis politiques, syndicats et associations, qui ont vu dans ces propositions un dénouement à la crise qui secoue Jerada depuis deux mois (cf. notre édition n° 5212 du 19 février dernier). Ce signe d’apaisement qui a ponctué la semaine de réflexion et d’évaluation n’a pas plu à certains jeunes chômeurs, lycéens qui ont improvisé des rencontres de refus au niveau des quartiers.

Un point de rencontre s'est constitué au quartier Al Manar. Lycéens, jeunes chômeurs et manipulateurs dissimilés s'y sont relayés de vendredi à  dimanche pour appeler à la mobilisation totale et à la poursuite des marches. Durant les deux premiers jours, la présence policière était manifeste mais sans intervention ou dissuasion, tout en rappelant ce qu’encourent les faiseurs de troubles. Ces mêmes forces de l’ordre se sont retirées dimanche pour laisser la voie libre aux manifestants de sillonner les boulevards de la ville et tenir leur meeting à la place de la municipalité.

Entre ceux qui tiennent à faire perdurer les protestations et ceux qui cherchent à solutionner les problèmes, la ville sombre dans la crise. L’activité commerciale est à son plus faible niveau, les mineurs clandestins sont sans revenus, les projets qui doivent démarrer pour apaiser les tensions tardent.
De leur côté, les autorités locales font ce qu'elles doivent faire. Elles ont adressé des convocations nominatives aux représentants du Hirak pour leur communiquer les actions qu’elles envisagent d’entreprendre incessamment.

Les propositions pour désamorcer la crise

Dans le cadre du plan de développement socioéconomique de la province, 108 projets sont prévus dans le cadre du programme de réduction des disparités territoriales et sociales (500 millions de DH). Ils sont consacrés à la création de 5.000 emplois dans les secteurs agricoles, infrastructures, mises à niveau urbaine et rurale, développement humain, économique et social, énergie et mines, formation professionnelle et santé.
Ce plan de développement prévoit également le lancement de travaux d’assainissement à Aïn Bani Mathar, Touissit et Laouinate. Idem pour la construction de trois centres de formation professionnelle à Aïn Bani Mathar, Jerada et Touissit. Il a également été décidé la levée de la saisie conservatoire de 325 immobiliers des Charbonnages du Maroc pour faciliter l’opération de cession pour un budget de 63 millions de DH.
Concernant la gratuité des factures de l’eau et de l’électricité, la requête d’annulation des redevances a été refusée.

De notre correspondant permanent, Ali KHARROUBI

 

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