Economie

Capital investissement L’épargne locale peine à monter en régime

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5210 Le 15/02/2018 | Partager
17 milliards de DH engagés à fin 2016
Le paysage dominé à 65% par des opérateurs étrangers
Pour dynamiser l’industrie, le cadre fiscal doit être revu

Le compteur du capital investissement à fin 2016 affiche un total de 17 milliards de DH. Un montant qui inclut les fonds d’infrastructures. «Les sorties réalisées, à 70% sur le marché boursier et les acquisitions stratégiques, ont permis de valider le modèle de Private Equity marocain en tant qu’outil de financement qui a sa place», explique Hassan Laaziri, président de l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC) lors de la conférence annuelle, organisée hier mercredi 14 février. L’Economiste était partenaire de l’événement.

La rencontre intervient dans un contexte marqué par la diversification de la gamme de fonds d’investissement via le lancement effectif du Fonds Innov Invest, destiné à financer les startups innovantes et doté au démarrage de 500 millions de DH. Un montant qui s’ajoute aux fonds qui seront levés par les trois sociétés de gestion sélectionnées par la Caisse centrale de garantie.

Ce nouvel instrument s’ajoute aux fonds spécialisés dans les activités growth et capital développement et de transmission. Le président de l’AMIC s’est félicité de cette initiative de l’Etat qui pourrait avoir un effet d’entraînement auprès du privé.
Jusque-là, le capital investissement était bloqué par deux freins. Le premier vient d’être levé à la faveur de la loi de finances 2018. Il s’agit de la suppression des droits d’enregistrement en cas de cession d’actions.

Les investisseurs étaient pénalisés dès le départ puisqu’ils devaient s’acquitter de leur mise avant même de commencer à engranger des bénéfices. La mesure, qui s’ajoute à la transparence fiscale obtenue il y a déjà quelques années, a pour objectif de redynamiser le marché des capitaux mobiliers.

Il reste encore à régler le problème de la TVA appliquée aux frais de gestion et qui est toujours supportée par les investisseurs. Or, la doctrine fiscale veut que la taxe sur la valeur ajoutée soit neutre. Les professionnels militent pour obtenir un réaménagement de la TVA qui se transforme en un impôt sur le chiffre d’affaires.

Les fonds étrangers continuent de se tailler la part du lion puisqu’ils représentent plus de 65% des montants engagés. Il est grand temps que l’épargne nationale soit orientée vers ce type d’outils d’investissement, qui offre des rendements attractifs. Des actions devraient être menées de concert avec l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), l’Autorité de contrôle des assurances et de prévoyance sociale (Acaps) et les différents opérateurs pour convenir d’un plan d’action susceptible d’attirer les investisseurs locaux. 

Le Maroc commence à être visible en Afrique. L’organisation en avril prochain à Marrakech du séminaire de la Venture Capital Association, qui regroupe tous les investisseurs en Private Equity en Afrique, en est la preuve. Un événement habituellement organisé en Afrique du Sud et qui devrait permettre au Maroc de se positionner en hub sur le continent.

Repères

  • Nombre de sociétés de gestion: 22, dont 3 dédiées à l’infrastructure
  • Effectif moyen: 6
  • Cumul des montants levés depuis 2016: 17 milliards de DH
  • Cumul des désinvestissements: 2,4 milliards de DH
  • 183 entreprises investies pour un montant de 6,3 milliards de DH
  • Nombre de désinvestissement: 98
  • L’investissement dans des entreprises en développement: 78%
  • Depuis 2011, près de 87% de transactions minoritaires
  • Taux de rendement brut: 13%
  • Durée moyenne de l’investissement: 6,1%

Source: CUC 

                                                                          

20 entreprises par an

C’est en 1999 que l’industrie du capital investissement a réellement démarré au Maroc avec la création d’une première société de gestion, en l’occurrence Moussahama. «Malgré sa jeunesse, l’industrie est aujourd’hui mature et s’impose comme un moyen de financement alternatif au crédit bancaire», affirme Nezha Hayat, présidente de l’Autorité marocaine du marché des capitaux.

En 2016, les montants investis ont atteint 786 millions de DH, dont 18 nouveaux investissements. Au total, 183 entreprises ont bénéficié de ces investissements pour un montant global de 6,3 milliards de DH. Le taux de rentabilité s’élève à 13% sur un délai moyen d’investissement de 6 ans.

Malgré le potentiel de développement de l’industrie, seule une vingtaine d’entreprises bénéficie chaque année de la contribution du capital investissement. Dans la majorité des cas, il s’agit de développement de PME déjà existantes. Les montants investis dans les entreprises en phase de démarrage ne représentent que 7% des capitaux investis.

Beaucoup de défis restent donc à relever pour développer le capital investissement en tant que moyen alternatif de financement des entreprises. Pour cela, il faut mobiliser l’épargne locale et institutionnelle. L’une des pistes consisterait à ce que les compagnies d’assurances, par exemple, investissent dans cette activité en adossant les OPCC à leur réserve technique. Une autre piste porterait sur l’investissement de l’innovation à l’image du principe du Fonds Innov Invest.

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