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    Economie

    Cour des comptes: Education: 300.000 décrocheurs chaque année

    Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5059 Le 06/07/2017 | Partager
    Driss Jettou brosse un sombre tableau du système éducatif
    Plus de 16.700 enseignants nécessaires à une rentrée scolaire «normale»

    DIRE que le système éducatif national est en déroute est presque une lapalissade. Driss Jettou, premier président de la Cour des comptes, a livré, mardi 4 juillet, son diagnostic de l’enseignement devant les deux Chambres du Parlement.
    C’est un vrai tableau noir. Les dysfonctionnements se situent à toutes les classes et sont symptomatiques d’un enseignement à la dérive. Le premier indicateur concerne le volume de la déperdition scolaire. Depuis cinq ans, «au moins 300.000 élèves quittent l’école chaque année. Le phénomène touche particulièrement le milieu rural et le niveau collégial». Le phénomène est très grave parce que chaque année, des milliers de jeunes viennent renflouer les rangs des chômeurs et des désœuvrés. 
    Les causes de la gabegie sont multiples, relève le président de la Cour des comptes. Si l’on tient compte des besoins actuels du système éducatif, le déficit s’élève à 16.700 enseignants tous cycles confondus. Dans le même temps, la carte scolaire pour l’année 2016-2017 fait ressortir un excédent de 14.055 enseignants, dont 47% (6.555) dans le cycle qualifiant. Le déficit se traduit par une forte surpopulation dans les classes. Ainsi, sur les 5,94 millions d’élèves inscrits en 2016-2017, 38% (2,23 millions) ont poursuivi leurs études dans des classes encombrées. Le seuil de surpopulation retenu par le ministère est de plus de 40 élèves par classe. Le phénomène concerne exactement 49.696 classes tous cycles confondus, dont 49% dans le collégial. Jettou rapporte également l’existence dans le monde rural de classes à niveaux multiples. Ainsi, dans plus de 6.500 classes, le professeur enseigne entre 3 et 6 niveaux. Ce qui est préjudiciable aux élèves qui doivent «subir» plusieurs programmes d’enseignement en même temps.
    L’autre aberration, qui dénote la mauvaise répartition de la carte scolaire, se décline à travers l’existence de 16.262 salles «en bon état» qui ne sont pas exploitées. Or, elles pourraient accueillir 650.000 élèves du cycle primaire, à raison de 40 par classe et par salle. Autant de dysfonctionnements qui impactent directement la qualité de la formation. Les séances des travaux pratiques des matières scientifiques ne sont pas toujours dispensées. Le volume horaire de certaines matières est parfois réduit du tiers, voire supprimé pour d’autres. L’enseignement de certaines matières est parfois dispensé par des enseignants non spécialisés, des contractuels ou des stagiaires sans aucune formation pédagogique. Il ne faut donc pas s’étonner qu’à la fin de son cycle, l’élève ne possède pas les connaissances requises pour envisager des études supérieures.
    Plus grave encore, certains professeurs n’assurent pas toujours le nombre d’heures d’enseignement réglementaire. L’examen des tableaux de service concernant un échantillon de 29.300 enseignants du cycle qualifiant et de 35.350 enseignants du collégial indique que la majorité n’assure pas la totalité du volume horaire. 40% de l’échantillon du cycle qualifiant enseignent moins de 14 heures au lieu des 21 heures réglementaires. 42% du collégial assurent à peine 18 heures au lieu de 24. 
    Le rapport du président de la Cour des comptes ne révèle pas les raisons derrière cette réduction du temps de travail des enseignants.
    Les réponses du ministère de l’Education portent sur un programme de réhabilitation des écoles pour la rentrée 2017-2018 via le renouvellement du mobilier scolaire, la restauration des façades et des espaces intérieurs. Pour pallier le déficit en ressources humaines, le ministère compte recruter par contrat 24.000 enseignants. Les concours ont été lancés en juin dernier. Il s’engage également à identifier les besoins en écoles et les établissements devant être fermés selon un ensemble de déterminants et à développer un outil pour l’évaluation des besoins en ressources humaines. Pour ce qui est de l’excédent en enseignants, il est question de «veiller à la consolidation des procédures relatives à cet aspect». Le ministère annonce également qu’une plateforme sera mise en place pour une meilleure gestion des programmes sociaux.  Les académies régionales verront leurs moyens renforcés pour pouvoir préparer des cartes scolaires et gérer les ressources humaines.

    Navigation à vue

    LA planification n’est pas déployée faute d’une carte prospective intégrant tous les déterminants scolaires et sur un horizon moyen et long terme. De plus, le gouvernement continue de faire de la navigation à vue puisqu’il n’a toujours pas en place un système d’information intégré et fiable permettant d’assurer le suivi du système éducatif, la planification, la gestion des déterminants de la rentrée scolaire, la production d’informations pertinentes et cohérentes… Des éléments indispensables pour un bon pilotage du système éducatif. Les carences de l’enseignement sont également attribuées à «la non-maîtrise des besoins en établissements scolaires». Ainsi, la construction de nouvelles écoles ou leur extension enregistrent parfois d’énormes retards. Certains établissements sont ouverts aux élèves alors que les travaux n’ont même pas encore été achevés. D’autres sont fermés par manque d’élèves.

     

    Les chiffres des paradoxes

    . Un excédent de 6.550 enseignants dans le cycle qualifiant

    . 2,23 millions d’élèves dans des classes surpeuplées

    . 49.696 classes encombrées (plus de 40 élèves)

    . 81.581 classes sous-exploitées (moins de 24 élèves)

    . Plus de 6.500 classes comptent 3 à 6 niveaux

    . 16.262 salles en bon état non exploitées

    . 9.365 salles délabrées

    . 6.614 enseignants en retraite anticipée en 2016

    . Un taux d’occupation de plus de 200% pour 212 internats

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