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Analyse

Cinéma: Les salles historiques réussiront-elles à sauver leurs derniers murs?

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5049 Le 20/06/2017 | Partager
Les multiplexes tirent leur épingle du jeu, les autres agonisent
A elles seules, Mégarama et Imax s’accaparent 75% des parts de marché
Le secteur commence à attirer de nouveaux investisseurs
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L’absence d’un blockbuster marocain s’est répercutée sur les entrées et les recettes des salles de cinémas en 2016

L’année 2016 n’a pas été bonne pour les salles de cinéma. La fréquentation a baissé de 17% et les recettes avec, soit 61,5 millions de DH, contre 74,5 millions en 2015. Le nombre d’entrées a également décliné passant de 1,8 million en 2015 à 1,5 million en 2016. S’agit-il d’une désaffection du public, d’un problème de business modèle ou d’une agonie programmée des salles obscures?

Aujourd’hui, il est clair que les salles classiques ne font plus recette. Le business modèle qui marche est incontestablement celui des salles multiplexes. La preuve, à elles seules, Mégarama et Imax s’accaparent 75% des parts de marché, selon les derniers chiffres publiés par le centre cinématographique marocain (CCM).

Leur atout: un large choix de programmation qui répond à tous les goûts, des cafés/restaurants à proximité, parking… Bref, tout un package destiné à offrir une véritable sortie et non une simple projection de film. Cette offre globale permet à ces complexes d’instaurer des tarifs d’entrée à  65 DH (contre 25 à 50 DH pour les salles classiques). En face, les salles mythiques de Casablanca font grise mine.

Même celles qui comptent plus d’un millier de places trouvent des difficultés à faire le plein (à peine 5 à 6% de taux de remplissage, selon un professionnel). Le peu de salles encore en activité (une trentaine à peine contre 270 en 1980) contribuent aussi à la baisse de la fréquentation alors même que l’Etat continue de soutenir financièrement la création et la rénovation des salles.

En 2016, 3 salles (Le Colisée à Marrakech, El Kifah à Rabat et Eden Club à Casablanca) ont bénéficié de fonds d’aide à la numérisation et la rénovation, soit un total de 4,8 millions de DH. Mais c’est loin d’être suffisant.  La numérisation et l’achat de projecteurs DCP (Digital Cinema Package, ou cinéma numérique) absorbent le plus gros de l’aide.

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Empire, Verdun, Liberté, Mauritania, Shéhérazade … A Casablanca, des dizaines de salles complètement délabrées, sont laissées à l’abandon. Leur reconversion en complexe cinématographique bute sur plusieurs difficultés : le foncier, les problèmes de stationnements au centre-ville, l’insécurité … (Ph. L’Economiste)

La majorité des anciennes salles à Casablanca  (Lynx, Rif, Ritz, ABC, Lutetia, Eden Club …) sont pénalisées tout d’abord par leur emplacement en plein centre-ville (problèmes de stationnement, insécurité…), mais aussi par une programmation limitée, une qualité son/image qui laisse à désirer… Sans compter la concurrence des DVD et autres nouvelles technologies permettant aux cinéphiles de visionner leurs films à domicile.

«L’absence d’un blockbuster marocain s’est répercuté sur les recettes en 2016», explique Hassan Belkady, propriétaire des cinémas ABC, Ritz et Rif. En effet, si en 2015, 4 films (deux marocains et deux américains) ont attiré plus de 50.000 spectateurs…En 2016 seul «Dallas» de Mohamed Ali Mejboud a dépassé ce seuil et même largement (plus de 111.000 spectateurs). Le public est donc friand de productions nationales, sachant que celles-ci bénéficient généralement d’un sursis de 6 mois avant d’être piratées par les échoppes de Derb Ghellaf.

Pour Belkady, convertir les salles existantes en multiplexes n’est pas forcément la solution pour renouer avec le public cinématographique. «Les multiplexes ne peuvent être aménagés dans les règles de l’art qu’en dehors de la ville car il faut du foncier pour le parking, la restauration…», poursuit ce passionné du 7e art, qui exploite 2.300 places en plein centre-ville.

Selon ce professionnel du grand écran, les subventions pour la rénovation des salles sont en deçà des attentes. «Aujourd’hui, 80 salles sont fermées dans l’attente de leur rénovation, mais cela ne semble pas intéresser grand-monde», assure Belkady.  Pourtant, les incitations ne manquent pas.

L’Etat rembourse 50% du coût de rénovation d’une salle existante et 30% de l’investissement pour la construction d’un bâtiment multiplexe (hors foncier). De même, le CCM débourse chaque année l’équivalent de 60 millions de DH de subventions à la production nationale.

Mais en face, le secteur de l’exploitation continue d’agoniser … au grand dam des professionnels. «J’ai dû hypothéquer ma maison pour pouvoir financer la rénovation de mes salles», déplore Hassan Belkady, qui appelle à sensibiliser le public sur le sort des salles de cinéma.

Pour drainer plus de public dans les salles, des exploitants commencent à diversifier leur programmation. Grâce à des partenariats (avec la Comédie française entre autres),  il est en effet possible de voir en direct les pièces jouées à Paris ou les opéras du Bolchoï au cinéma Rif à Casablanca. Pour les supporters du foot, le Rialto diffuse les grands matchs du Real Madrid en direct…

La mutation n’a pas eu lieu…

Dans les années 80, les salles de cinéma au Maroc attiraient pas moins de 40 millions de spectateurs par an! Aujourd’hui, à peine 1,5 million s’y rendent chaque année. Qu’est-ce qui s’est passé entre-temps? «En fait, il y a eu des mutations qui n’ont pas eu lieu au Maroc», explique Pierre François Bernet, président fondateur de Ciné Atlas. En effet, les années 90 et 2000 ont été marquées par l’émergence d’un nouveau modèle: les complexes et les multiplexes. Le Maroc a malheureusement raté ce virage.
Selon Bernet, pour pouvoir réaliser de bons taux de remplissage, il est impératif de redimensionner les salles existantes en les transformant en complexe de petites salles (3 à 5) ou multiplexes (7 à 15). Or, la majorité des cinémas marocains sont constitués d’une grande salle unique (900 à 1.500 places). Ce modèle ne fait plus recette. Bernet vient d’ailleurs de lancer un nouveau concept de salles, baptisé «Ciné Atlas». Il a entamé la transformation en multiplexe premium d’un des plus vieux cinémas de la ville de Rabat, Le Colisée (situé face au Parlement). Par la suite, Ciné Atlas prévoit de développer son réseau de salles à Agadir, Fès et dans d’autres villes. «Notre objectif est de lancer 10 complexes sur 5 ans, y compris dans les pays subsahariens», poursuit-il. Pour cet investisseur, le public est à la recherche d’une expérience radicalement différente de ce qu’il a chez lui. Confort, qualité du son et de l’image, accueil… C’est ce qui fera revenir les cinéphiles dans les salles obscures.

 

 

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