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Analyse

Fiscalité du foot: Les joueurs doivent payer leurs impôts

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5040 Le 07/06/2017 | Partager
Aucune raison qu’ils soient épargnés de ce devoir civique
Nécessité d’examiner au cas par cas la situation des clubs
Le Maroc est un paradis fiscal pour les footballeurs
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Mohamed Kaâch, expert dans le management du sport: «La Fédération royale marocaine de football doit établir une assiette d’impôts qui correspond à la réalité des revenus des footballeurs et des entraîneurs. Elle pourrait prendre en charge les revenus faibles. Ceux qui gagnent beaucoup d’argent payeront leurs impôts» (Ph. MK)

Mohamed Kaâch, expert en management du sport, appelle à en finir avec les passe-droits dans le secteur du foot. Pour ce professeur à l’Institut Moulay Rachid, joueurs et entraîneurs doivent payer leurs impôts, au même titre que les autres citoyens. Les clubs doivent bénéficier d’un traitement personnalisé, en fonction de leur situation financière.

- L’Economiste: Comment résoudre la problématique de l’imposition des clubs de football?
- Mohamed Kaâch:
Cette problématique est très compliquée. Etant donné que les fonctionnaires et les salariés paient leurs impôts, les joueurs de football doivent obligatoirement le faire. La loi 30.09, qui prévoit le passage au professionnalisme, suppose que les clubs, les entraîneurs et les joueurs paient les impôts à hauteur de 30% de leurs revenus. Or, l’impôt doit être démocratique, car dans le football, des salaires bas cohabitent avec d’autres plus hauts. C’est pour cela qu’il serait intéressant d’appliquer des taux diversifiés. A mon sens, la Fédération royale marocaine de football doit établir une assiette d’impôts qui correspond à la réalité des revenus des footballeurs et des entraîneurs. Elle pourrait prendre en charge les footballeurs ayant des revenus très faibles. Ceux qui gagnent beaucoup d’argent paient leurs impôts.

- Pourquoi c’est la Fédération et non les clubs où ils pratiquent?
- Les clubs doivent être étudiés au cas par cas. Dans la ligue professionnelle,  il y a des clubs qui ne peuvent pas fonctionner sans les subventions de la Fédération, des collectivités territoriales, …
Ils n’arrivent même pas à payer les charges régulières de l’année. La Fédération doit provisoirement aider les clubs ayant de petits budgets et les joueurs ayant un salaire très bas. Certains clubs s’enrichissent au détriment d’autres qui n’arrivent pas à trouver des sponsors. Le déséquilibre entre les clubs est patent.

- Les clubs riches ne paient pas non plus l’IR des entraîneurs et des joueurs.
- Ce n’est pas une question de club. Quand il s’agit d’impôt, l’individu est responsable face à l’Etat. Le club n’a rien à voir, car il paiera ses impôts en tant que société. En Europe, les clubs paient  un impôt sur les recettes TV, sur la billetterie, sur les joueurs, etc.

- Les clubs, en tant qu’employeurs, doivent appliquer la retenue à la source comme pour tous les autres salariés.
- Je suis tout à fait d’accord, mais une loi claire doit être adoptée. Tant qu’il n’y a pas de dispositif qui les oblige à cela, les clubs ne le feront pas. A mon sens, ils doivent taxer les entraîneurs et les joueurs et payer les cotisations de retraite pour les joueurs professionnels. Quand ils finissent leurs carrières, que vont-ils devenir?
- Manque de transparence, maquillage des comptes,… la comptabilité des clubs est très opaque. Que faut-il faire?
- Je ne rentre pas dans ces considérations, mais une ligue professionnelle suppose une direction de contrôle et de gestion dont le rôle est de contrôler les dépenses de fonctionnement des clubs sur le plan budgétaire. Il s’agit de vérifier s’il y a ou pas des tricheries. Dans un tel cas, il faudra placer les tricheurs devant la responsabilité de la justice. Si cette direction ne fonctionne pas, la situation continuera ainsi.
- Quel est le schéma d’imposition dans le monde?
- Chaque pays a son propre modèle. Tout le monde paye les impôts avec des taux variables d’un pays à l’autre. Nous savons que les revenus dans les pays développés sont taxés entre 60% et 70%. La contribution du football dans les impôts, taxes et cotisations sociales avoisine les 800 millions d’euros en France. C’est pratiquement le quart du chiffre d’affaires du football professionnel, estimé à 5,58 milliards d’euros. De ce point de vue, le Maroc constitue un paradis fiscal pour les footballeurs vu que leurs salaires ne sont pas fiscalisés.

- A votre avis, comment sortir l’économie du sport, avec notamment  les produits dérivés, de l’informel?
- L’informel constitue un handicap énorme pour le développement des entreprises dans le domaine du sport. Il n’y a pas un contrôle très rigide de l’Etat sur les fausses marques, les tricheries des matches et des compétitions. Il y a des entreprises de sports qui souffrent de cela, parce qu’elles n’arrivent pas à se développer. Certaines veulent mettre sur le marché de nouvelles marques mais sont dépassées par la contrefaçon. Le marché des produits sportifs est pratiquement embryonnaire parce que l’informel les tue. Il faut agir au niveau du sponsoring et des marques.
Le marché du spectacle sportif et la production des marques doivent être réglementés. L’événementiel est devenu pléthorique, car n’importe qui peut organiser n’importe quel événement sportif. Cela a des conséquences sur le sponsoring. Des personnes ouvrent des salles de sport ou de remise en forme, sans le moindre respect des normes de contrôle. La législation sportive reste encore insuffisante pour faire face à ces pratiques.

- Quel commentaire vous inspire le salaire de l’ancien sélectionneur national Eric Gerets, tenu «secret»?
- Ce n’est pas normal. Le sujet a fait l’objet de beaucoup de tapage. Il y a des entraîneurs en Europe qui gagnent des dizaines de millions d’euros par an, mais on n’en parle pas. Ils font un travail difficile, constamment confrontés à une pression énorme.
Peu importe le revenu des entraîneurs, il faut qu’il soit réaliste. Je trouve les sommes annoncées à l’époque faramineuses pour un pays en voie de développement.

Hooliganisme

«Le hooliganisme et la tricherie plombent le football. Il est impératif de se battre pour les éradiquer. Notre football est très riche de jeunes talents, avec beaucoup de potentiel. Plusieurs sponsors sont  intéressés par le football national», souligne Mohamed Kaâch. Selon lui, l’incompétence et les conflits internes entre dirigeants se répercutent sur le niveau de jeu des joueurs. Car, même avec les meilleurs joueurs et un bon entraîneur, le mauvais management mène le club à l’échec. Le manque de communication entre les clubs et le public est également un caillou dans les pieds des dirigeants.

Mercato

Au ministère des Finances, on est convaincu que les clubs réalisent des bénéfices dans plusieurs niches. Le Mercato offre des possibilités de recettes importantes à l’occasion de transferts des joueurs vers des clubs plus prestigieux et plus riches. Dans ces opérations, les clubs concernés dégagent des plus-values consistantes, la plupart réalisées au noir. En outre, le club dispose de sa propre école de formation où les parents des jeunes mettent la main à la poche. A cela s’ajoutent des activités commerciales, les restaurants et les droits de diffusion TV.

Propos recueillis par
Mohamed CHAOUI

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