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    Jeunes, ni étudiants ni en emploi: Pourquoi décident-ils de décrocher de tout?

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5039 Le 06/06/2017 | Partager
    Il existe plusieurs sous catégories avec des besoins différents
    Une perte de capital humain, mais aussi une bombe sociale à désamorcer
    Des dispositifs de repérage et d’inclusion sociale sont nécessaires
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    Globalement, plus d’un jeune sur quatre âgé de 15 à 24 ans n’est ni à l’école, ni en formation, ni en emploi. Parmi les 18-24 ans, plus du tiers sont dans cette situation

    Vivre sans statut particulier. C’est le cauchemar des Neet ou «nini», ces jeunes âgés entre 15 et 24 ans, ni à l’école, ni en formation, ni en emploi. Ils sont près de 1,7 million à être dans cette situation au Maroc (2,7 millions si l’on monte à l’âge de 29 ans). Comment des jeunes dans la fleur de l’âge peuvent-ils être exclus de tout? L’on sait peu de cette population de laissés pour compte.

    Si ce n’est leur nombre total, et leur répartition par tranche d’âge et par genre (voir illustrations). Du reste, peu d’études et d’enquêtes s’intéressent à eux. Il existe plusieurs catégories de nini, selon l’European Training Foundation (ETF). Des jeunes n’ayant pas trouvé d’emploi, prenant soin de leurs familles, découragés, souffrant de problèmes de santé ou Neet volontaires. Ce sont donc des groupes divers avec des vécus différents et des attentes différentes. Chacun devrait, ainsi, faire l’objet d’un accompagnement à part.

    Si dans d’autres pays, notamment en Europe, des dispositifs de détection et des politiques spécifiques d’inclusion économique et sociale les ciblent, il n’en est pas de même au Maroc. Cette population gigantesque est tout simplement occultée.
    Seules quelques rares ONG partent à leur rencontre et tentent de les aider à reprendre leur avenir en main, à l’instar de l’Heure Joyeuse (voir L’Economiste n°4990, du 28 mars 2017).  

    «Ces jeunes constituent une perte de capital humain dans chaque économie, car ils ne sont pas inclus dans les systèmes formels de production et d’échange. Ceci engendre des pertes économiques et sociales, car aucune des opportunités productives n'est saisie par cette catégorie», relève Ahmed Driouchi, professeur d’économie, doyen de l’Institut d’analyses économiques et d’études prospectives (IEAPS) de l’Université Al Akhawayn.

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    Dans les autres pays de la région, la situation est au moins aussi catastrophique qu’au Maroc. L’Egypte enregistre un taux record de 53,6% de Neet parmi les jeunes femmes. Dans l’UE, par exemple, la part est beaucoup moins importante. Le taux des 15-24 ans nini est de seulement 13,1%. Il est de 13,4% pour les jeunes femmes

    Non seulement ils représentent une perte, mais aussi un «fardeau pour leur famille et pour l’ensemble de la société», insiste le chercheur. Il est donc important de les repérer, bien les étudier, et surtout, partir les chercher chez eux, afin de leur proposer une aide ciblée. «Leur identification et leur suivi sont essentiels. Autrement, ils constituent une menace pour eux-mêmes, pour leurs familles et pour la société», prévient Driouchi.

    Au Maroc, la défaillance du système éducatif est déterminante. En 2013-2014, par exemple, plus de 352.000 écoliers, collégiens et lycéens ont abandonné leur scolarité. Le programme de l’école de la 2e chance lancé en 1997 afin de réintégrer les élèves en décrochage scolaire n’a pas servi à grand-chose.

    L’on compte aujourd’hui 14 fois plus d’enfants de 8 à 15 ans en dehors de l’école (700.000 contre 50.000 il y a vingt ans). Une fois dehors, leur calvaire commence. Sans qualifications particulières, leurs chances de trouver un emploi digne, et surtout stable, sont minimes.

    Le marché de l’emploi formel leur ferme ses portes. Même en justifiant d’un diplôme supérieur (dont la valeur est souvent biaisée), les choses ne sont pas plus faciles. Le taux de chômage des 15-24 ans est de 22,5%. Les plus diplômés sont ceux qui en souffrent le plus (jusqu’à 25,3% pour les lauréats des facultés publiques).

    La dureté de la conjoncture économique et le manque d’opportunités à saisir n’aident pas. Devant cette situation, beaucoup seraient tentés de baisser les bras. Il s’agit là d’une bombe sociale à désamorcer avant qu’il ne soit trop tard. Une mobilisation générale est nécessaire. Le «Hirak» du Rif est, de ce point de vue, porteur de leçons.

    Profil-type: Une fille, âgée entre 18 et 24 ans

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    78% des Neet sont des filles, soit plus de 1,3 million d’adolescentes et de jeunes femmes de 15 à 24 ans (contre 366.000 jeunes hommes).
    Dans cette tranche d’âge, le taux de prévalence du statut de Neet auprès des filles est de 44% (11,7% auprès des garçons).
    La probabilité d’être Neet est encore plus forte chez les jeunes femmes de 18 à 24 ans, avec une part de 53,5%, soit un effectif d’environ 1,07 million (15,5% pour les garçons, soit 308.000).
    Généralement, les filles, notamment rurales, sont celles qui abandonnent le plus l’école. Le taux de scolarisation des filles rurales en témoigne. Il passe de 97,3% au primaire à seulement 29,5% au lycée. Ce sont aussi elles qui ont le plus de chances d’être mariées de force très jeunes, d’être gardées à la maison pour participer aux tâches ménagères, et qui ont le plus de mal à accéder au marché du travail.
    Le taux d’activité des femmes au Maroc est, d’ailleurs, d’à peine 23,6%. Ce qui signifie que plus de 76% sont exclues du marché de l’emploi. Elles peuvent donc plus facilement sombrer dans le statut de Neet.

     

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