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    Entreprises

    Les raisons du virage africain du groupe Engie

    Par Franck FAGNON | Edition N°:5038 Le 05/06/2017 | Partager
    Le faible taux d’électrification ouvre d’importantes opportunités
    Les ambitions du groupe dans le gaz naturel au Maroc
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    Bruno Bensasson pilote la direction Afrique d’Engie. Au-delà des places fortes que sont le Maroc ou encore l’Afrique du Sud, le groupe veut accélérer son expansion dans les autres régions du continent. Engie veut développer ses trois métiers sur le continent (Ph. B.B.)

    Principalement engagé en Afrique du Nord et du Sud, Engie (l’ex-GDF-Suez) a opéré un virage important pour développer ses opérations en Afrique subsaharienne. Pour y accélérer sa présence, l’énergéticien français a créé l’année dernière une direction opérationnelle entièrement dédiée à cette ambition. La faible électrification du continent ouvre des opportunités pour le groupe. Il veut y développer ses trois métiers, dont la production d’électricité, avec une quarantaine de projets pour un potentiel de 10 GW. Au Maroc où il a développé des centrales éoliennes et construit actuellement avec Nareva et Mitsui une centrale à charbon à Safi, Engie veut élargir son activité à d’autres domaines tels que le gaz naturel. Bruno Bensasson, directeur général Engie Afrique, explique la stratégie du groupe sur le continent et ses visées au Maroc
    - L’Economiste: Dans plusieurs pays africains, c’est encore un luxe d’avoir l’électricité toute la journée pour les populations. Comment expliquez-vous cette situation?
    - Bruno Bensasson:
    En effet, environ 65% de la population africaine, soit près de 700 millions de personnes, n’a pas accès à l’électricité ou n’a qu’un accès insuffisant, au moyen de moteurs diesels très chers. L’Afrique dispose d’une capacité électrique installée équivalente à celle de l’Allemagne, pour une population vingt fois supérieure! Et deux tiers de la consommation est concentrée en Afrique du Nord et en Afrique du Sud. C’est dire si la situation est hétérogène et si le cœur de l’Afrique subsaharienne manque d’électricité. Mais ce n’est pas une fatalité: les choses peuvent changer! On l’a vu au Maroc qui, en moins de vingt ans, avec l’effort d’investissement et le savoir-faire technique, a atteint un taux d’électrification de près de 100%.

    - A quoi tient ce retard abyssal du continent en matière d’accès à l’énergie?
    - Il n’y a aucune justification à cela car c’est humainement inacceptable, mais il y a beaucoup d’explications. Les premières sont d’ordre physique et géographique: l’électricité se transporte mal alors que le continent est immense et présente, dans certaines régions, des densités parmi les plus faibles au monde: raccorder chaque habitation coûte alors très cher. Les secondes sont économiques: de nombreux pays d’Afrique ont encore des revenus faibles, inférieurs à 1.000 euros par an et par habitant, et leurs recettes fiscales sur l’économie formelle sont encore plus faibles au regard des investissements nécessaires. Et dans de nombreux pays, ces investissements sont restés longtemps la responsabilité de monopoles publics, qui avaient du mal à équilibrer leurs budgets, pour diverses raisons politiques ou commerciales.
    Enfin, il y a des questions d’ordre financier et régulatoire: l’électricité est un secteur très capitalistique. Même si les choses sont en train de changer, c’est un secteur du temps long, où il faut des années pour construire une centrale et des décennies pour l’amortir. Dans ces conditions, engager des investissements suppose une très grande visibilité, dont peu de pays africains disposaient.

    - Quel bilan tirez-vous de votre activité au Maroc et de votre partenariat avec la SNI?
    - La coopération d’Engie avec le Maroc est une des plus anciennes, des plus avancées et des plus réussies. Elle a commencé dans le domaine de l’eau avec la Lydec et se poursuit aussi dans les domaines de l’électricité et des services énergétiques; et, nous l’espérons, bientôt dans celui du gaz naturel. Le Royaume nous a offert un climat d’affaires et des conditions d’investissement stables, prévisibles, sécurisants. Nous avons créé des filiales locales avec des équipes marocaines, pour développer et exécuter notamment des contrats de services énergétiques, à raison de 400 collaborateurs aujourd’hui. Dans l’installation, la maintenance ou l’efficacité énergétique, Engie est ainsi devenue au Maroc une entreprise reconnue pour la qualité de ses services par ses clients (le port de Tanger, l’usine Renault, Casa Marina, l’hôpital militaire Mohammed V à Rabat, etc.).
    Notre partenariat avec la SNI et sa filiale énergétique Nareva est évidemment stratégique. C’est un partenariat basé sur le respect, la complémentarité et la confiance. Il a commencé avec les projets éoliens de 300 mégawatts à Tarfaya et thermiques de Safi, qui sont aujourd’hui de vrais succès industriels. Si nous l’avons commencé avec la production d’électricité, nous entendons l’élargir à d’autres domaines tels que le gaz naturel. Qui plus est, si nous avons débuté au Maroc, nous entendons développer des projets communs dans le reste du continent, dans le sillage de la politique africaine engagée et menée par le Souverain.
    - Est-il plus facile de convaincre les investisseurs de vous suivre sur les projets africains?  
    - Plus facile qu’avant? Certainement. Plus facile qu’ailleurs? Je dirais qu’il n’est jamais difficile de financer un bon projet, a fortiori dans un contexte de liquidité abondante. Ce qui peut être difficile en revanche parfois, c’est de trouver de bons modèles d’affaires dans de bons cadres régulatoires. Autrement dit, l’assurance raisonnable d’un profit raisonnable dans la durée. Et si le coût du capital reste plus important en Afrique qu’ailleurs c’est que la perception du risque, à tort ou à raison, reste plus élevée qu’ailleurs.
    Il existe déjà de bons modèles d’affaires pour la production centralisée d’électricité sous la forme de partenariats publics, garantis par des tarifs couvrant les coûts du système. De tels modèles doivent encore être affinés pour les réseaux et les solutions hors réseaux, notamment pour attirer de l’épargne vers ce qui s’apparente à du crédit à la consommation.

    - Comment concilier les exigences de rentabilité toujours plus élevées des investisseurs et l’accès des populations à l’électricité à un prix abordable?
    - Cette réconciliation est indispensable: la rémunération des investisseurs est indispensable parce que l’épargne privée sera requise pour financer l’investissement électrique africain: les prêts et les aides publiques sont nécessaires, mais ne suffiront pas. Un prix abordable de l’électricité est non moins nécessaire s’agissant d’un bien de première nécessité économique et sociale. Et dans bien des cas, c’est en effet l’impossibilité de financer les investissements par des tarifs maintenus à des niveaux inférieurs aux coûts des choses qui aura conduit aux déficits constatés.
    Et je crois cette conciliation possible. Premièrement, constatons que l’aide publique, même si elle n’est pas infinie, permet de réduire le coût. Que de nombreux pays ont courageusement engagé des réformes pour rapprocher les tarifs et les coûts du secteur, condition de sa viabilité. Que plus le risque sera réduit, plus le coût du capital sera bas et ainsi celui de l’électricité. Que des systèmes ciblés permettent de réduire les charges des ménages les plus pauvres. Que les ménages africains dépensent en téléphonie des sommes comparables à une facture électrique et que la couverture dépasse là 100%!

    67 milliards d’euros de chiffre d’affaires

    Acteur mondial de l’énergie, Engie intervient dans l’électricité, le gaz naturel et les services à l’énergie. Valorisé à 33 milliards d’euros à la Bourse de Paris (Engie est également coté à Bruxelles), le groupe, détenu à hauteur de 33% par l’Etat français, a réalisé un chiffre d’affaires de 67 milliards d’euros en 2016, la moitié du PIB du Maroc. L’Europe est de très loin son premier marché. La contribution des activités africaines au revenu reste pour l’instant minime (0,3 milliard d’euro). Engie opère dans 70 pays et emploie plus de 153.000 personnes. Le plan stratégique du groupe prévoit un investissement de 22 milliards d’euros sur la période 2016-2018.

    Propos recueillis par Franck FAGNON

                                                                    

    La présence en Afrique du Sud

    Depuis près de 60 ans, Engie est actif en Afrique dans les services à l’énergie et à l’environnement sous des marques telles que Suez ou Tractebel dans l’ingénierie. Le groupe français intervient depuis près d’un demi-siècle dans le gaz naturel, à l’origine sous la marque Gaz de France, en Algérie, en Egypte ou au Nigéria. Plus récemment (depuis cinq ans), il opère dans la production d’électricité.

    L’opérateur développe des projets à partir d’énergie renouvelable mais pas seulement. Engie exploite en Afrique du Sud des centrales au fioul et construit au Maroc, en partenariat avec Nareva et Mitsui, une centrale au charbon à Safi. «Nous sommes engagés pour mener à bien ce projet mais nous ne ferons pas d’autres projets au charbon, conformément à la stratégie mondiale de transition énergétique d’Engie», relève Bruno Bensasson, directeur général de Engie Afrique. 

    A l’avenir, l’électricien français développera la production d’électricité à partir de gaz naturel et d’énergies renouvelables. «Nous sommes déjà très heureux d’avoir développé l’éolien au Maroc et en Afrique du Sud. D’autres pays recèlent aussi de potentiels considérables dans l’hydroélectricité, la géothermie et la biomasse, qui sont autant de savoir-faire d’Engie».

    Le portefeuille de projets de production électrique d’Engie en exploitation et en cours de construction en Afrique atteint 3 gigawatts (GW). A l’échelle du groupe, la puissance installée est de 110 GW. C’est pratiquement l’équivalent de la capacité électrique installée pour toute l’Afrique (160 GW). «Les énergies renouvelables présentent de nombreux avantages, au plan écologique mais aussi économique: leur coût a baissé et ne remontera pas avec les cours du pétrole. Elles peuvent être déployées de façon plus modulaire et rapide que le charbon ou le nucléaire. Mais le solaire et l’éolien restent intermittents et le gaz naturel constitue leur complément idéal, flexible et compétitif», analyse Bensasson.

    Pour accroître sa présence africaine, Engie a créé l’année dernière une direction opérationnelle entièrement dédiée à cette ambition. Installées aux quatre coins du continent, les équipes sillonnent le terrain pour identifier les opportunités de développement. Le portefeuille de projets s’est rapidement étoffé en dix huit mois.

    L’opérateur souhaite poursuivre son développement dans ses trois métiers: la production d’électricité, avec une quarantaine de projets pour un potentiel de 10 GW, les infrastructures et la vente de gaz naturel, les services énergétiques aux entreprises, aux collectivités et aux particuliers, domaine dans lequel Engie ambitionne de servir 10 millions de personnes avant 2025 par les systèmes solaires domestiques et les micro-réseaux. L’électricien prévoit un développement à la fois organique et par croissance externe, dans tous les cas en partenariat avec des acteurs locaux.

     

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