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International

Les Algériens votent sans enthousiasme

Par Nadia SALAH | Edition N°:5016 Le 04/05/2017 | Partager
Les questions de successions politiques ne sont toujours pas résolues
Un grand changement est en gestation en économie
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Issad Rebrab, probablement le premier entrepreneur privé d’Algérie (ici en janvier 2014 devant une maquette voilée) se tient officiellement loin de la politique et n’affiche pas ses liens avec les militaires ou les sécuritaires. Rebrab agit exactement à l’inverse de Rafik Khalifa. Celui-ci avait fait une fortune colossale en quelques années. Juste au sortir de la guerre civile, il était présenté comme le «modèle de réussite  à l’algérienne», sans que l’on sache d’où venaient ses fonds. Ceux-ci ont disparu aussi vite qu’ils étaient venus. Khalifa est aujourd’hui en prison pour encore une quinzaine d’années. Entre ces deux extrêmes, il faut noter que la place des entreprises  privées est en train de changer fortement, mais silencieusement (Ph. AFP)

Il y a plus d’articles sur les élections françaises que sur nos législatives: c’est la blague  qui amuse ou désespère nos voisins algériens, car elle est presque vraie. L’Algérie élit aujourd’hui 4 mai 2017, ses députés, auxquels elle accorde bien peu de crédit, beaucoup moins qu’en ont les élus marocains.

Pourtant, il est interdit de s’en moquer «de manière à engendrer l’abstention»: on risque de 3 mois à 3 ans de prison plus une amende assez faible équivalente  au maximum à  3.000 DH (60.000 dinars). Un blogueur vient d’ailleurs d’être arrêté pour ce motif. Alger a fait savoir qu’elle n’accorderait pas de visa, pour suivre les élections, aux journalistes étrangers qui lui sont  «défavorables».

Difficile, sous ces deux conditions, d’avoir une bonne vue du processus politique. Lors des dernières élections, celles du président Bouteflika, le taux de participation a été contesté, à l’extérieur du pays, parfois par des officiels s’exprimant «sous le sceau du secret», dont on ne peut pas être sûr, donc. Les taux de participation varient selon les sources de 20% à 43%, ce dernier chiffre étant le chiffre officiel. Lequel est inférieur d’une dizaine de points  aux taux marocains (hors référendum).

Le souci de l’Algérie est d’avoir une méthode pacifique et incontestée pour assurer les successions au pouvoir. Des voix, des universitaires exerçant à l’étranger essentiellement,  commencent à poser ce problème, comparant parfois avec le système marocain, qui assure la succession sur le trône comme les changements de majorité gouvernementale. A l’intérieur, les professeurs-chercheurs évitent la comparaison, car ils se heurtent alors à l’opinion publique. Pour celle-ci, en effet, le défaut majeur du Maroc est de ne pas être anticolonialiste, un défaut qui, à ses yeux, pèse nettement plus lourd que la qualité d’une vie politique  qui n’a de violence qu’en parole.

Les Algériens ont effectivement obtenu une relative pacification, avec «seulement» un peu plus de 500 actes terroristes enregistrés l’année dernière, alors que les «années noires» (le nom de  «guerre civile» est banni)  ont fait entre 150.000 et 200.000 morts, ce qui fait plus de 5 morts par jour. C’est effectivement très lourd à porter, mais il faut noter que l’opération d’amnistie proposée par le président a bien fonctionné.

La diplomatie d’Alger a réussi à transformer cette terrible décennie en une sorte de label antiterrorisme pour sa politique étrangère (voir encadré), aujourd’hui valorisée à l’échelle internationale.

Une revanche des affaires privées?

Ce que l’on mesure très mal au Maroc est le changement  de références s’opérant en ce moment en Algérie, plus exactement dans les grandes villes (moins nombreuses qu’au Maroc, en dépit d’une population nettement plus nombreuse). On peut sentir ce changement à travers des articles de presse critiquant «l’envahissement de la politique par l’argent». Il s’agit en fait de la présence sur les listes électorales  d’entrepreneurs  privés parfois de taille respectable, plus grande que les PME du Maroc. Les politiciens classiques cherchent ainsi les financements de campagne, moins gourmands qu’au Maroc, et surtout sans contrôle.

A terme, il va de soi que la présence comme les financements d’entrepreneurs privés vont changer le paysage et modifier des façons de voir l’économie.  Certes l’entreprise privée a toujours été présente dans la politique économique, mais elle commence à compter avec l’arrivée des consœurs algériennes, qui, elles, s’appuient sur un PIB exactement deux fois plus gros que celui du Maroc. Même si aujourd’hui, cela ne se voit pas dans le niveau de vie de la population.

Politique étrangère figée

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Le Maroc et l’Egypte fournissent plus de 2.400 hommes pour les casques bleus, l’Agérie 5

Pas d’intervention à l’extérieur, mais des frontières super-gardées et des réponses fortes, voire démesurées, en cas d’attaque sur les installations pétrolières («pas de prisonniers!»): la politique de défense algérienne reste figée dans le temps aux alentours des années 1960. Comme la politique étrangère, laquelle engendre tant de déboires pour le Maroc, via le Sahara.
Vue du Maroc, la politique extérieure d’Alger paraît étonnamment fermée, surtout compte tenue des moyens qu’elle pourrait mobiliser. A Alger, au contraire, cette politique étrangère se vit comme ouverte, «très présente» en Afrique et en Occident, «soutenant les mouvements d’émancipation et l’anticolonialisme», assis sur «l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation».
Alger a plusieurs fois proposé sa médiation dans des conflits internationaux (Iran-USA, Mali, Libye…). Cette position, en dépit de résultats médiocres, s’inscrit dans la fierté nationale de «travailler pour la paix».
Concernant  l’antiterrorisme, Alger se présente comme «le recours stable de la région». Un discours qui ne passe pas très bien en Europe, mais qui fait référence à Washington. Les Etats-Unis n’ont pas eu à  se heurter à la mauvaise volonté algérienne dans le partage d’informations et la poursuite des terroristes, au nom des principes des années 1960, justement.
L’indisponibilité du président comme les changements de paradigmes ont fait perdre à l’Algérie sa force, voire sa prééminence, sur le continent. Alger souhaite les reconquérir. Mais elle use plus d’attaques contre le Maroc que d’une stratégie bien arrêtée, dont elle a pourtant largement les moyens.

 

 

 

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