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Analyse

Délais de paiement: Situation critique dans le BTP et le commerce

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5016 Le 04/05/2017 | Partager
Depuis octobre 2016, les impayés se multiplient dans tous les secteurs
Même s’il a ralenti, le rythme des défaillances reste très haut: +20% prévu cette année
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Frédéric Louat, directeur général de Coface Maroc. Pour 60% des entreprises, le délai moyen de paiement se situait au-delà de 60 jours en 2016 contre 50% l’année précédente, relève l’enquête de Coface, la société d’assurance-crédit. Il s’agit clairement d’une dégradation d’une situation qui était déjà mauvaise.  Le fait nouveau, c’est de voir de très grandes entreprises commencer à payer avec retard. Il semble bien que la crise de trésorerie s’étend aux entreprises que l’on croyait protégées jusque-là (Ph. L’Economiste)

- L’Economiste: Qu’avez-vous relevé sur le comportement de paiement des entreprises en 2016 et au premier trimestre 2017? Il semble que les délais se sont détériorés.
- Frédéric Louat:
L’enquête 2016 de Coface a montré un allongement des délais de paiement des entreprises marocaines. Par exemple, 60%  avaient des délais moyens supérieurs à 60 jours en 2016, contre seulement 50% des entreprises l’année précédente. En outre, les informations que nous fournissent nos assurés montrent que ces délais se sont fortement accrus au cours de l’année 2016, pour atteindre un pic au dernier trimestre. L’allongement des délais de paiement a été alimenté à la fois par la lenteur de règlement des donneurs d’ordre publics et par les tensions de trésorerie du secteur de la construction. Ces tensions de trésorerie saisonnières dans la construction ont été aggravées l’hiver dernier par les conditions météorologiques qui ont ralenti beaucoup de chantiers. Par effet domino, ce sont les délais de paiement des entreprises dans beaucoup de secteurs qui se sont allongés depuis octobre dernier. Nous nous attendons à ce que l’enquête 2017 de Coface, qui sera bientôt lancée, confirme cette tendance, en apportant des indications plus précises.

- Si vous devriez brosser une cartographie, dans quels secteurs la situation serait la plus grave?
- Les secteurs qui font face aux plus grandes difficultés de trésorerie sont la construction, mais aussi le commerce. Ce n’est pas nouveau, mais la tendance s’est amplifiée en 2016. A la fin de 2016, quasiment tous les secteurs ont été touchés, par effet domino. Le fait nouveau est que nous avons vu de très grandes entreprises commencer à payer avec retard. Ces retards étaient parfois attribués à des raisons «techniques», mais il nous semble bien que la crise de trésorerie a touché des entreprises que l’on croyait protégées jusque-là.
A l’opposé, il est certain que le secteur agricole va bénéficier d’une amélioration de sa situation de trésorerie du fait de la bonne campagne en cours. Néanmoins, cette amélioration ne devrait pas forcément se traduire par une réduction des délais de paiement puisque les délais accordés par les fournisseurs sont calés sur les cycles de récolte et sont particulièrement longs (fréquemment 180 à 210 jours).

- Quel est l’impact de la détérioration du comportement de paiement sur le niveau de primes de couverture?
- Au Maroc, nous n’avons pas assisté à une augmentation généralisée des primes d’assurance-crédit en réaction à l’augmentation des retards de paiement. Chez Coface Maroc, par exemple, nous apportons un accompagnement individualisé à nos assurés qui voient leurs impayés s’accroître de façon importante. Nous préférons travailler avec eux pour améliorer la gestion de leur poste clients. Nous discutons aussi avec nos clients de leur stratégie commerciale, quand cette stratégie les oriente vers des marchés ou vers des segments de marché qui sont particulièrement sinistrogènes. Nous jouons donc un rôle d’accompagnement autant que d’indemnisation. C’est seulement quand tous ces efforts ne suffisent pas à réduire les impayés que nous envisageons des hausses de prime – cela arrive relativement peu fréquemment.
- Quelles sont les catégories qui souffrent le plus des impayés et les conséquences en termes de dépôt de bilan, voire de la mortalité des entreprises?
- Sur notre portefeuille d’assurés, les entreprises qui subissent le plus de retards de paiement de leurs clients sont avant tout les fournisseurs au secteur de la construction, qu’il s’agisse des cimentiers, des producteurs de câbles électriques ou des fournisseurs de produits semi-finis. Les grossistes de produits électroniques et de produits électroménagers souffrent aussi particulièrement de retards de paiement de leurs clients, voire d’impayés importants. Sur les activités d’exportation, un certain nombre d’acteurs du secteur agroalimentaire ont eu des impayés, notamment quand ils ont vendu en Afrique subsaharienne.
Ceci dit, les impayés subis par nos assurés n’ont pas eu de conséquences dramatiques pouvant menacer leur survie. Cela prouve que l’assurance-crédit fonctionne, puisque aucune entreprise effectivement assurée par Coface Maroc n’a été en cessation de paiement du fait des impayés qu’elle a subis.

Propos recueillis par
Abashi SHAMAMBA

                                                                          

Le dernier trimestre 2016 a été meurtrier

D’après plusieurs indicateurs, nous pourrions assister à un retournement de tendance. En effet, le nombre de défaillances d’entreprise a bondi entre octobre 2016 et janvier 2017. Néanmoins, la tendance depuis février dernier semble s’être inversée, avec des augmentations des défaillances qui sont beaucoup moins élevées que par le passé. Les premiers chiffres montrent même que les défaillances d’entreprise au Maroc auraient pu diminuer en avril, par rapport à avril 2016. C’est également ce que nous voyons sur notre portefeuille d’assureur-crédit.

 Le nombre de retards de paiement déclarés par nos assurés depuis le début de l’année est stable par rapport à l’an dernier, alors que notre portefeuille a beaucoup augmenté. Il est possible que cette amélioration soit seulement un feu de paille. La crise de liquidité au cours du quatrième trimestre 2016 a probablement accéléré les défaillances des entreprises fragiles qui, dans un autre environnement, auraient de toute façon été en cessation de paiement quelques mois plus tard.

Donc nous sommes très prudents concernant nos prévisions. Il est probable qu’en 2017 les défaillances d’entreprise au Maroc continuent d’augmenter d’environ 20%. C’est moins rapide qu’en 2016 (+25%) mais davantage que le rythme historique passé (+14% par an en moyenne entre 2008 et 2015). Une des raisons principales de notre prudence provient de l’atonie du crédit bancaire aux entreprises, notamment des crédits de trésorerie. L’évolution des crédits de trésorerie n’est pas suffisante pour permettre aux entreprises de surmonter des situations, même temporaires, de crise de trésorerie.

Au sens de Coface, la défaillance d’une entreprise équivaut à une situation de cessation de paiement qui est sanctionnée par une action judiciaire, qu’il s’agisse d’un redressement ou d’une liquidation. Une défaillance  ne signifie donc pas forcément une disparition de l’entreprise. Une entreprise en redressement peut continuer de fonctionner et, parfois, revenir à une situation normale au bout de quelques années.

 

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