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    Economie

    Gouvernance et leadership: «Le Maroc affiche la plus belle progression du continent»

    Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:4998 Le 07/04/2017 | Partager
    L'indice Ibrahim souligne la différence du pays surtout en matière de développement durable
    De grands écarts entre les Etats africains et des facteurs de fragilité
    L’Afrique du Sud régresse, la Libye plonge
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    Le milliardaire Mo Ibrahim a aussi mis en place un fonds d’investissement. Il a pris des participations par exemple dans un groupe scolaire marocain qui a démarré son expansion en Afrique (Ph. Mokhtari)

    Pour améliorer la gouvernance en Afrique, Mo Ibrahim, milliardaire philanthrope a mis en place la fondation qui porte son nom, et c’est l’ancien président du Mozambique, Joachim Chissano qui s’est vu décerner le premier prix doté de 5 millions de dollars. Via ce prix, Mo Ibrahim récompense un ancien chef d’état africain qui a quitté le pouvoir depuis moins de trois ans, pour sa «bonne gouvernance». Pour lui, la bonne gouvernance est cruciale. C’est ce qui va permettre à l’Afrique d’évoluer, prospérer et créer des emplois. Il a lancé à travers sa fondation, l’indice Ibrahim de gouvernance africaine (IIAG) pour évaluer chaque année les prestations de biens et services publics délivrés aux citoyens de chacun des 54 pays du continent, à travers une batterie de 95 indicateurs.

    - L’Economiste: Votre fondation travaille particulièrement sur un indice qui mesure l’évolution de la gouvernance en Afrique. Quelles sont les évolutions constatées?
    - Mo Ibrahim: Si la gouvernance en Afrique s'est améliorée au cours de la dernière décennie, on constate néanmoins un certain essoufflement depuis trois ans. En fait, l’Afrique est plurielle et ses pays n’évoluent pas au même rythme. Sur les 10 dernières années, le niveau de gouvernance globale pour l’ensemble du continent a augmenté d’un point mais avec des écarts très importants entre certains pays qui ont fortement progressé et d’autres qui enregistrent un déclin important. Le Maroc affiche par exemple la plus belle progression, en particulier dans la dimension développement économique durable. La Libye en revanche est le pays pour lequel cette dégradation a été la plus marquée, l’Afrique du Sud a aussi dégringolé. Nous devons continuer à progresser. Je suis convaincu du potentiel du continent africain, je le sais par expérience personnelle. Mais ce potentiel n’est pas encore délivré en raison d’un déficit de gouvernance et de leadership. D’où ma décision de construire et mettre à disposition des outils qui permettent de les mesurer et de les renforcer. Cet indice de gouvernance, c’est un tableau de bord qui permet à la société civile comme aux gouvernements eux-mêmes d’évaluer leurs progrès mais aussi de percevoir les clignotants pour mieux comprendre la situation.

     - Vous décernez chaque année le prix Ibrahim pour un ancien chef d’Etat africain. Quels sont les critères d’éligibilité?
    - Les critères sont simples. Le prix est décerné à un ancien chef d’état ayant quitté le pouvoir dans des conditions conformes à la constitution, qui a su faire évoluer son pays à la fois en termes de développement et de démocratie, et qui a fait preuve d’excellence dans l’exercice du pouvoir. Ce sont ces personnes, souvent méconnues, qui sont les vrais héros de nos temps agités. On regarde bien sûr aussi de près l’évolution du pays durant le mandat du lauréat sur le plan économique et social (éducation et santé), au niveau des droits de l’homme, de la lutte contre la corruption…

    - Justement, le comité d’attribution du prix n’a été attribué à personne en 2016. Il devient difficile de trouver les profils?
    - S’il n’y a pas eu de prix pour 2016, c’est parce que le comité n’a pas trouvé de candidat à la hauteur. Personnellement, je ne suis pas membre du comité d’attribution, mais je sais que le jury qui comprend des anciens présidents, des prix Nobel… ne fait pas de compromis. Le prix Ibrahim n’est pas une retraite, mais un prix d’excellence. Le jury, indépendant, est très attentif à conserver ces critères d’excellence, car l’objectif est d’identifier des lauréats qui peuvent servir de modèles aux jeunes générations suivantes. Malheureusement, nous avons en Afrique des chefs d’Etats qui sont au pouvoir depuis 35 ans. D’autres qui ont arraché le pouvoir d’une manière antidémocratique, pillé leur pays… C’est pour cela que depuis sa création en 2006, seuls 5 anciens chefs d’Etats ont été primés car nous plaçons la barre très haut. Mais comme je le dis assez souvent, si on avait organisé ce genre de compétition en Europe, on n’aurait pas non plus trouvé un grand nombre de candidats. Ce n’est pas parce que nous sommes africains que nous devrions baisser le niveau d’exigence.
     
    - Vous êtes un homme d’affaires prospère et vous avez pris à bras-le-corps la lutte anticorruption. Pensez-vous ouvrir la voie à d’autres africains?
    - Je ne cherche pas à donner de leçons. Je ne fais que ce que ma conscience me dicte! En Afrique, il y a encore trop de pays ravagés par la famine. Envoyer des couvertures et des caisses de denrées ne résout rien. Il faut éradiquer le mal à la racine et agir sur les raisons qui créent ces situati  ons de famine. Et croyez-moi, cela ne passe qu’à travers une bonne gouvernance. L’Afrique est un grand continent et n’est pas plus peuplée que la Chine ou l’Inde, alors pourquoi y meurt-on encore de faim?

    Enseignement: Gros investissement au Maroc

    «L’accès à une éducation de qualité est sans aucun doute ce qui a poussé les plus fortes économies à aller de l’avant». Mo Ibrahim en est convaincu. L’homme d'affaires soudanais qui dédie un fond d’investissement à l’Afrique a pris une participation dans l'un des plus grands réseaux d'écoles privées du Maroc, le groupe scolaire Yassamine pour l’accompagner notamment dans son expansion à l’international (cf notre édition n°4613 du 22 septembre 2015). Cet investissement a apporté des capitaux supplémentaires au groupe marocain afin qu'il exporte son savoir-faire dans d’autres pays africains. Pour Mo Ibrahim, la jeunesse et son employabilité reste le plus grand défi du continent.

                                                                                

    En guerre contre la corruption

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    Mo Ibrahim fait partie de ces milliardaires à la fibre citoyenne et sociale. Contrairement à un Bill Gates, Warren Buffet ou Al Walid Ben Talal, qui ont promis de céder leur fortune aux œuvres caritatives, lui a choisi de faire de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption en Afrique son combat. En 2006, il crée la Fondation Mo Ibrahim, destinée à aider le continent à se débarrasser de ses dictateurs corrompus. Une année après, il lance le prix Mo Ibrahim pour le leadership d’excellence, récompensant les meilleurs dirigeants africains. Avec à la clé, une prime de 5 millions de dollars, à laquelle s’ajoute une pension annuelle de 200.000 dollars pour ceux ayant initié une œuvre caritative. En plus de dix ans, seuls 4 lauréats ont été récompensés. Sa fondation publie, également, un indice de la gouvernance africaine, avec un classement de près de 54 pays.
    Né en 1946 en Nubie, Ibrahim a fait ses études à la fois en Egypte et en Angleterre. Il est titulaire d’un doctorat en télécommunications (université de Birmingham). L’entrepreneur est surtout connu pour avoir fondé Celtel, une compagnie de télécoms qui, à sa cession en 2005, comptait 24 millions d’abonnés répartis sur 14 pays.

    Propos recueillis par
    Badra BERRISSOULE

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