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Culture

«Visages et paysages du cœur du Maroc»: L’ autre Maroc raconté par un reporter

Par Amin RBOUB | Edition N°:4989 Le 27/03/2017 | Partager
Jaouad Mdidech, l’auteur du best-seller «La chambre noire» signe un nouvel ouvrage
Là où il est passé, dans le désert, le Rif, le Haut et Moyen Atlas, le Souss…

C’est en effet un voyage passionnant auquel nous convie, comme c’est noté dans sa quatrième de couverture, «Visages et paysages du cœur du Maroc, carnets de voyages», le dernier ouvrage de Jaouad Mdidech (éd. L’Harmattan). C’est un récit de voyages comme le souligne le préfacier, Mohamed Mahdi, professeur de sociologie rurale à l’Ecole nationale d’agriculture de Meknès, «qui s’inscrit dans la lignée, lointaine certes, des travaux d’explorateurs du Maroc: Charles de Foucauld, le marquis René de Sezonzac ou Auguste Mouliéras…». Sauf que l’auteur, ici, est un pur jus du pays et n’a d’autre boussole que son expérience de reporter.

Ayant pérégriné au travers des quatre coins du Royaume pour les besoins de ses reportages pendant ses quinze ans de collaboration avec l’hebdomadaire La Vie Eco, l’auteur décrit, avec le regard de journaliste curieux, avide des moindres détails, ce cœur du Maroc où la grande majorité de ses concitoyens n’a jamais mis les pieds. Certains ignorent jusqu’à l’existence d’un Ouirgane dans le Haut Atlas à seulement 40 km de Marrakech, du sommet le plus haut du Rif hissé en pleine région de Ketama, du nom de Tidghine, encore moins de la vallée appelée Aït Bou Oulli, dans le Haut Atlas, à quelques encablures d’une autre vallée voisine pourtant connue, celle des Aït Bouguemez.

Dans ce voyage, l’auteur fait découvrir au lecteur un autre Maroc, depuis Merzouga et M’Hamid El Ghizlane dans le désert, Toubkal, Imilchil, Oukaïmeden, Demnate, Aït Bouguemez dans le Haut Atlas, jusqu’à Hay Mohammadi à Casablanca, en passant par Dayt Aoua, Moulay Yaacoub et Dakhla sur l’Atlantique à l’extrême sud-ouest du pays. Mais que relie tous ces sites, ces saints juifs de l’Atlas que le voyageur rencontre sur sa route, cette station thermale, Moulay Yaakoub, ces noms de rue et de quartier à Casablanca, cet arganier ressuscité dans la région d’Agadir et de Taroudant? «Tous sont des lieux de mémoire dotés d’une âme.

Mais des lieux laissés à eux-mêmes», répond notre professeur de sociologie rurale. Des lieux de mémoire dont les détenteurs «bataillent pour empêcher leur muséification et s’acharnent à en faire des patrimoines vivants, potentiellement convertibles en ressources territoriales tournées vers l’avenir». Plutôt connu par son témoignage, «La chambre noire ou Derb Moulay Cherif» (éd. Eddif, 2000), un succès de librairie vendu à plus de 8.000 exemplaires, porté au grand écran par le réalisateur Hassan Benjelloun, qui raconte le calvaire carcéral de l’auteur pendant les années de plomb, J. Mdidech, comme un guide, nous porte par la main pour nous faire découvrir cet autre Maroc, fabuleux par ses paysages et ses gens du cru, où la population s’acharne à creuser un puits pour acheminer l’eau jusqu’à leurs chaumières, où l’école est désertée par les filles à bas âge, où parfois le béton prend la place du pisé, mais où l’électrification est quasi généralisée et les moyens de communication de plus en plus envahissants.

Un livre, c’est impérissable

Pourquoi rassembler toute cette matière journalistique et la publier sous forme d’un ouvrage? «La presse, c’est éphémère, ça passe vite, le journaliste est pressé par l’actualité et les contraintes du bouclage, et le lecteur oublie lui aussi rapidement ce qu’il a lu dès la fermeture du journal pour passer à autre chose. Mais le livre reste un document impérissable qu’on peut ranger dans un coin de sa bibliothèque, auquel on peut revenir et se référer des dizaines d’années après sa publication. C’est toute la différence», répond l’auteur.

Une autre raison, rappelle-t-il: beaucoup de Marocains, du moins pour ceux qui ont les moyens, se ruent pendant leurs vacances vers des pays étrangers, notamment la côte sud de l’Espagne, mais ils ignorent tout de leur pays. «Je suis étonné quand l’un d’eux me confie qu’il n’a jamais mis le pied dans le désert, alors que le seul fait de passer une nuit sous un bivouac, scruter un ciel criblé d’étoiles pendant la nuit, est en soi un voyage fabuleux qui nous réconcilie avec nous-mêmes. Dans mes pérégrinations, je n’ai rencontré que des Européens, rarement des Marocains», s’étonne l’auteur. Et c’est en partie pour cela qu’il a publié ce livre.

Une autre sociologue l’avait encouragé à le faire avant que la mort l’emporte, feue Fatima Mernissi qui lisait souvent ses reportages. Elle qui connaît bien ce Maroc qu’elle avait sillonné pour avoir écrit un livre du même genre que «Visages et paysages du cœur du Maroc», «Les Aït débrouille» (Ed. Le fennec, 1997), où elle rendait compte du travail remarquable des ONG de développement dans un village du Haut Atlas.

Extrait

Imilchil entre légende et misère quotidienne: le moussem des fiançailles
Septembre 2003: Malgré les détournements subis et les avanies qu’il a essuyées au fil des siècles («souk de prostituées» selon les esprits obtus), le moussem des fiançailles d’Imilchil continue encore, contre vents et marées, à être célébré par les deux branches de la tribu des Aït Hdiddou: Aït Yazza et Aït Brahim, et par les autres tribus vivant aux abords de la vallée de l’oued Assif comme une manifestation d’une grande portée culturelle, économique et sociale. D’ailleurs, les gens du cru l’appellent Souk al âm (le marché de l’année). Véritable foire annuelle, il attire toutes les tribus de la région qui s’y rencontrent, s’y approvisionnent en blé, en orge, y vendent bétail et autres fruits de leur labeur. Et, surtout, on s’y rend pour chercher chaussure à son pied. Le tout en hommage à ces deux amoureux qui, d’après la légende, ne sont pas arrivés à sceller leur union à cause de leur appartenance à deux tribus rivales: les Aït Brahim et les Aït Yazza.

Bio express

Prosonnier politique entre janvier 1975 et mai 1989, Jaouad Mdidech signe son  premier ouvrage en 2000: «La chambre noire». Un livre adapté au grand écran. C’est l’un des premiers témoignages sortis avec le nouveau règne, qui inaugure d’une littérature carcérale qui raconte l’indicible. Il récidive en 2009 avec un autre témoignage sous forme de roman, «Vers le large» (Ed. Marsam) où l’auteur raconte sa vie post-carcérale à Casablanca, avec des flash-back sur ses 15 ans passés dans les geôles.
En 2007, il participe, sous la direction de la sociologue Fatima Mernissi, à la confection d’un ouvrage collectif, «A quoi rêvent les jeunes?» (Ed. Marsam 2007). Avec «Visages et paysages du cœur du Maroc, carnets de voyages», l’auteur signe son troisième ouvrage.

 

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