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Tribune

Lettre d’au revoir à mes amis marocains

Par Rupert JOY | Edition N°:4989 Le 27/03/2017 | Partager

Rupert JOY

CHERS amis,

A cette époque, où les mails et la volatilité de l’internet ont remplacé les envois postaux et le papier, je voulais, par ces quelques lignes, vous dire au revoir de manière plus cordiale, et y exprimer mes espoirs et mes souhaits pour le Maroc et l’Union européenne.  

Comme vous le savez, je vais partir à la fin du mois de mars, au terme de ma mission de quatre ans en tant qu’ambassadeur de l’Union européenne au Royaume. Coïncidence et hasard du calendrier, qui donnera à mon départ une connotation particulière, ce 25 mars nous célébrons les 60 ans des traités de Rome. Vous n’êtes pas sans savoir que cet anniversaire célèbre les premiers pas d’une Europe unie, qui a marqué un coup d’arrêt aux conflits sanglants que nous, Européens, avions connus en ce XXe siècle.  Nous avons alors convenu d’un avenir commun construit autour de la prospérité, de la stabilité et du bien-être de nos concitoyens. L’intégration européenne a été le projet de paix le plus réussi de notre histoire.

Vous me connaissez, chers amis, depuis l’année 2000, où pendant trois ans j’ai été ambassadeur adjoint du Royaume-Uni et depuis 2013 où je fus à la tête de la Délégation de l’Union européenne à Rabat. J’ai passé en tout plus de sept années en terre marocaine. Au cours de ces années, votre pays est devenu pour moi comme une seconde patrie. Depuis ma première affectation et jusqu’à maintenant, je peux témoigner (et vous aussi sûrement) de l’évolution impressionnante du partenariat existant entre l’Union européenne et le Maroc. Pour nous Européens, le Maroc n’est pas seulement notre voisin méridional le plus proche en termes géographiques, mais aussi en termes de rapprochement institutionnel, commercial et surtout humain.
Je suis aussi vieux que notre partenariat UE-Maroc, puisque ce fut en 1963, l’année de ma naissance, que le Maroc a demandé un accord commercial avec les pays d’Europe pour renforcer ses échanges commerciaux. Je suis fermement convaincu que ce partenariat a été énormément bénéfique aussi bien pour le Maroc que pour l’Union européenne.

Pour le Maroc, il a été, me semble-t-il, un facteur de croissance économique et de développement social. Pour l’Europe, le Maroc a été non seulement un facteur de stabilité et de sécurité dans une région de plus en plus volatile mais aussi un partenaire consistant dans beaucoup de domaines, de la mise en œuvre des réformes économiques et politiques aux questions migratoires. Les économies de part et d’autre du détroit ont fortement bénéficié de nos accords de libre-échange. Le Maroc est devenu l’un des premiers exportateurs au monde en produits agricoles et de la pêche vers l’Union européenne. Les réformes démocratiques et économiques que le Maroc a entamées au cours des dernières décennies, et que l’Union européenne a pu appuyer, ont transformé ce pays de façon exceptionnelle.

Si vous regardez les acquis que le partenariat UE-Maroc a réalisés au cours des 20 dernières années, depuis la signature de l’Accord d’association, il y a de quoi être fiers. Le Maroc et l’Union européenne restent aujourd’hui des partenaires de premier plan dans un large éventail de domaines, des énergies renouvelables à la santé publique, de la construction de routes à la réforme de la justice… Nous sommes de plus en plus interconnectés et interdépendants: plus de Marocains que jamais vendent leurs produits en Europe; plus d’Européens que jamais viennent au Maroc pour faire du business ou du tourisme; et des millions d’Européens d’origine marocaine enrichissent les sociétés européennes. Ce rapprochement est un atout indéniable pour renforcer notre dialogue culturel et nos échanges basés sur l’humain, pierre angulaire de la compréhension mutuelle. D’ailleurs vous et moi en sommes la traduction vivante.

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Rupert Joy en visite à l’unité Alfetra de la Rabeta Mohammedia des Oulémas à Rabat, où les enfants du centre lui ont présenté  leurs travaux liés au développement durable et au changement climatique. (Septembre 2016 – semaine de la diplomatie climatique)» (Ph. Privée)

Je vous entends ici me dire: mais quel est votre intérêt à vous, Européens, de soutenir le Maroc? Et je vous répondrai avec sincérité que pour nous, au-delà des liens humains et affectifs que nous avons pour ce pays, c’est assez simple: c’est un investissement intelligent dans notre propre sécurité et prospérité, car la stabilité et la prospérité de nos voisins est aussi la nôtre.
C’est sur ce constat que l’Union européenne s’est d’ailleurs édifiée avec patience pendant des décennies. Soixante ans après les traités de Rome, nous nous devons de réaffirmer notre attachement aux valeurs et aux objectifs sur lesquels le projet européen est fondé. Les tendances isolationnistes, identitaires, défensives prennent différentes formes aujourd’hui, du protectionnisme économique, jusqu’à l’extrémisme nationaliste, raciste ou religieux. Toutes ces expressions menacent les acquis et les valeurs de l’ouverture envers l’autre, du vivre ensemble, de la coopération gagnant-gagnant – des valeurs qu’elles remplacent par l’idéologie du chacun pour soi, de la défense nationale, religieuse ou autre.

Et ces défis-là, le Maroc doit également leur faire face. Nous avons à affronter malheureusement une universalisation de ces tendances irrationnelles et rétrogrades. Nous devons tous, pour les contrer, prendre des mesures pragmatiques et ambitieuses, afin de garder vives nos valeurs humanistes. D’ailleurs le partage de nos valeurs clefs est le socle immuable de nos intérêts convergents: paix, démocratie et solidarité.
Chers amis, je ne pourrai m’en aller sans vous remercier encore une fois de m’avoir fait (re)découvrir un Maroc riche de ses gens, célèbres ou anonymes, connus ou inconnus, de ses paysages beaux à couper le souffle, de son accueil si chaleureux et qui m’a permis en tant que diplomate européen de me sentir chez moi. J’ai eu l’énorme privilège de visiter presque tous les coins du Royaume: de Tanger à Tata, de Fès à Figuig, de Oujda à Ouarzazate – parfois en tant que représentant de l’Union européenne, parfois en famille – et je garderai un très beau souvenir de ce pays magique, toujours plein de surprises. Comme dit le proverbe marocain: «ma domta fil Maghreb fa la tastaghreb».

J’ai appris un mot amazigh récemment, «twiza», qui signifie la solidarité entre les voisins. Pour moi, ce mot exprime parfaitement l’esprit qui sous-tend notre partenariat. Je forme des vœux de succès et d’épanouissement pour le Maroc et les Marocains, dans ce monde devenu si complexe et si incertain. Ce Royaume recèle d’immenses potentialités, d’énergie et d’ambition pour l’avenir, et trouvera toujours en l’Union européenne un partenaire engagé à ses côtés, pour la poursuite de ses réformes.
Je ne vous dis pas «adieu» mais «au revoir».

Amicalement,
Rupert JOY

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