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    Tribune

    Chômage: Alerte, tsunami en perspective…

    Par Jamal BELAHRACH | Edition N°:4969 Le 27/02/2017 | Partager

    Ancien DG de la filiale marocaine de Manpower, Jamal Belahrach a été, un temps très court, DRH à l’OCP. Poste qu’il a quitté en décembre dernier. Il a été aussi président de la Commission emploi et relations sociales à la CGEM, membre du conseil de la CGEM et président fondateur de la Fédération nationale des entreprises de travail temporaire (FNETT) et du Centre des jeunes dirigeants au Maroc (CJD). Il a initié la couverture maladie et la bancarisation pour les salariés temporaires et le projet de loi sur le travail temporaire. Il a posé le concept de «flexibilité responsable» pas encore exploité par le monde politique et économique (Ph. JB)  

    En tant que fondation, Jobs for Africa observe les marchés du travail et la situation de l’emploi. Le livre blanc, que nous avons réalisé, soumet des propositions aux parties prenantes pour s’attaquer à ce fléau du siècle que j’ai déjà qualifié comme un véritable enjeu de sécurité pour nos Etats africains.
    Le HCP vient de publier son étude annuelle sur l’emploi au Maroc. Les chiffres sont édifiants et nous appellent à une réaction d’extrême urgence. Tout d’abord, il nous faut saluer l’existence d’un tel organisme pour notre pays car il nous permet d’avoir une visibilité sur les tendances qui doivent permettre aux décideurs de réagir d’abord et d’agir ensuite. Le HCP peut être un très bon exemple pour l’ensemble des pays africains et une source d’information continentale pour aider les Etats à piloter leur stratégie.
    Mais il y a un problème et pas des moindres: aucune réaction à l’horizon, aucune prise de conscience. En fait, circulez, il n’y a rien à voir. C’est affligeant et irresponsable.

    Responsabilité collective

    Que faudrait-il faire pour que nos décideurs réagissent? Nous avons une responsabilité collective et nous devons l’assumer.
    Des pays en construction démocratique ne peuvent laisser sur le bas-côté un pan entier de citoyens susceptibles de se transformer en mines antipersonnel faute de perspective et d’absence de dignité.
    S’agissant du Maroc, il est temps d’accepter l’échec sur la question de l’emploi – et donc du traitement du chômage – et d’envisager sérieusement une approche en rupture avec les pratiques du passé.
    Il faut une mobilisation sérieuse (une véritable attitude et non une posture de communication) des parties prenantes pour donner un signal fort et sortir avec des idées nouvelles et mettre en œuvre les moyens nécessaires.
    L’urgence d’une union nationale sur la question du chômage est une nécessité absolue aujourd’hui pour changer de logiciel.
    Par ailleurs, il est nécessaire de se mettre d’accord sur quelques idées fondamentales et de les assumer pleinement, même si elles heurtent des croyances dogmatiques. L’heure est au pragmatisme.

    Sans la compétitivité des entreprises, rien n’est possible

    Tout d’abord, soyons audacieux et créons un ministère de l’Emploi, de l’Employabilité, du Travail et du Dialogue social. Ces quatre éléments – qui sont liés – doivent permettre d’adopter une approche systémique et donc plus efficace avec les acteurs.
    Allons plus loin en rompant avec la tradition – qui consiste à placer systématiquement des hommes à la tête de ce ministère – en nommant une femme, car son approche sera fondamentalement différente, avec une vision à 360° et surtout de la bienveillance et le sens de l’efficacité. C’est une conviction et nous pourrions l’envisager. Enfin, donnons plus de moyens à ce ministère pour qu’il trouve le rang qu’il mérite, vu l’importance stratégique du sujet.
    Pour le reste, il faut accepter l’idée que nous avons les uns et les autres esquissé tant d’idées, tant de propositions concrètes, que le temps est venu de se mettre d’accord sur les essentiels et sur la manière de délivrer du concret qui va changer la vie des concernés.
    Rappelons à cet égard que, sans la compétitivité des entreprises, rien n’est possible. Que sans un environnement favorable (fiscalité, code du travail, financement, justice) rien ne sera durable.
    Il y a tant d’opportunités, la révolution numérique, la réindustrialisation de notre pays, les services, les nouveaux emplois en milieu rural, en plus des métiers dans le secteur agricole, etc. Il nous faut être créatifs et surtout systémiques. Sans une croissance régulière supérieure à 6%, nous ne répondrons pas à ce défi. C’est la croissance minimale nécessaire pour créer les 300.000 emplois annuels qui nous permettront de commencer à résorber notre stock et faire face aux nouveaux entrants (plus de 400.000 par an, les nouveaux diplômés et les décrocheurs scolaires).

    Un credo: créer des emplois décents et protéger les salariés

    L’enjeu est tellement important que nous devons transcender nos différends pour nous focaliser sur l’essentiel avant qu’il ne soit trop tard.
    C’est pourquoi, sans une adhésion des syndicats et des employeurs pour relever ce défi, il sera difficile d’être crédible auprès des citoyens. Des réformes fondamentales sont nécessaires et vitales pour que notre pays accède à l’émergence et se qualifie auprès de sa jeunesse et de l’ensemble de la cité.
    Il faut former plus et mieux, donner aux femmes les moyens de travailler davantage, mettre l’accent sur l’apprentissage, donner un peu d’air et de souplesse aux entreprises pour recruter plus et mieux (en particulier les jeunes diplômés), protéger mieux les salariés contre la précarité, connecter sérieusement les entreprises et le monde de l’éducation… Autant de pistes qu’il faut creuser et d’autres que nous pourrons faire émerger collectivement.
    Notre ambition, je le rappelle, n’est pas de créer 30.000 emplois ou de former 3.000 entrepreneurs, mais bien de passer à une autre échelle.
    Notre ambition doit se situer à 300.000 emplois au moins, aider à la création de 100.000 entreprises, 500.000 jeunes en apprentissage et un taux d’activité des femmes au moins égal à celui des hommes. Pour y arriver, il faut que les parties prenantes acceptent de faire des compromis pour changer radicalement l’environnement de l’entreprise et la manière d’éduquer et de former nos jeunes.
    A quoi cela sert-il de prendre des positions d’élite responsable si c’est pour ne pas assumer ses responsabilités quand l’histoire le commande?
    La sécurité de nos pays passe par cette prise de conscience du danger qui nous guette à chaque pas que nous faisons et le risque de marcher sur ces mines.
    Je relance ici mon appel à la tenue d’un sommet sur l’emploi qui ne soit pas une messe de plus, mais bien un moment d’union nationale pour faire face au fléau du chômage. Et aussi pour nous permettre de dire demain que nous avons fait ce qu’il fallait pour que nos enfants retrouvent espoir et dignité, et surtout qu’ils reprennent confiance en nos politiques.
    Libérer la croissance, c’est libérer l’entreprise, créer des emplois décents et protéger les salariés, voilà le credo que nous devrions tous adopter avant qu’il ne soit trop tard.

    Regarder la réalité en face

    Concentrons-nous sur quelques chiffres et surtout les bons chiffres. Au lieu de faire nos analyses de statisticiens habituelles en se penchant sur les pourcentages d’évolution de «petits» chiffres, regardons la réalité en face. Notre problème n’est pas de créer 35.000 emplois mais plus de 300.000 au minimum par an.
    Ces chiffres devraient nous faire PEUR, REAGIR et AGIR.
    - Près d’un jeune sur quatre âgés de 15 à 24 ans (1.685.000 jeunes) au niveau national ne travaille pas, n’est pas scolarisé et ne suit aucune formation .
    - Sur les 11.085.000 actifs diplômés, âgés de 15 ans et plus, 854.000 sont en situation de chômage.
    - Près d’un tiers (33,5%) des chômeurs détiennent un diplôme de niveau supérieur (25,5% parmi les hommes et 51,5% parmi les femmes).
    - 54,7% des chômeurs sont à la recherche de leur premier emploi.
    - Les chômeurs sont majoritairement (79,5%) des citadins, 87% sont des femmes.
    - Le taux d’activité des femmes est inférieur à 25%.
    - Au niveau national, 98,2% des salariés n’ont bénéficié d’aucune formation prise en charge par l’employeur au cours des 12 derniers mois (97,7% en milieu urbain).
    Pour les parties prenantes (gouvernement, syndicats, employeurs), ce sont là des chiffres qui ne peuvent laisser indifférent et devraient perturber leur sommeil.

     

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