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    Société

    Un mode d’emploi pour la maison Maroc

    Par Mohamed BENABID | Edition N°:4969 Le 27/02/2017 | Partager
    Tarik El Malki et Nabil Adel signent «Au-delà de tout clivage»
    Un essai écrit avec passion
    Un éclairage sur la société marocaine et son avenir
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    L’essai reste un genre littéraire difficile. L’engagement de l’auteur y est perceptible, avec parfois une part de subjectivité, et c’est ce qui fait d’ailleurs le sel de ce types d’ouvrages. Il faut cependant bien y doser ses prises de parole pour rester convaincant et éviter le piège des perceptions confuses. C’est à ce type d’exercice que viennent de s’atteler Tarik El Malki et Nabil Adel. A travers une tentative de description, de compréhension du Maroc d’aujourd’hui, et enfin de propositions, les deux auteurs signent un ouvrage chez Afrique Orient.

    Le premier est professeur-chercheur. Les lecteurs de L’Economiste avaient fait sa connaissance en 2011 à l’occasion du prix de la recherche en économie & gestion qu’il avait remporté haut la main pour un travail remarquable sur la RSE. Il fait également partie de la jeune garde de l’USFP et représente l’une des pistes les plus prometteuses de renouvellement de l’élite politique. Le deuxième est chef d’entreprise, enseignant-chercheur et chroniqueur. A travers «Au-delà de tout clivage», l’objectif revendiqué des auteurs est de «s’impliquer dans le débat public à un moment où la scène politique et culturelle se caractérise par une certaine indigence et un haut degré de fatalisme».

    Sur près de 220 pages, l’essai est découpé en plusieurs chapitres. Ce qui n’est pas si mal puisque le lecteur a finalement plusieurs points d’entrée. Le texte est simple d’accès et décortique les particularités de l’environnement international, institutionnel, politique, économique, sociétal, avec souvent beaucoup de coups de gueule... Le débat explicitement posé d’emblée est celui de l’avenir du pays. L’essai démarre par ce qui transparaît comme étant la problématique originelle: une nouvelle ère s’ouvre pour le Maroc à l’aune de changements géostratégiques majeurs au niveau international. Le pays est en mesure de saisir ses chances s’il sait négocier quelques prérequis. Dans ce monde où il faut être moins naïf, Tarik El Malki insiste sur les enjeux de la géo-économie, de la nécessité de capitaliser sur les offensives royales dans la dynamisation de la diplomatie marocaine.

    Il soutient aussi que les «véritables enjeux de notre diplomatie pour les prochaines années seront davantage d’ordre économique que politique». Les leviers de l’intelligence économique pourraient être à cet égard l’un des meilleurs portages de cette vision. L’argumentaire économique émaille plusieurs chapitres où l’on sent que la solidité du raisonnement se nourrit à la fois de la bonne maîtrise de l’auteur et de sa proximité du CMC, un think tank aguerri à ce type de diagnostics. Le lecteur sera ravi de retrouver des propositions pragmatiques comme celles de la création des structures d’appoint à Maroc Export et de l’AMDI en tant que «guichets uniques d’information, de veille et d’accompagnement» ou encore des «agences de crédit aux exportations» qui prendraient en charge des garanties et des systèmes d’assurances.

    Le travail de Tarik El Malki et Nabil Adel ne se contente pas de déplacer le curseur vers une plus grande mobilisation de la puissance publique mais en appelle aussi au sens de la responsabilité. C’est aussi un appel au sursaut de toutes les composantes de la société marocaine. En fin connaisseur des arcanes des partis politiques, El Malki critique des dysfonctionnements structurels qui empêchent la constitution d’une majorité, comme le mode de scrutin ou le seuil de représentativité à 3%. «Le Maroc n’a pas besoin de 40 partis politiques dont la majorité proposent des programmes politiques quasi-similaires ou n’en proposent tout simplement pas» constate El Malki.

     L’incapacité de Benkirane à constituer son gouvernement lui donne terriblement raison. Nabil Adel qui appelle quant à lui à «en finir avec l’éternelle transition démocratique» semble pour sa part plus indulgent vis-à-vis du PJD au pouvoir «choisi par les Marocains parce que son secrétaire général parle un langage qu’ils comprennent et ose prendre des mesures impopulaires en expliquant ses choix à ses concitoyens (..)». Il adresse aussi une sévère mise en garde à ceux qui pensent que le soufflet du 20 février est retombé alors que «l’affaire du pédophile gracié et la mort tragique de Mouhssine Fikri montrent que la rue est toujours en ébullition».

    La partie consacrée au modèle de société pourrait ne pas faire l’unanimité notamment sur les voies proposées pour sortir de la crise. Les auteurs reconnaissent eux-mêmes dans l’introduction avoir eu des divergences de points de vue sans préciser explicitement sur quels passages. Et à décharge pour eux, qui n’en a pas sur des sujets brûlants comme la place de la religion, la liberté de conscience...?
    Même si la polysémie des courants et orientations qui traversent la société marocaine, ne facilite pas la tâche, l’essai de Tarik El Malki et Nabil Adel, a au moins le mérite de tenter d’éclairer l’avenir.

     

     

     

     

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