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    Ecole publique: Gaspillage, incompétence,… Quel drame!

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4930 Le 03/01/2017 | Partager
    L’enquête de la Cour des comptes sur les achats des académies dévoile de graves manquements
    Ecole de la réussite: des budgets de 2013 viennent à peine d’être encaissés!
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    Offrir une totale autonomie aux établissements scolaires permettrait peut-être de rationaliser les dépenses. Mais pour l’heure, ils ne disposent pas de suffisamment de cadres administratifs. Le primaire est le moins bien loti, puisque seul le directeur y assume la responsabilité de l’administration et de toute la vie scolaire. Les lycées, eux, sont les mieux fournis en personnel de direction. Cependant, ils manquent cruellement de compétences, à l’instar des collèges

    Des achats au pif, réalisés sans connaissance des besoins réels des écoles, collèges et lycées ou de leurs stocks. Matériels didactiques (craie, cartes, globes, anatomies du corps humain, ordinateurs, instruments de musique, microscopes,…), matières chimiques pour les laboratoires et fournitures diverses atterrissent dans les établissements de manière hasardeuse. Trop de gaspillage d’argent public! C’est ce que vient de révéler l’enquête préliminaire de la Cour des comptes sur l’acquisition de matériels didactiques et de produits chimiques par les académies régionales d’éducation et de formation (Aref) sur la période 2007-2014 (voir L’Economiste du 30 décembre 2016). Et ça ne date pas d’aujourd’hui…
    Auparavant, les achats des établissements étaient directement gérés par le ministère de l’Education nationale et par ses délégations. «Dans les années 90, aussi, nous étions livrés au hasard. A titre d’exemple, une fois on nous avait donné un balaie et deux litres d’eau de javel pour toute l’année scolaire. L’année suivante, avec le changement du délégué, nous avons reçu une cinquantaine de balaies et une grande quantité de détergents», témoigne un ancien directeur de collège. Ce qui se passait il y a 20 ans est toujours d’actualité aujourd’hui. Même si les achats des établissements passent actuellement par les Aref, en collaboration avec les directions provinciales, la situation est toujours aussi critique. L’enquête de la Cour des comptes fait ressortir des dysfonctionnements sur toute la chaîne, depuis le lancement des appels d’offres, ne respectant nullement les dispositions du décret sur les marchés publics, jusqu’à la gestion des stocks. Des matériels sans marque commerciale, sans fiche descriptive et dont la garantie est épuisée à la livraison, des guides d’utilisation en anglais ou en chinois, des articles non prévus par le programme scolaire ou complètement inutiles, des fournitures bas de gamme et des produits sans date de péremption. «Par exemple, la craie qui nous est livrée est de très mauvaise qualité, elle ressemble à de la pierre. Les enseignants sont toujours obligés d’acheter une marque meilleure de leur poche», confie une directrice d’école primaire. Côté stocks, les laboratoires des écoles sont bourrés de matières chimiques périmées.  
    La Cour des comptes pointe du doigt le manque de compétence des cadres des Aref qui sont généralement des ex-enseignants sans qualification dans la gestion et sans vraie connaissance des procédures réglementaires.       
    Registres d’inventaires non conformes, absence d’un système de suivi, des conditions de stockage inadaptées,… bref, des dysfonctionnements à tous les étages.

    La solution inachevée du Plan d’urgence 

    Pour un meilleur management, à partir de 2009, l’Education nationale s’oriente vers l’autonomie des écoles. Le ministère lance un Projet d’appui à la gestion des établissements scolaires marocains (Pagesm) en partenariat avec le Canada. Ecoles primaires, collèges et lycées sont dotés d’une association de l’Ecole de la réussite, composée des membres du staff pédagogique. A travers le compte de ces associations, les établissements devaient recevoir un budget annuel de 50.000 DH (moins un DH) pendant 3 ans, à dépenser dans le cadre de leur projet pédagogique. Mais sans formation en management et en comptabilité, beaucoup de directeurs ont trouvé du mal à gérer ce montant inespéré. Les procédures pour leur part étaient compliquées. Chaque dépense devait, par exemple, faire l’objet d’une inscription dans 12 registres. Les achats dépassant 500 DH (pour le primaire), pour leur part, devaient donner lieu à 3 devis contradictoires et à une ouverture des plis. Les formalités étaient particulièrement lourdes pour les directeurs des écoles primaires qui sont seuls à assumer la gestion administrative, contrairement aux collèges et lycées qui disposent de toute une équipe administrative (économes, surveillants généraux, répétiteurs, agents de service…), même si elle reste insuffisante. Certains directeurs n’ont donc pas déboursé la cagnotte offerte, d’autres en ont utilisé une partie. Plusieurs ont décidé de dépenser sans remplir toutes les formalités. La deuxième tranche n’a été versée en totalité qu’aux établissements ayant tout déboursé et justifié toutes leurs acquisitions. D’autres n’en ont reçu qu’une partie, ou rien. Pareil pour la troisième tranche.
    A la fin du Plan d’urgence en 2012-2013, les associations de l’Ecole de la réussite on été maintenues, mais pas les financements. Quoique, en raison des lourdeurs administratives, des établissements reçoivent toujours leurs arriérés. «Nous venons de recevoir il y a une vingtaine de jours un chèque de près de 30.000 DH à travers l’association», confirme la directrice d’un collège.
    Aujourd’hui, les directeurs recourent à leurs maigres budgets (grattés sur les frais symboliques d’inscription, photos de classes, pièces de théâtre,…), à l’apport de l’association des parents d’élèves ou aux dons d’entreprises ou particuliers pour couvrir leurs besoins. Cependant, l’essentiel du matériel didactique est fourni par les Aref. «Pour rationaliser les dépenses, il faudrait offrir plus d’autonomie aux établissements. Cela demandera, néanmoins, beaucoup plus d’efforts aux directeurs», estime la directrice de collège. Cela dit, les directeurs, sous-formés, peu motivés et souffrant déjà d’un manque de personnel administratif, pourront-ils assumer cette responsabilité? Depuis maintenant trois ans, le ministère tente de former les directeurs au management (voir article ci-après). Mais là encore, l’opération n’est pas exempte de points noirs.

    Un nouveau modèle grâce au MCC?

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    Fin juillet dernier, le Millennium Challenge Corporation (MCC) a annoncé un méga-programme pour les collèges et lycées. Plus de 1,1 milliard de DH ont été mobilisés pour faire émerger des établissements scolaires d’un nouveau genre, avec un modèle de développement intégré (leadership, innovation, réhabilitation des infrastructures,…). 28 établissements pilotes ont été sélectionnés dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Une centaine est prévue au total, y compris à Marrakech-Safi et Fès-Meknès. Ils devront concevoir et piloter leur propre projet pédagogique, en association avec les parents et divers partenaires (entreprises, collectivités, ONG,..). Si ce modèle d’autonomie élargie des établissements réussit, il sera généralisé.

     

     

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