×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Société

    Fêtes de fin d’année: Sur la piste des drogues dures

    Par Reda BENOMAR | Edition N°:4930 Le 03/01/2017 | Partager
    De très nombreuses interpellations liées aux psychotropes
    Peu de cas de violences à Ain Diab
    L’ecsta, la MDMA et la whatsapp en «vogue», la délinquance bifurque vers les paradis artificiels
    drogue_dure_030.jpg

    L’une des nombreuses prises de la soirée du réveillon. Une centaine de double ecstasy. Les effets d’une seule prise peuvent durer 20 heures (Ph. Jarfi)

    Le 31 décembre, 15 h: Les 5.200 policiers, de différents grades, qui seront déployés, sont briefés par le préfet de police sur le déroulement de la soirée.  247 véhicules légers, 94 estafettes et 389 motos sont mis à disposition pour assurer la sécurité à Casablanca.
    19h-21h: L’ambiance est à la fête place des Nations Unies. Les gens déambulent entre les étals des marchands à la sauvette. L’Economiste se dirige vers le poste de police adjacent à Bank Al maghrib. Les interpellations ont déjà commencé. 3 personnes sont débarquées d’une voiture de police. 2 ont été arrêtées pour port d’armes, des couteaux d’au moins 17 cm, et le troisième pour le vol d’une moto.
    A.T., 2m10, la trentaine est inspecteur de police. C’est sur son T-max (moto puissante) qu’il va passer la soirée à déambuler dans les dédales des rues de la métropole. «C’est la soirée de tous les vices, j’espère que ce sera plus tranquille que l’année dernière», confie-t-il.
    22h-00h: Au poste de la brigade touristique prés du port, ça bouge beaucoup. Des ressortissants turcs et français ont été agressés et délestés de leurs affaires, un touriste espagnol et sa femme sont pris en possession de cocaïne. Le poste de police commence à se remplir à une vitesse ahurissante. Au même moment, des inspecteurs reviennent d’une descente dans la médina, au domicile d’une jeune femme connue des services de police pour la fabrication et la vente de dérivés de cannabis. Et jackpot, ils ont saisi 2 Kg de «maajoune» et arrêté la suspecte. Une fois arrivée au poste, l’air détendu, elle allume une cigarette, et s’assoit en attendant son tour pour être entendue sur les faits qui lui sont reprochés. Dans les hautes tours du Sofitel et du Novotel qui surplombent le poste, l’ambiance est feutrée et les lumières tamisées. Loin du brouhaha du poste, les gens dînent calmement. Deux mondes! En bas les policiers s’activent, un individu avec 2kg de «nefha» et 100 paquets de cigarettes vient d’être débarqué.
    01h-3h: Les boîtes de nuit sont pleines à craquer et les effets de l’alcool font des dégâts. Au poste d’Ain Diab, c’est le show. Le parterre de journalistes et de photographes «se repaissent» de toutes les arrestations. La plupart sont des cas d’ébriété plus ou moins avancés. Les personnes sont interrogées, et remises en liberté pour la majorité. Ceux qui sont trop avinés pour repartir sont placés en cellule de dégrisement. Jusqu’à 3h du matin, bizarrement, aucune bagarre n’est signalée. Pas de sang, ni de coups et blessures. Sur place certains policiers semblent eux-mêmes surpris, mais ils restent sur le qui-vive tout de même.

    fete_frogues_dures_030.jpg

     La recrudescence des affaires pénales liées à la drogue est perceptible. De 2006 à 2015, 399.965 affaires ont été traitées. Le chiffre a flambé en 2014 (67.303 cas), année qui coïncide avec le regain d’intérêt pour l’ecstasy et la MDMA partout dans le monde

    Quelques minutes plus tard, L’Economiste rejoint l’inspecteur de police qui se prête au jeu et propose de l’accompagner pour un tour loin de l’estafette réservée aux journalistes. Direction route d’Azemmour. En route le talkie-walkie grésille, l’appel est urgent. Un dealer, dans sa voiture, écoule ses «pochons de cocaïne» au nez et à la barbe des restaurateurs boulevard Ghandi. Le T-max prend un virage serré digne d’une cascade hollywoodienne, fait demi-tour et fonce à toute allure direction le quartier résidentiel. La tension est à son paroxysme. Il faut intervenir avant que l’individu ne change de position et ne s’évapore dans la nature. Déjà sur place, 7 policiers en uniforme ont encerclé la voiture en attendant A.T. Après deux sommations auxquelles l’individu ne répond pas, 3 policiers s’approchent main sur leur holster, ouvrent la portière et le maîtrisent au sol. Impressionnante, la scène n’aura pourtant duré qu’une dizaine de secondes.
    4h-6h: Malgré les incidents qui ont émaillé la soirée, plus de peur que de mal. La plupart des individus interpellés l’étaient pour des actes non violents.  Par contre les drogues psychotropes et leur usage sont très perceptibles. Cela va de la pilule d’«ecsta», (mélange de MDMA et de speed) au gramme de cocaïne. De différentes couleurs, la composition de l’ecstasy peut varier selon la provenance. Celle qui fait fureur est la «whatsapp», de couleur verte. Elle est recherchée pour son dosage extrêmement puissant.
    En 13 heures, L’Economiste a assisté à plus d’une dizaine d’arrestations de dealers de drogues dures. Pour des quantités allant de quelques cinquantaines de pilules à un demi-kilo de cocaïne. De nombreux consommateurs sont aussi tombés dans les filets de la police. Ils ont défilé au poste avec des quantités allant de 1 à 5 grammes. «Il y a de plus en plus de produits amphétaminés et de nouvelles substances psycho-actives dans la rue. Beaucoup sont fabriquées dans des laboratoires clandestins en Asie ou en Europe, principalement la MDMA et l’ecstasy», indique le professeur Jalal Taoufik, directeur de l’ONDA (l’Observatoire national des drogues et addictions) et médecin chef de l’hôpital psychiatrique Ar-Razi à Salé. Selon lui, dans quelques années on ne parlera plus des drogues «classiques». Les effets euphorisants de ces substances appelées «drogues de l’amour» sont plébiscités par les «clubbers» dans les boites de nuit pour la résistance à la fatigue et le sentiment de joie intense qu’elles procurent.
     «On s’attendait à pire», confie A.T. avant que l’on se quitte. La démonstration de force des gardiens de la paix, les semaines précédant le réveillon, semblent avoir porté ses fruits: dissuader!

     

     

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc