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    «Redonner à l'enseignement de l'arabe un nouvel élan»

    Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:4930 Le 03/01/2017 | Partager
    C'est la 5e langue la plus pratiquée dans le monde
    A l'IMA, qui enseigne aussi la darija et le berbère, l'engouement est palpable
    Un «toefl» aux normes internationales pour évaluer les niveaux et compétences, en cours
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    «Je suis un partisan très engagé du plurilinguisme et pour moi, les langues française et arabe doivent mener le même combat pour une reconnaissance à part entière», aime à dire Jack Lang, président de l’Institut du Monde arabe (Ph. Mokhtari)

    A la tête de l’Institut du Monde arabe depuis 2013, Jack Lang prêche pour une diplomatie culturelle, souhaitant aller plus loin dans le partenariat avec chaque pays pour impliquer ses gouvernants dans les cultures. Questions d’actualité, projets de l’IMA, espoirs et désillusions, entretien avec celui qui a basé sa pensée et ses actions sur les mots respect et paix.

    - L’Economiste: L’IMA a achevé l’année avec une fête pour l’enseignement de la langue arabe. Quel bilan en faites-vous?
    - Jack Lang:
    Depuis mon arrivée à l’Institut, j’ai voulu redonner à l’enseignement de la langue arabe un nouvel élan tout comme j’avais engagé une série d’efforts pour l’enseignement de cette langue lorsque j’étais ministre à l’Education nationale en France. Pourquoi? Parce que c’est tout simplement la 5e langue pratiquée dans le monde. C’est une langue de culture universelle et de savoir. Je suis un partisan très engagé du plurilinguisme et pour moi, les langues française et arabe doivent mener le même combat pour une reconnaissance à part entière. A l’IMA qui est dédié chaque jour à l’enseignement de la langue arabe, nous avons récemment organisé une fête de cette langue avec des débats, des concerts pour tenter d’élargir le cercle des apprenants. A noter que le nombre d’élèves a considérablement augmenté aussi bien les petits que les adultes qui, par curiosité ou pour des raisons professionnelles, souhaitent apprendre cette langue. L’engouement est tellement important que nous avons dû emprunter des locaux à l’université voisine de Jussieu. Juste pour précision, nous enseignons tout à la fois l’arabe littéraire et les dialectes propres à chaque pays (notamment la darija marocaine et le berbère).

    - Vous avez en projet un système de certification pour la langue arabe?
    - Notre département de l’enseignement, dirigé par Nada Yafi, travaille sur un système d’évaluation des niveaux et des compétences à l’instar du toefl pour l’anglais. J’ai été d’ailleurs surpris que ces systèmes n’existent pas pour l’enseignement de la langue arabe. Ce projet donc se traduira par une certification à l’international de l’arabe en lien avec le Centre international d’études pédagogiques. C’est une œuvre de longue haleine.

    - Cet engagement pour l’enseignement de la langue arabe a été d’ailleurs critiqué…
    - C’est une poignée d’agitateurs, de fanatiques ou d’ignorants qui saisissent la moindre occasion pour attiser la peur, l’inquiétude et la xénophobie comme pour cette histoire de burkini qui était d’un ridicule achevé. Je regrette que certains dirigeants se soient abonnés à ce crétinisme. Ce qui m’a réjoui en tant que juriste et professeur de droit, c’est que le Conseil de l’Etat français a remis de l’ordre et garanti la liberté d’expression.
     
    - N’est-ce pas utopique de militer pour un monde ouvert face à des rétractations nationalistes ci et là?
    - Il y a parfois de quoi s’inquiéter. Comme si, par exemple, Trump réalisait les idées de xénophobie qu’il a agitées pendant sa campagne électorale et qui, au passage, sont des idées contraires à la philosophie du pays forgée par l’émigration. Mais étant donné que je suis d’un tempérament optimiste, je veux imaginer et croire qu’il y aura, aux Etats-Unis, des citoyens qui auront assez de sagesse pour résister à ces pulsions mortifères.

    - Et en France?
    - La campagne électorale est ouverte sans l’être réellement. La gauche est ultra divisée alors que le candidat principal de la droite, François Fillon, est à l’évidence un conservateur, mais donne le sentiment d’être un homme raisonnable. Nous verrons concrètement ce qu’il proposera… On aimerait bien que les pays et les gouvernants et notamment la France prennent exemple sur un pays de tolérance comme le Maroc. Le Roi y prône une vision ouverte qui reconnaît la diversité de culture. Sa politique est porteuse de beaucoup de succès tant sur le plan économique que sécuritaire. Malheureusement, on ne retrouve pas toujours cette intelligence politique et humaine dans d’autres pays. La politique que conduit le Maroc vers l’Afrique -non seulement en Afrique de l’Ouest mais aussi en Afrique de l’Est- est par ailleurs impressionnante. On sent que cette philosophie que professe le Royaume progresse dans les esprits.

    Présence du Maroc

    Le Maroc occupe une place centrale à l’IMA, insiste Jack Lang. En 2014, l’Institut a organisé avec le soutien du Roi du Maroc un événement qui a investi la totalité de l’institut, «le Maroc contemporain». Le Royaume était présent dans l’exposition des «Jardins d’Orient», et bien représenté dans l’exposition actuelle «Les aventuriers des mers» à travers le personnage d’Ibn Batouta. De même que le Maroc sera au cœur de l’événement dédié à l’art islamique d’Afrique, «Trésors de l’Islam en Afrique», prévu au printemps prochain. Historiquement, le Maroc est un carrefour entre le Nord et le Sud et la présence spirituelle et intellectuelle des confréries, notamment les Tijani, constitue une originalité qui se traduit à la fois par des croyances, des rites, par une manière de vivre et par des œuvres d’art aussi. Cette exposition permettra de faire comprendre que l’Islam n’a rien à voir avec ces tueurs et ces assassins que le Roi a d’ailleurs dénoncé avec une force extraordinaire en août dernier. Le hasard veut que, durant la même année, l’automne 2017, l’événement de l’Institut sera dédié aux chrétiens d’Orient.

    Propos recueillis par
    Badra BERRISSOULE

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